Pour repérer les soldats ennemis, les Ukrainiens comme les Russes utilisent la localisation des smartphones. © Pixabay, Republica
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Comment la téléphonie mobile est devenue une arme de guerre en Ukraine

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En Ukraine, chaque camp utilise les réseaux mobiles pour espionner l'adversaire mais aussi le localiser, pour ensuite le frapper avec un missile. Pour cela, les armées utilisent de faux relais composés de drones et d'un camion pour repérer les smartphones des soldats.

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[EN VIDÉO] Kézako : comment fonctionne un réseau de téléphonie mobile ?  Chaque jour des milliers d’appels sont passés en France depuis un téléphone portable. Permettant de rester en contact facilement et presque partout, le smartphone fonctionne cependant avec un réseau de téléphonie mobile complexe. L’université de Lille 1 et Unisciel nous expliquent ses secrets en vidéo dans cet épisode de Kézako. 

Les avions ne sont pas les seuls ennemis des populations et des soldats dans les airs. Il y a aussi les drones, mais également... les réseaux de télécommunication. Dans une longue enquête, Sky News détaille comment l'Ukraine et la Russie les utilisent comme de véritables armes de guerre.

L'objectif n'est pas seulement d'intercepter des conversations et de faire de l'espionnage, mais il s'agit surtout d'utiliser les réseaux pour « traquer » l'ennemi. Exactement comme lorsqu'une enquête judiciaire permet de savoir où a borné le téléphone mobile d'un suspect. En l'occurrence, chaque camp utilise des dispositifs appelés « simulateurs de sites cellulaires », qui imitent un relais téléphonique. Ils sont reliés à des drones envoyés au-dessus du champ de bataille pour capter les signaux des téléphones à proximité, puis les informations sont envoyées à un camion dédié à cette mission.

Ce camion sert de relais lors du survol d'une zone par des drones. © Vitaly V. Kuzmin

Surveiller 2.000 téléphones dans un rayon de 6 kilomètres

Ses simulateurs forcent les téléphones à se connecter à plusieurs pylônes dans la zone, en mesurant la force et la direction du signal pour chaque téléphone et chaque mât. En analysant ces réponses, en fonction de la force de signal, il est possible de déterminer où les appareils sont susceptibles de se trouver et d'envoyer une frappe à cet endroit. C'est même encore plus simple lorsque la puce GPS du téléphone est activée. Il est alors possible d'avoir la position précise du smartphone, et donc de l'ennemi.

Toujours selon Sky News, en Ukraine, les Russes utilisent le système de guerre électronique Leer-3 -- composé de deux drones et d'un camion de commandement -- comme moyen de localisation des forces ukrainiennes. Ce système peut capter plus de 2.000 téléphones dans un rayon de 6 kilomètres. Les Ukrainiens utiliseraient un système équivalent, et le New York Times rapporte qu'au moins un général russe a été tué après qu'un appel sur son téléphone portable a été intercepté par les services de renseignement ukrainiens.

Depuis le début du conflit, les Ukrainiens sont parvenus à intercepter les communications russes, que ce soit par ondes radio ou par la téléphonie. © TV5 Monde

Pourquoi la Russie ne détruit pas les infrastructures ?

En guerre depuis huit ans dans le Donbas, l’Ukraine a l'expérience de ce type de technologie, et elle a donc fait passer une circulaire aux soldats et aux personnes qui combattent depuis le début de l'invasion fin février. On peut y lire une liste de conseils comme de laisser sa carte SIM à la maison, d'en acheter une sur le lieu même du conflit ou encore de passer des appels loin de ligne de front ou dans des zones fortement fréquentées. Et bien évidemment, au maximum, de laisser son téléphone éteint.

Selon Sky News, il y a une raison qui explique pourquoi les infrastructures des télécommunications sont finalement peu attaquées par les Russes : elles leur permettent de récupérer des renseignements à partir des appels ukrainiens, mais aussi de faire fonctionner leurs drones. Chaque camp a donc besoin que le réseau mobile fonctionne.

Autre raison ? Simplement connaître les positions ennemies sans pour autant les frapper. Acquérir un maximum d'informations sur leurs mouvements et leurs projets. « Peut-être ne sont-ils pas des cibles suffisamment importantes pour que l'on y envoie immédiatement un missile, mais ils peuvent l'être suffisamment pour que l'on puisse les suivre et en tirer des renseignements », conclut John Scott Railton, chercheur au Citizen Lab de l'Université de Toronto.

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