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Les plus hauts sommets himalayens atteints par la pollution urbaine

ActualitéClassé sous :climatologie , Ev-K2-CNR , Sherpa

Soufflant de l'Asie du sud-ouest, de l'Inde en particulier, des vents remontent les pentes de l'Himalaya et drainent des aérosols grimpant sur les plus hauts sommets. Ils y rencontrent d'autres masses d'air, provenant du Tibet et même de la troposphère, créant de nouvelles nanoparticules, générant en haute altitude une pollution loin d'être anecdotique, de nature à accélérer la fonte des glaciers himalayens.

La Pyramide, installée à 5.049 mètres d'altitude, abrite un laboratoire. Derrière, le Pumori, bien connu des trekkeurs qui rendent visite à l'Everest. © Ev-K2-CNR

En pays Sherpa, au nord-ouest du Népal, au cœur de la région du Khumbu, une pyramide de verre se dresse depuis 1990 à 5.049 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce laboratoire de recherche était initialement dédié à l'étude de deux géants, le mont Everest, qu'on ne présente plus, et le K2, deuxième sommet de la planète, avec 8.611 mètres. Le projet Ev-K2-CNR, lancé par deux scientifiques italiens, Agostino Da Polenza et Ardito Desio, et soutenu par le CNR (Consiglio Nazionale delle Ricerche), est depuis devenu une base logistique pour de multiples recherches.

C'est aujourd'hui la pollution atmosphérique et les effets du réchauffement sur la fonte des glaciers himalayens qu'étudient les chercheurs installés parmi le peuple Sherpa. La dernière découverte en date est celle de particules de suie en provenance des grandes agglomérations du sud-ouest de l'Asie, Népal, Pakistan et Inde, portées par les vents thermiques qui grimpent les pentes himalayennes. Les résultats viennent d'être publiés dans la revue des Pnas (Proceedings of National academy of sciences) par des équipes du laboratoire de météorologie physique de Clermont-Ferrand, de l'Isac (Istituto di Scienze dell'Atmosfera e del Clima) et  du comité Ev-K2-CNR de Bergame.

Durant seize mois, ces chercheurs ont exploité la plus haute station de surveillance météorologique du monde (Nepal Climate Observatory-Pyramid), installée non loin de la pyramide, à 5.079 mètres d'altitude. Les résultats montrent non seulement une teneur élevée mais aussi des fluctuations importantes. Le rôle de ces particules de suie, produites par l'activité humaine, mais aussi, d'une manière générale, de tous les aérosols (la nature en émet aussi) est complexe et encore mal compris. On admet qu'à grande échelle, les aérosols tendent à refroidir l'atmosphère (parce qu'ils diffusent la lumière solaire). Mais elles peuvent aussi (quand elles sont noires) absorber la lumière solaire et réchauffer l'air qui les entoure, contribuant à augmenter les températures à l'échelle locale. En haute montagne, par le même mécanisme, ces particules produisent un échauffement des surfaces neigeuses sur lesquelles elles se déposent. Elles participent donc à la fonte des glaciers.

Nepal Climate Observatory-Pyramid, 5.079 mètres : la plus haute station météo du monde, dans la région du Khumbu, au nord du pays Sherpa, dans le parc national de Sagarmatha, du nom népalais de la montagne appelée mont Everest par les Occidentaux et Chomolungma par les Sherpas. © Ev-K2-CNR

Des aérosols formés sur place

Selon les auteurs de l'étude, des apports de particules se produisent durant plus de 35% des jours de l'année. Mais ce flux n'est pas régulier. Les fluctuations observées ont lieu à l'échelle de la journée, le pic se produisant à l'aube. Il ne s'agit pas d'un flux supplémentaire en provenance des vallées polluées mais en quelque sorte d'une production locale. La nuit, la région reçoit de l'air froid, et propre, descendant des hauts plateaux tibétains (au nord du Népal) mais aussi des couches les plus élevées de la troposphère (la zone de l'atmosphère s'étendant du sol jusqu'à 8 à 15 kilomètres d'altitude). Au contact de ces masses d'air, les polluants contenus dans l'air remonté des vallées forment des particules dont la taille croît rapidement, jusqu'à 10 nanomètres.

Cette production d'aérosols peut rester sur place et se déposer sur les glaciers ou bien s'évader bien plus loin. « Cette formation de nouvelles particules représente une source additionnelle très significative de particules susceptibles d'être injectées dans la troposphère par les vents thermiques » expliquent les auteurs dans l'article publié dans les Pnas. Ces aérosols portés en haute altitude auront une durée de vie bien plus longue et pourront se répandre très loin. Pour comprendre l'évolution de l'atmosphère, les climatologues ne doivent donc pas s'intéresser qu'au gaz carbonique. Les aérosols, humains et naturels, jouent aussi leur rôle, de même que les particularités géographiques. Les scientifiques ont encore du travail, là-haut, au flanc des sommets de l'Himalaya...

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