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Nuage brun : les glaciers himalayens victimes de la pollution atmosphérique

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Si les gaz à effet de serre jouent un rôle dans le réchauffement et la fonte des glaciers de l'Himalaya, celui-ci n'est pas prépondérant. La véritable cause réside plutôt dans la pollution atmosphérique en provenance d'Asie méridionale.

Mêmes glaciers, époques différentes. (de 1950 à nos jours). Crédit : National Geographic Channel.

L'industrialisation de l'Asie provoque l'envoi dans l'atmosphère de nombreux aérosols composés de particules minuscules provenant de la brûlure des combustibles fossiles et de la biomasse. Ceux-ci ont souvent été suspectés de refroidir le climat en interceptant le rayonnement solaire, mais des chercheurs comme Piers Forster, un scientifique de l'université de Leeds (Grande-Bretagne), estime aujourd'hui que les conséquences de ces aérosols présentent des aspects bien plus complexes et plus régionaux que prévu.

Afin d'étudier ces nuages bruns, comme les appellent les spécialistes (Brown clouds en anglais), des scientifiques américains ont effectué des mesures en altitude au moyen d'un avion non piloté. Ils ont ainsi constaté que sur la dernière décennie, la température moyenne de l'atmosphère s'était élevée de 0,25°C, contre 0,10°C au niveau du sol. Or, l'Himalaya et les nuages bruns occupent la même partie de l'atmosphère. La température de celle-ci s'y étant élevée plus de deux fois plus rapidement que dans la plaine, les glaciers se montrent ainsi particulièrement vulnérables.

Réchauffement atmosphérique par les nuages bruns. Crédit : Nicolle Rager Fuller, National Science Foundation.

David Winker, du NASA Langley Research Center en Virginie, auteur de l'étude, annonce : "C'est un grand sujet de conversation là-bas (en Inde). Une grande partie de l'eau utilisée dans le nord et le centre de l'Inde est apportée par les fleuves alimentés par les glaciers de l'Himalaya".

Mais il est difficile de mesurer directement les effets des aérosols, et les données satellitaires n'ont été disponibles que sur une période de cinq années. La topographie la plus ancienne de la zone a été fournie par la NASA à l'occasion de la mission Shuttle Radar Topography de février 2000. Puis, en novembre 2004, deux images d'une résolution de 2,5 m de la même zone prises sous deux angles différents ont été acquises spécialement à cet effet par le satellite français Spot5 dans le cadre d'un projet ISIS (CNES).

Aussi, Winker et son équipe ont-ils entrepris une nouvelle série de mesures de température au moyen d'un avion sans pilote en mars 2006. 18 vols au total, effectuée entre 500 mètres et 3 km d'altitude, ont confirmé les premiers résultats. Mais il a aussi été constaté que durant la deuxième moitié du mois, alors que la pollution en provenance d'Asie méridionale était particulièrement forte, l'élévation de température avait presque doublé.

La chaîne himalayenne.

Les conséquences sur le climat

Par des simulations informatiques prenant en compte l'évolution de l'atmosphère depuis 1950, l'équipe de David Winker a déterminé que les aérosols et les gaz à effet de serre ont contribué à une élévation de température de 0,15 à 0,25°C au cours de la dernière décennie. Le climatologue Veerabhadran Ramanathan, de la Scripps Institution of Oceanography de San Diego, en Californie, estime que la responsabilité des nuages bruns intervient pour plus de 50% dans le réchauffement de la haute atmosphère. Il ajoute qu'en ce qui concerne les glaciers de l'Himalaya, les simulations sont exactement conformes à la réalité, car l'élévation de température correspond au double du réchauffement global.

Ramanathan publie ses découvertes dans la revue Nature n° 448 (août 2007).

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