Au Japon, les frites ont du succès ! © Isamand, Pixabay, DP
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McDonald's doit rationner ses frites au Japon !

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Alors que les Japonais raffolent du poulet-frites à Noël, McDonald's annonce qu'il rationne ses frites dans ses 2.900 restaurants de l'archipel : ils n'en serviront que des petites portions pendant les fêtes de fin d'année ! Une information totalement inattendue pour les Français. L'occasion de mieux comprendre comment on se nourrit dans le monde et la mondialisation accélérée des goûts et des cultures.

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Ce n'est pas parce qu'un pays est riche qu'il peut se nourrir tout seul ! Les pays qui ont une forte population et peu de terres arables ne peuvent pas se nourrir directement, la richesse ne fait rien à l'affaire.

Les paysans japonais ne peuvent pas nourrir les Japonais

Quand les pays sont riches ils ne connaissent certes pas l'insécurité alimentaire, mais ils ont quand même vraiment besoin d'un approvisionnement régulier en provenance d'autres pays. Lorsque pour une raison ou une autre, la logistique de cet approvisionnement grippe, ils connaissent des pénuries ponctuelles de certains produits. C'est ce qui se passe actuellement pour les frites au Japon.

La mondialisation en œuvre : désormais les Japonais fêtent Noël, et en plus avec du poulet-frites (tout est importé bien sûr) ! © Paulista, Adobe stock

Les 126 millions de Japonais ne peuvent compter que sur 4 millions d'hectares de terres arables (soit un hectare pour 31 personnes !). Alors que les 67 millions de Français disposent, eux, de 18 millions hectares (1 hectare pour 3,7 personnes). Difficile de se nourrir avec si peu de surfaces. À peu de choses près, le seul produit alimentaire pour lequel les Japonais sont excédentaires, ce sont les poissons ! Car là, l'océan est immense et leurs très nombreux chalutiers écument, d'abord le Pacifique, mais bien au-delà : par exemple ils sont très présents en face des côtes de l'Afrique de l'Ouest.

Il n’y a guère que pour le riz que les Japonais sont autosuffisants, d’une part parce qu’ils en mangent beaucoup moins, et d’autre part parce qu’ils y consacrent le tiers de leur surface agricole, et de façon très productive. © Deltaworks, Pixabay, DP

Ils subventionnent énormément leur production de riz, aliment de base s'il en est dans ce pays, même si avec l'occidentalisation de leurs modes de vie, leur consommation est passée de 120 kilos en 1960 à seulement 50 kilos actuellement. Leurs riziculteurs sont très efficaces, avec des rendements moyens de plus de 6 tonnes à l'hectare, ils consacrent à cette activité emblématique le tiers de leurs terres arables (1,5 million d'hectare), ce qui fait qu'ils sont presque autosuffisants. Sur pratiquement toutes les autres productions, ils doivent compter sur leurs importations.

Il y a bien d'autres pays dans ce cas : par exemple la Corée du Sud, la Suisse, l'Autriche, ou la Grande-Bretagne (je ne suis pas sûr que les Anglais qui ont voté pour le Brexit avaient bien compris que leurs paysans ne peuvent pas les nourrir...). Mais ce sont des pays riches qui auront toujours des dollars pour acheter de la nourriture et les situations de l'Égypte ou du Bangladesh et bien d'autres sont nettement plus préoccupantes.

Avec l’urbanisation, le mode de vie des Japonais s'est largement occidentalisé

Les Japonais mangent donc deux fois moins de riz que dans les années 1960 (60 kilos par an au lieu de 120 !). Ils se sont mis au pain et aux pommes de terre, à la viande, aux graisses et aux huiles et même aux laitages (maintenant presque autant que les Français !). Depuis 2013, ils dépensent même davantage pour le pain que pour le riz ! Évidemment tous ces nouveaux aliments sont largement importés. Et du coup, bien entendu, ils commencent à goûter aux joies de l’obésité...

Un des signes de cette occidentalisation est le succès très inattendu de McDonald's dans l'archipel, qui compte maintenant 2.900 restaurants de cette enseigne (deux fois plus qu'en France), pour un chiffre d'affaires de 4,6 milliards d'euros. Cette aventure a commencé il y a 50 ans tout près des bases militaires américaines, notamment celle d'Okinawa. C'est d'ailleurs dans cette île que se situe le restaurant qui réalise le plus gros chiffre d'affaires des 38.000 McDonald's du monde ! Évidemment il y a eu une petite adaptation de la firme aux cultures alimentaires locales, par exemple ils y proposent des crevettes, du tofu et des sauces adaptées aux goûts locaux. Mais, comme partout ailleurs dans le monde, le Big Mac-cornet de frites fait un tabac ! Les ingrédients sont évidemment importés, mais le prix d'un menu est sensiblement inférieur à ce qu'il est en France (5,44 € contre 6,10 €).

La logistique sans ratés n’existe pas

En matière de pommes de terre, la production japonaise dépasse à peine les 2 millions de tonnes, quatre fois moins que la production française. Ils s'approvisionnent donc auprès de pays exportateurs. Et, tant qu'à faire, auprès de ceux qui sont plus faciles d'accès pour eux : États-Unis et Canada. L'Ukraine, la Pologne ou la France, autres pays exportateurs, sont plus difficiles à atteindre. Tandis que les deux plus gros producteurs mondiaux (la Chine et l'Inde) consomment chez eux l'ensemble de leur production.

McDonald's est de très loin le premier importateur de pommes de terre (surgelées) au Japon, et donc le premier à souffrir en cas de rupture des chaînes d'approvisionnement. Déjà, à Noël 2014, il y a eu une grève dure des dockers sur la côte ouest des États-Unis et les cargos ne partaient plus. Ils n'avaient alors pas hésité à faire venir 1.000 tonnes de pommes de terre par avion, et avaient mis leurs clients au régime du petit cornet de frites seulement. Il faut dire que les fêtes de fin d'année sont une période de pointe dans ce pays, surtout en période de Covid-19. On voit ainsi se former de très longues files d'attente devant chaque restaurant, particulièrement via le drive, la vente à emporter et les livraisons à domicile.

En cette année 2021, nouveau rationnement : les portions de frites moyennes et grandes ont de nouveau provisoirement disparu. Cette fois-ci à cause des inondations catastrophiques dans l'ouest du Canada couplées avec la baisse du nombre de camionneurs et de dockers en activité due à la recrudescence de l’épidémie de Covid

Des aléas finalement inévitables de logistique lorsqu'on achète sa nourriture à 8.000 kilomètres de chez soi ! 

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