Du 14 au 24 juin 2021, la 43e réunion consultative du traité de l’Antarctique (RCTA) se tient à Paris. L’occasion pour des spécialistes de la question, issus de diverses disciplines scientifiques, d’exprimer leur inquiétude quant à l’avenir de la région. © Jan Will, Adobe Stock
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Le traité de l’Antarctique a 60 ans, mais les experts sont inquiets

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[EN VIDÉO] L’avenir de l’Antarctique se joue à Paris  Du 14 au 24 juin 2021, la France accueille la 43e réunion consultative du traité de l’Antarctique (RCTA). Un traité destiné à protéger l’Antarctique et son environnement. Parmi les premières nations à s’être installées durablement sur ce continent blanc par le biais de la station Dumont d’Urville, la France y mène aujourd’hui encore des projets de recherche en étroite avec des équipes venues du monde entier. Avec l’Astrolab comme précieux outil de soutien logistique. © Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères 

Aujourd'hui, les scientifiques le savent. Les régions polaires sont au centre de la question climatique. Et même si peu de personnes ne s'aventurent en Antarctique, nos activités ont des conséquences sur la région. Des conséquences qui, elles-mêmes, ont des implications majeures pour nos sociétés et notre environnement.

Seules les activités pacifiques sont autorisées dans l'Antarctique. Toute explosion nucléaire ou toute élimination de déchets radioactifs y est prohibée. La coopération internationale et la libre disponibilité des résultats de recherche sont encouragées. Aucune revendication territoriale, sur tout ou partie du continent, ne saura être entendue. Ce sont les quatre grands principes du traité de l’Antarctique. Il est entré en vigueur le 23 juin 1961. Il y a près de 60 ans. Et il s'applique depuis à la région située au sud du 60e degré de latitude sud.

Quelques années plus tard, en janvier 1998, le protocole de Madrid est même allé un peu plus loin en matière de protection de l'Antarctique. Il présente la région comme une « réserve naturelle dédiée à la paix et à la science ». Et impose que toute activité y soit menée de façon à limiter les incidences négatives sur l'environnement et les écosystèmes. Mais alors que la 43e réunion consultative du traité de l’Antarctique (RCTA) se tient à Paris du 14 au 24 juin 2021, des spécialistes de la question, issus de diverses disciplines scientifiques, expriment leur inquiétude.

Rappelons qu'autour de l'Antarctique, l'océan Austral est le point de convergence des bassins océaniques du monde entier. Ses dynamiques jouent un rôle majeur dans la régulation du climat et dans les écosystèmes marins au sens large. C'est ainsi qu'il redistribue la chaleur, le sel, l'eau douce et les nutriments tout autour du globe. Mais, depuis quelques années, il se réchauffe. En surface tout comme en profondeur. Et il absorbe du dioxyde de carbone (CO2) de manière disproportionnée.

Points de basculement annoncés

« L'Antarctique atteint des seuils critiques. La vie dans le monde entier est directement menacée par les effets en cascade que cela pourrait déclencher. La protection des zones les plus menacées par le changement climatique, comme la péninsule Antarctique, nous aidera non seulement à y restaurer la biodiversité, mais renforcera également la résilience d'écosystèmes marins lointains. Elle nous permettra aussi de contrôler les effets à long terme d'autres facteurs de stress humains, comme la pêche. En préservant ainsi la santé de l'Antarctique, nous préservons la nôtre. En renforçant sa résilience au changement climatique, nous renforçons la nôtre », souligne Andrea Capurro, chercheur à l'université de Boston (États-Unis), coauteur du rapport « Changement climatique et résilience de l’océan Austral ».

La vie dans le monde entier est directement menacée par les effets en cascade que cela pourrait déclencher

Ce rapport examine la façon dont le changement climatique modifie rapidement et profondément cinq processus interconnectés cruciaux de l'océan Austral. Ainsi la hausse des températures des eaux fait reculer glaciers et fondre les barrières de glace. De quoi provoquer l'instabilité de la calotte glaciaire et son éventuel effondrement, avec l'élévation mondiale et irréversible du niveau de la mer qui y serait associée : de plusieurs mètres, disent les chercheurs. Dans une situation de « business as usual », le point de basculement serait atteint dès 2060. Les  conséquences pour les régions côtières du monde entier seraient catastrophiques. Au cours de ce siècle, les inondations pourraient devenir jusqu'à trois fois plus importantes que ne le pensaient jusqu'alors les scientifiques... et menacer jusqu'à un milliard de personnes.

Entre 2017 et 2020, le glacier de l’île du Pin, en Antarctique, a perdu environ un cinquième de sa superficie. À la suite notamment de trois ruptures majeures. Ici, un timelapse qui s’étend de janvier 2015 à mars 2020 monté à partir d’images prises par les satellites du réseau Copernicus. © Joughin et al.Science Advances, Université de Washington

Des travaux publiés en parallèle par des chercheurs de l’université de Washington (États-Unis) confirment la situation délicate de l'Antarctique. Ils rapportent que le glacier de l'île du Pin a accéléré de manière marquante -- de 12 % -- entre 2017 et 2020 sous l'effet de ruptures importantes du glacier ces dernières années. « Les processus que nous avions identifiés sur place nous annonçaient certes un effondrement irréversible, mais à un rythme assez mesuré. Les choses pourraient en réalité se passer de manière beaucoup plus abrupte si nous perdions le reste de cette barrière de glace », explique Ian Joughin, glaciologue, dans un communiqué.

Le rapport met aussi en lumière le fait que perturber ces processus pourrait exacerber de manière disproportionnée le changement climatique. Heureusement, il propose un ensemble de mesures axées sur le climat qui pourraient renforcer la résilience de l'Antarctique et contribuer à la sauvegarde des sociétés et des économies du monde entier. Par exemple, la création d'aires marines protégées (AMP) autour de l'Antarctique et l'intégration des questions liées au changement climatique dans la gestion et la prise de décision, mais aussi l'application de nouvelles mesures de réduction des émissions de gaz à  effet de serre.

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