Jusqu'à maintenant, les chercheurs étudiaient le climat du passé grâce aux sédiments trouvés dans la mer, ou encore grâce à l'analyse des glaciers. Mais des scientifiques ont mis au point une nouvelle méthode qui analyse des fossiles de granules de vers de terre : celle-ci a déjà permis d'en savoir plus sur le climat de la période glaciaire qui a concerné l'Europe il y a environ 25 000 ans.

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Il y a 22 000 à 45 000 ans, l'Europe centrale traversait une période glaciaire qui suscite encore aujourd'hui des questions. Ce refroidissement du continent européen a été provoqué par l'Amoc, la « circulation méridienne de retournement atlantique », un courant marin qui fait office de thermostat régulant le climat mondial.

Des grains de calcium fossilisés retrouvés en Allemagne

Très peu d'éléments terrestres permettent de remonter dans le temps pour cerner les variations climatiques des époques lointaines. Afin d'en savoir plus sur le niveau des températures et des précipitations au cours de la période glaciaire qui a touché l'Europe, une équipe de chercheurs internationaux a mis au point une nouvelle méthode de recherche utilisant une matièrematière plutôt originale : les granules de vers de terre. Il s'agit d'excès de calciumcalcium, que les vers de terre éliminent naturellement et qui font la taille d'un grain de sablesable, c'est-à-dire environ 2,5 mm de diamètre.

Les granules de vers de terre. © Charlotte Prud’homme/CNRS
Les granules de vers de terre. © Charlotte Prud’homme/CNRS

Cette nouvelle méthode a tout d'abord été mise au point à l'université Paris-Panthéon-Sorbonne, et ensuite améliorée par l'Institut Max PlanckMax Planck de chimiechimie en Allemagne. Leur étude a été publiée dans Communications Earth & Environment et explique comment la datation carbonecarbone de ces granules de vers de terre a permis de réaliser que les étés de l'époque glaciaire étaient finalement plus chauds que ce que l'on pensait jusqu'à maintenant. Ces fossilesfossiles de granules ont été retrouvés dans les lœss, des roches sédimentairesroches sédimentaires qui se sont formées dans des zones autrefois englacées, comme c'est le cas dans la vallée du Rhin en Allemagne.

L'Europe au cours de la période glaciaire il y a 25 000 ans : en bleu, la couverture de glace sur les îles britanniques, les Alpes et la Scandinavie. En beige, les plateaux continentaux en Europe centrale. © communications earth & environment
L'Europe au cours de la période glaciaire il y a 25 000 ans : en bleu, la couverture de glace sur les îles britanniques, les Alpes et la Scandinavie. En beige, les plateaux continentaux en Europe centrale. © communications earth & environment

Les humains ont peut-être pu survivre en Europe pendant le maximum de froid

Grâce la méthode du radiocarbone, l'âge de ces granules a pu être déterminé. Leur composition en oxygène et en carbone a ensuite permis d'obtenir des données sur les températures et les précipitations de l'époque. « L'analyse des données obtenues montre que de 45 000 à 22000 ans avant le présent, le climat était beaucoup plus sec que de nos jours, avec 70 % d'humidité en moins » (comparé à aujourd'hui), indique le Dr. Charlotte Prud'homme de l'université de Lausanne, auteure principale de l'étude. Plus sec, mais aussi plus chaud qu'envisagé au cours de l'été : d'une manière générale, les étés les plus froids de cette période glaciaire n'étaient que d'1 à 4 °C inférieurs que les autres étés, moins froids donc, de l'époque.

L'étude des granules de vers de terre a permis de réaliser que le froid des étés glaciaires n'était pas aussi intense que ce que les chercheurs pensaient.© Incredible Arctic, Adobe Stock
L'étude des granules de vers de terre a permis de réaliser que le froid des étés glaciaires n'était pas aussi intense que ce que les chercheurs pensaient.© Incredible Arctic, Adobe Stock

« Peut-être, étant donné ces températures estivales, qu'il était possible pour les humains de vivre de façon saisonnière en Europe centrale pendant le maximum de froid, à une époque où l'on suppose qu'ils n'auraient pas pu survivre ici », précise le Dr. Olaf Jöris du Musée central romain-germanique, qui a aussi contribué à l'étude. Quoi qu'il en soit, cette nouvelle méthode d'analyse devrait dorénavant être plus largement utilisée dans toutes les zones où des roches sédimentaires de type lœss sont présentes.