Colobanthus quitensis, la sagine antarctique, est l'une des deux espèces de plantes endémiques de la région antarctique à connaître une expansion fulgurante depuis quelques décennies. © Liam Quinn, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.0
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Pourquoi l’expansion des plantes en Antarctique inquiète les scientifiques

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La région Antarctique connaît depuis quelques années une modification majeure de son écosystème terrestre. Sous l'effet du réchauffement climatique, plusieurs espèces de plantes se développent en effet très rapidement. Cette évolution n'est cependant pas une bonne nouvelle.

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Les terres australes, et plus précisément la région antarctique, sont caractérisées par des conditions environnementales rudes, peu propices au développement de la végétation. Cependant, comme le reste du globe, cette région connaît actuellement un bouleversement climatique majeur. La zone antarctique aurait ainsi enregistré une hausse significative de +0,156 °C par décennie entre 1960 et 2010. De même, les précipitations estivales auraient connu une forte augmentation sur la même période.

Une expansion phénoménale de certaines espèces végétales

En lien avec ces modifications climatiques majeures, des chercheurs ont observé une expansion croissante de Deschampsia antarctica (canche antarctique) et Colobanthus quitensis (sagine antarctique), deux plantes typiques de la région. Sur la petite île subantarctique de Signy, le nombre de sites colonisés par D. antarctica a ainsi doublé entre 1960 et 2009, puis une nouvelle fois entre 2009 et 2018. Le taux d'expansion de la population de C. quitensis a même augmenté de 154 % sur la période 2009-2018. Cette dynamique ne semble d'ailleurs pas avoir été impactée par les épisodes ponctuels plus froids, comme celui de l'été 2012.

Le nombre de sites colonisés par D. antarctica, la canche antarctique, a connu une augmentation fulgurante depuis 1960. © Lomvi2, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Deux facteurs principaux semblent à l'origine de cette expansion accélérée pour D. antarctica et C. quitensis : l'augmentation de la température de l'air, mais également une baisse de la population d'otaries à fourrure. Ces animaux ont en effet tendance à piétiner les plantes, limitant ainsi leur développement. La diminution de leurs populations apparaît donc comme bénéfique pour les plantes des terres australes.

Cette étude confirme la réactivité de certaines plantes antarctiques au réchauffement climatique et montre que la région antarctique n'est pas aussi résistante que l'on pensait à l’évolution du climat. Ces observations, synthétisées dans un article paru dans la revue Current Biology, suggèrent que la poursuite du réchauffement climatique va entraîner un renforcement de l'expansion de ces deux espèces végétales, avec probablement une augmentation de la production de graines et de la qualité des pollens. L'un des facteurs limitant cette expansion pourrait cependant être un déficit en eau, associé à un réchauffement trop important de la température de l'air.

L'île Signy, dans la région antarctique, connaît un verdissement rapide depuis quelques décennies. © Ben Tullis from Cambridge, United Kingdom, Wikimedia Commons, CC by 2.0

Une évolution qui n’est pas très réjouissante

Ces résultats corrèlent avec des observations similaires réalisées dans l'hémisphère nord et en particulier dans les chaînes de montagnes européennes. Les auteurs concluent sur le fait que si le réchauffement climatique en cours suit le pire scénario envisagé par la communauté scientifique, le climat de la Terre pourrait être, d'ici 2030, similaire à celui du Pliocène moyen, connu pour être l'une des périodes chaudes de l'histoire de la Terre. Alors que ce changement environnemental est de bon augure pour D. antarctica et C. quitensis, le verdissement de l'Antarctique n'est pas une bonne nouvelle pour l'ensemble de la région. En effet, un tel réchauffement est également associé à un risque accru d'invasion d'espèces non natives, mettant en péril les fragiles écosystèmes de ce territoire et entraînant un changement irréversible de la biodiversité.

De nombreux facteurs doivent tout de même être pris en compte pour estimer l'évolution de la végétation antarctique et imaginer à quoi ressemblera l'Antarctique dans quelques décennies : expansion des plantes, précipitations saisonnières, fonte des glaces... Il est clair cependant que l'expansion actuelle de la végétation dans cette région n'est pas une bonne nouvelle pour cet environnement finement équilibré, qui apparaît aujourd'hui gravement menacé.

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