Une équipe internationale de chercheurs dirigée par des paléontologues des universités d’Oxford et de Cambridge (Royaume-Uni) vient de faire état d’une étonnante découverte, celle du reste fossilisé d’une partie d’un cerveau de dinosaure. Rien de moins. L'animal en question serait un herbivore apparenté à l’iguanodon. C’est une grande première.
Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Interview : cinq idées fausses sur les dinosaures Le cinéma et la littérature entretiennent autour des dinosaures une certaine mythologie. Ces allégations, souvent totalement erronées, ont le don de froisser les experts et les adeptes avertis. Futura-Sciences est donc parti à la rencontre d'Éric Buffetaut, paléontologue, afin de passer au crible cinq idées reçues sur les dinosaures.

Un article publié dans Geological Society, London, Special Publications fait actuellement sensation. L'annonce qui y est contenue est presque aussi spectaculaire que le serait celle de la découverte d'un reste d'ADN contenu dans le corps d'un moustiquemoustique datant de l'ère des dinosaures et fossilisé dans de l'ambre... Hélas, on sait que Jurassic Park ne sera jamais une réalité.

Mais si l'on avait dit à des paléontologuespaléontologues comme Martin Brasier, de l'université d'Oxford (décédé en 2014), et David Norman, de l'université de Cambridge - ils ont codirigé le travail dont fait état l'article - qu'il serait possible un jour d'étudier des restes fossilisés d'un cerveaucerveau de dinosauredinosaure, ils auraient certainement rétorqué que c'était impossible.

Pourtant, en 2004, le chasseur de fossilesfossiles amateur Jamie Hiscocks prospectait le rivage de la ville de Bexhill, dans le Sussex (Royaume-Uni), quand son attention fut attirée par une étrange pierre de couleurcouleur brune. Suspectant qu'il s'agissait du moulage interne d'une boîte crânienneboîte crânienne, il apporta sa trouvaille à Martin Brasier qui le convainquit de la lui laisser, devinant qu'il était peut-être en présence d'une découverte majeure. Plusieurs années s'écoulèrent avant que les chercheurs puissent arriver à la conclusion ferme que tel était bien le cas : il s'agissait de restes fossilisés de tissus mous appartenant à un cerveau.


Une présentation de la découverte du fossile de cerveau de dinosaure. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Cambridge University

Des méninges, du cortex et des vaisseaux sanguins fossilisés

Les fossiles trouvés dans la région de Bexhill montrent qu'ils proviennent de plantes et d'animaux qui vivaient il y a environ 130 millions d'années, donc à l'époque du CrétacéCrétacé inférieur, dans une plaine d'inondationinondation contenant des lacs et des marécages. Bexhill est notamment connue pour ses pistes de traces de dinosaures qui semblent avoir été laissées par des iguanodons, des herbivores bien connus. De fait, on trouve des fossiles de ces animaux dans la région et, vu la taille du fossile trouvé par Jamie Hiscocks (voir vidéo ci-dessus), on a donc des raisons de penser qu'il s'agit d'un fossile de cerveau d'iguanodoniguanodon ou, pour le moins, d'un animal qui lui est fortement apparenté, ce que semble confirmer l'anatomieanatomie de ce cerveau. Notons quand même que l'on trouve aussi, à Bexhill, des restes de Polacanthus, un autre herbivoreherbivore, et de Baryonyx, un genre de dinosaure théropode carnivorecarnivore de la famille des Spinosauridae.

Les chances d'une excellente conservation de traces de tissus mous fossilisés sont déjà faibles avec des dinosaures, alors trouver un cerveau, c'est encore plus remarquable ! Le fossile a été étudié en utilisant notamment un microscope électronique à balayagemicroscope électronique à balayage. On peut ainsi identifier, entre autres, des méningesméninges (la membrane qui entoure le cortexcortex proprement dit) ainsi que les traces de brins de collagène et des vaisseaux sanguins. L'anatomie et les caractéristiques de ce cerveau fossilisé montrent des similitudes avec les cerveaux des oiseaux et des crocodiles.

Il semble, mais cela n'est pas encore démontré, que ce cerveau devait être en contact avec la boîte crânienne et, donc, que le cerveau des dinosaures, que l'on croyait en général isolé de celle-ci car enrobé dans un système sanguin développé, ne faisait pas la moitié de la taille de leur boîte crânienne. Cela aurait des implications sur leur intelligenceintelligence.

Mais comment un tel fossile de dinosaure a-t-il pu parvenir jusqu'à nous ? Il a fallu des conditions bien particulières, un enfouissement rapide et un milieu pauvre en oxygèneoxygène empêchant des bactériesbactéries de détruire les tissus mous avant qu'ils ne se minéralisent. Selon les chercheurs, le crânecrâne du dinosaure a dû se trouver dans une tourbièretourbière, avec de l'eau acideacide, et dans une position telle que le sommet du crâne touchait le fond.

En tout cas, on sait maintenant que la fossilisationfossilisation de cerveau est possible. La chasse à ces trésors ne fait que commencer.