Grâce aux réseaux sociaux, l'invasion de l'Ukraine lancée le 24 février par Vladimir Poutine est en passe de devenir l'un des conflits des plus documentés de ces dernières années. © Thomas Ragina, Adobe Stock
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Comment l’open source intelligence est devenue une arme majeure dans la guerre en Ukraine ?

ActualitéClassé sous :réseau , communication , Guerre du futur

[EN VIDÉO] L'armée américaine teste une escadrille de 103 mini drones autonomes  Aux États-Unis, le département de la Défense a testé avec succès un groupe de 103 microdrones largués depuis trois avions de combat. Mus par une intelligence artificielle, ces petits engins de 16 centimètres de long ont démontré leur capacité à voler en formation et à prendre des décisions pour s'adapter aux circonstances. 

L'invasion russe commencée le 24 février rencontre une forte résistance ukrainienne, malgré des moyens techniquement supérieurs des forces du Kremlin. Dans la guerre acharnée que mènent les Ukrainiens, l'open source intelligence est devenue une ressource nécessaire pour prévaloir sur les opérations russes.

La guerre à grande échelle a recommencé aux portes de l'Union européenne. Le 24 février 2022, le président russe Vladimir Poutine annonçait à 4 h 30 du matin le début d'une opération de « pacification » et de « dénazification » de son pays frontalier, l'Ukraine. De nombreux spécialistes anticipaient une potentielle attaque de la part des 150.000 soldats massés aux portes de l'Ukraine, dont la brutale tentative d'invasion choque la communauté internationale depuis maintenant quatre jours. Mais les troupes russes rencontrent un véritable obstacle, la résistance ukrainienne s'avérant plus efficace qu'estimé. Ce qui devait être une guerre éclair, patine. Dans ce conflit, les réseaux sociaux se démontrent être une arme redoutable pour permettre aux soldats de Volodymyr Zelensky de préserver un avantage stratégique sur certaines opérations ennemies.

La révolte populaire de l'Euromaïdan, qui s'est déroulée de 2013 à 2014, était déjà grandement documentée grâce à l'activité de militants et observateurs sur Internet. © misu, Adobe Stock

Des champs de guerre connectés

Les nouveaux conflits armés se mêlent désormais à la connectivité globale, si bien qu'Elon Musk a initié le déploiement du réseau Starlink en Ukraine, permettant aux habitants et soldats d'avoir accès à Internet malgré la destruction d'infrastructures par les troupes russes. La guerre démarrée par Vladimir Poutine n'est pas la première durant laquelle les réseaux sociaux et plus généralement Internet jouent un rôle capital.

La possibilité de poster vidéos et images en quelques clics a donné naissance à une pratique nommée Osint, pour « open source intelligence », « renseignements de source ouverte » en français. L'Osint s'axe dans une série de moyens exploités pour recueillir des renseignements et pouvant être utilisés par des agences gouvernementales. On y trouve notamment le Sigint (Signal intelligence) ou encore l'Humint (Human intelligence), que l'historien anglais et spécialiste de la guerre froide Christopher Andrew abordait longuement dans son ouvrage « The Secret World : an History of intelligence ».

Avec la guerre en Ukraine, Twitter est devenu un véritable vivier de documents provenant du front. Ici, on observe un drone Bayraktar TB2 quelques instants avant une frappe sur des véhicules russes. © Ministère de la Défense ukrainien

Dans ce vaste réseau que représente Internet, Twitter est devenu une véritable mine de renseignements. En quatre jours, la quantité de vidéos et photos publiées dévoilant des positions ou du matériel russe explose, permettant ainsi aux forces ukrainiennes d'anticiper certains mouvements et d'organiser leurs défenses ou des contre-offensives. La réception et l'utilisation de données Osint se révèlent donc être stratégiquement décisives dans le déroulé du conflit, certains journalistes tels que Illia Ponomarenko (The Kyiv Independant) ont explicitement demandé aux civils de ne pas poster de documents pouvant révéler la position de troupes ou matériels ukrainiens. Le recueil de données peut parfois provenir de sources étonnantes. Les premiers jours de la guerre en Ukraine, la position de soldats russes a ainsi été dévoilée, ces derniers communiquant avec des femmes ukrainiennes sur l'application de rencontre Tinder, dont l'utilisation est basée sur la géolocalisation.

Analyser les conflits à distance

Si la présence de reporters sur des zones de conflits est un atout majeur pour documenter une guerre, le travail d'analyse peut désormais s'effectuer dans d'autres pays en aval de la collecte de renseignements. Certains se sont fait une spécialité d'utiliser l'Osint pour observer les conflits, tel le média Bellingcat. C'est de cette façon que certains « osinteurs » aguerris ont pu relever le bombardement d'hôpitaux (acte condamné par la quatrième Convention de Genève de 1949) par les forces aériennes russes en Syrie, ou encore l'utilisation de missiles à sous-munitions en Ukraine, armes prohibées par un traité signé par 46 pays en 2007.

De nombreux spécialistes peuvent donc baser leurs observations sur l'afflux presque incessant de documents en provenance de champs de bataille. De nombreux comptes Twitter sont devenus des références du décryptage (Aurora Intel, Rob Lee, Osint-Eye...), permettant de fournir une analyse détaillée de certains conflits.

Le chercheur Elie Tenenbaum le rappelait à l'antenne de France Culture : « les documents observables sur Internet et les réseaux sociaux nécessitent d'être jaugés avec précaution ». Mais l'open source intelligence devient une part intégrante du journalisme actuel, et si l'Osint a déjà fait ses preuves durant la guerre en Syrie, en Afrique centrale ou encore au Yémen, elle s'avère désormais capitale dans la résistance amorcée par l'armée et les citoyens ukrainiens.

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