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Himalaya : les glaciers sont condamnés à fondre, réchauffement ou pas

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Les plus hautes montagnes sont elles aussi sensibles au changement climatique. Quelles que soient les prévisions de température pour les prochaines décennies, une partie des glaciers de l'Himalaya est condamnée à mourir. Une étude a récemment montré qu'au Bhoutan, même si la température de l'air restait constante, 10 % des glaciers disparaîtraient. 

En arrière-plan, le Gangkhar Puensum, qui signifie littéralement « trois frères de la montagne ». À cheval entre le Bhoutan et la Chine, il culmine à 7.570 m d'altitude. Il est le plus haut sommet à n'avoir toujours pas été gravi. © Rhion, Wikipédia, DP

La chaîne de l'Himalaya abrite les plus hautes montagnes du monde : 14 sommets culminent à plus de 8.000 m. À des altitudes bien supérieures à celles des Alpes, les glaciers sont tout autant soumis aux modifications climatiques. Les changements glaciaires de l'Himalaya modifient le débit des rivières, l'agriculture et les risques d'inondations. La quantification précise de ces impacts est particulièrement difficile car de nombreuses incertitudes pèsent dans les données climatiques : mesures de température, bilan de masse, taux d'humidité, etc. 

Au Bhoutan, l'un des 7 pays traversés par la chaîne de l'Himalaya, une équipe majoritairement américaine travaille précisément sur la quantification de ces incertitudes. Avec une série de données climatologiques et un modèle numérique de fonte, l'équipe montre par exemple que les variations de la surface des glaciers et du flux d'eau de fonte annuel peuvent fluctuer d'un ordre de grandeur suivant les données. Cependant, avec les données les plus fiables, la simulation indique que même en conservant les conditions climatiques actuelles, une partie des glaciers est vouée à disparaître.

Un dixième des glaciers bhoutanais menacés

Summer Rupper, professeur de géologie de l'université Brigham Young (États-Unis), a concentré ses recherches sur le Bhoutan car c'est la région où la chaîne de l'Himalaya est le plus soumise au régime de mousson. Publiée dans la revue Geophysical Research Letters, l'étude menée montre que même si le climat restait constant, presque 10 % des glaciers du Bhoutan disparaîtraient dans les prochaines décennies et le flux d'eau annuel généré par la fonte diminuerait de 30 %. 

Le Bhoutan est l'un des 7 pays que traverse la chaîne de l'Himalaya. Il existe de nombreux villages recueillant d'étonnantes structures culturelles, comme ici le Dzong dans la vallée de Paro, construit en 1646. © Jean-Marie Hullot, Wikipédia, cc by sa 3.0

La fonte des glaciers est gouvernée par divers facteurs climatiques, pas seulement la température de l'air. Cette dynamique de fonte dépend de l'humidité de l'air, du vent et de la qualité des précipitations. Les glaciers bhoutanais sont d'autant plus sensibles à ces différents facteurs en raison de l'influence de la mousson. D'après les chercheurs, dans cette région, le glacier peut mettre une décennie à répondre au déséquilibre d'un seul de ces facteurs. « Ces glaciers particuliers ont tellement subi le réchauffement ces dernières décennies qu'ils ont trop de déséquilibres à rattraper », explique Summer Rupper.

Premier système de surveillance des glaciers au Bhoutan

Les données sur lesquelles sont basés les résultats de l'équipe viennent directement des stations météo qu'elle a installées en partant à l'assaut des glaciers. Associée à des étudiant du Lamont-Doherty Earth Observatory, de la Nasa et du Bhutan's Department of Hydro-Meteorological Services, Summer Rupper a développé le premier système de surveillance au Bhoutan qui permet de récolter des données en temps réel. « Nous avons mis 7 jours pour atteindre la zone cible. [...] Pour nos guides, ce type de terrain et ces altitudes sont habituels, mais j'admets que nous, les gens de l'ouest, ralentissions un peu le groupe. »

Incorporées dans un modèle de prévision sur les prochaines décennies, les données révèlent qu'avec une augmentation de 1 °C de la température atmosphérique, les glaciers fondraient de 25 % et le flux d'eau de fonte annuel diminuerait de 65 %. Une grande partie de la population mondiale vit au pied des glaciers de l'Himalaya. La fonte des glaces peut être très dangereuse pour les villages environnants : l'eau issue de la fonte des glaces, associée à l'augmentation des précipitations liquides, constitue un réel risque d'inondations. 

Les prévisions et les données de terrain de l'équipe américaine sont les premières du genre sur les glaciers du Bhoutan. Le gouvernement espère pouvoir utiliser ces recherches pour prendre des décisions à long terme sur les ressources en eau du pays et sur les risques d'inondations.

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