En étudiant les mouvements des glaciers de montagne dans l’hémisphère sud, des chercheurs de l’université du Maine (États-Unis) ont mis au jour un mécanisme, le Zealandia Switch, qui pourrait expliquer le cycle des âges de glace. Ici, le lac Pukaki, formé après le recul d’un glacier de montagne comme ceux qu’ils ont étudiés il y a environ 18.000 ans, à la fin de l’ère glaciaire. © Joshua, Adobe Stock
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Zealandia Switch : une nouvelle théorie pour les âges de glace

ActualitéClassé sous :climatologie , Âge de glace , période glaciaire

Au fil de son histoire, notre Terre a connu plusieurs épisodes glaciaires. Les causes précises de ses âges de glace restent aujourd'hui débattues. Mais des chercheurs proposent qu'elles puissent s'être, depuis le début, cachées dans l'hémisphère sud, ses vents et son mystérieux continent quasi submergé Zealandia.

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Et si la clé du mystère des cycles des âges de glace se cachait en fait dans l'hémisphère sud ? C'est en tout cas ce que suggèrent aujourd'hui des chercheurs de l’université du Maine (États-Unis). Ils ont en effet identifié un mécanisme - qu'ils appellent le Zealandia Switch, du nom de ce continent aux deux tiers immergé et dont la Nouvelle-Zélande représente la plus grande part émergée - par lequel des changements globaux rapides de la température atmosphérique peuvent survenir.

Ce qui leur a mis la puce à l'oreille ? Des études menées depuis plus d'un quart de siècle sur les glaciers de montagne en Nouvelle-Zélande et en Amérique du Sud. Et plus exactement les travaux de datation précise des moraines - des débris rocheux transportés par la glace - de ces glaciers de l'hémisphère sud. Les chercheurs ont ainsi reconstruit une chronologie complète de l'étendue de ces glaciers de montagne - connus pour être particulièrement sensibles aux changements climatiques - pendant et depuis la dernière période glaciaire. Une chronologie qu'ils ont ensuite synchronisée avec des données paléoclimatiques.

Pour expliquer leurs observations, l'hypothèse des chercheurs est la suivante : de subtils changements dans l'orbite terrestre affectent les vents d'ouest qui soufflent sur l'hémisphère sud. Ce phénomène serait à l'origine du cycle des âges de glace. Une hypothèse fondamentalement différente de la vision admise depuis longtemps de l'influence majeure sur ce cycle des effets des variations orbitales sur la calotte glaciaire... de l'hémisphère nord.

Des vents et du CO2

Rappelons qu'autour de l'Antarctique soufflent de très puissants vents d'ouest. Ce sont ni plus ni moins les vents les plus forts de la Terre. Ils ont une influence sur les gyres océaniques et de fait, sur la libération d'énergie des eaux tropicales. Et si les chercheurs parlent de Zealandia Switch c'est parce que la plateforme continentale en question constitue un obstacle naturel à l'écoulement des courants océaniques.

S'il arrive que la ceinture de vents d'ouest se décale vers le nord, l'eau chaude du Pacifique qui devrait se diriger vers le sud est réorientée vers le nord de la Nouvelle-Zélande (mode glaciaire). À l'inverse, si les vents d'ouest se décalent vers le sud, la même eau chaude s'écoule encore plus volontiers dans la même direction (mode interglaciaire). Les modélisations montrant que l'ensemble des eaux de surface des océans du globe suivent alors le mouvement. Et les températures de l'atmosphère peuvent évoluer rapidement en conséquence.

Selon les chercheurs, le déplacement vers le sud des vents d'ouest de l'hémisphère sud à la fin de la dernière période glaciaire s'est en plus accompagné d'une libération, progressive, mais soutenue, par l'océan Austral, de dioxyde de carbone (CO2). Le phénomène aurait contribué à verrouiller le système climatique global dans un mode interglaciaire chaud. Et les scientifiques suggèrent que l'introduction de CO2 anthropique dans l'atmosphère pourrait réveiller cette dynamique océan/atmosphère et introduire « un mécanisme nettement non linéaire qui accélèrerait le réchauffement climatique » que nous vivons actuellement.

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