Le bitcoin et les cryptomonnaies sont entrés dans une nouvelle phase de leur expansion. © SnapLaunch, Pixabay
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Pierre Noizat, Paymium : « Le Bitcoin est bon pour l’environnement »

ActualitéClassé sous :Cryptomonnaies , consommation énergétique du Bitcoin , minage de bitcoin

Après une année 2021 qui a vu le cours du bitcoin atteindre des sommets inédits et un État l'adopter comme monnaie officielle aux côtés du dollar, les cryptomonnaies semblent sur une trajectoire ascendante. Pierre Noizat, cofondateur et P.-D.G. de Paymium, première plateforme française d'échange de bitcoins, revient pour Futura sur les perspectives et bat en brèche les idées reçues qui, selon lui, déforment la réalité.

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[EN VIDÉO] Le bitcoin, comment ça marche ?  Le Groupe SII et l'École des technologies numériques avancées (ETNA) ont élaboré une émission diffusée sur Internet nommée Blockchain Révolution. Elle explique en détail le phénomène de la blockchain et du bitcoin, cette monnaie cryptographique qui fait beaucoup parler d’elle. Voici, en exclusivité pour Futura, un épisode complet consacré aux aspects pratiques du bitcoin. 

La couverte médiatique autour des cryptomonnaies se focalise principalement sur les fluctuations spectaculaires du cours du bitcoin, les vols de sommes colossales par des cyberpirates ou encore les problématiques environnementales liées à l'expansion des monnaies numériques. Quantité de problématiques passionnantes sont ainsi reléguées au second plan, privant le plus grand nombre des clés nécessaires à une compréhension éclairée.

Pour aller un peu plus loin et mieux appréhender les enjeux de cette évolution socio-économique majeure, nous avons choisi d'échanger avec Pierre Noizat, l'un des meilleurs spécialistes européens des cryptomonnaies et du bitcoin en particulier. Polytechnicien et titulaire d'un MBA de l'université de Columbia (États-Unis), il a cofondé et dirige Paymium, la première place de marché française d'échange de bitcoins née en 2011.

Pierre Noizat, cofondateur et P.-D.G. de Paymium. Basée à Paris, cette plateforme d’échange de bitcoins est la première place de marché européenne proposant un service en conformité avec la réglementation européenne sur les services de paiement. © Paymium

Futura : Les cryptomonnaies et le bitcoin n’ont jamais été aussi populaires et porteurs d’avenir. Pour la première fois, une publicité pour la plateforme de crypto Coinbase a été diffusée lors du Super Bowl aux États-Unis. Sommes-nous à un tournant dans l’avenir des monnaies numériques ?

Pierre Noizat : Nous sommes en phase d'adoption d'une technologie exponentielle, comme l'a été l'Internet en son temps dans les années 2000. Il y a un point d'inflexion qui fait passer d'une croissance assez modérée à quelque chose de plus grande ampleur. Les cryptomonnaies et bitcoin sont sur cette trajectoire.

Nous sommes au début de l'adoption de masse du bitcoin qui entraine dans son sillage toute une série de cryptomonnaies « opportunistes ». Mais le bitcoin est le seul qui a un modèle déflationniste, qui n'augmente pas sa masse monétaire de manière illimitée, contrairement à la plupart des autres cryptos qui sont plus proches de la monnaie traditionnelle.

La publicité diffusée lors du Super Bowl est un signal fort indéniable. Mais cela reste aux États-Unis où les élites ne se répandent pas à longueur de journée contre la technologie. En France, nous subissons toujours un discours anti-bitcoin très prégnant qui cherche à détourner les gens des cryptos, comme si la monnaie traditionnelle était l'horizon unique.

Malgré cet élan, un certain nombre d’obstacles et d’oppositions majeurs sont bien présents. Quels sont-ils ?

Pierre Noizat : On est sur un écosystème du monopole. Dans la réalité, l'euro a perdu le monopole face aux cryptos qui lui font concurrence, mais il conserve un monopole en droit. Il n'y a pas encore eu de mise à jour du code monétaire et financier pour acter cette évolution. C'est un peu comme si en 2022 nous avions toujours le monopole de France Télécom. C'est assez aberrant. Je pense que cela ne durera pas éternellement car la nouvelle génération, lorsqu'elle arrivera aux responsabilités, ne le tolèrera pas. Mais, pour le moment, nous subissons une forme d'oligarchie qui maintient le couvercle sur l'innovation monétaire et financière en usant de grands mots tels que « spéculation », avec un jugement moral sur les acteurs qui ne voient pas le monde de cette manière. Tout cela est complètement obsolète.

Le développement de Paymium en France en a-t-il été entravé ?

Pierre Noizat : D'une certaine façon, oui. En France, nous sommes l'un des pays où la résistance des élites à l'innovation est la plus forte. Nous avons été obligés de changer d'établissement bancaire quasiment chaque année car la direction d'une banque peut mettre son veto sur les cryptos et fermer les comptes des acteurs du secteur sans devoir le justifier légalement. C'est un monopole monétaire dur, une forme de dictature soft. Mais nous ne nous laissons pas arrêter, nous faisons preuve de résilience.

L’une des critiques récurrentes envers le bitcoin et les cryptos concerne la consommation d’énergie. Dans le collimateur, le système de minage qui a entrainé une course à la puissance proportionnelle à la hausse du cours du bitcoin et provoquerait une gabegie énergétique. Comment abordez-vous cette problématique ?

Pierre Noizat. L'énergie utilisée par bitcoin n'est pas celle employée pour éclairer nos logements et alimenter notre électroménager. C'est une énergie qui est en surplus auprès d'installations, en général hydrauliques, souvent situées en Asie centrale ou en Afrique. Si elle n'est pas utilisée, cette énergie est perdue car elle n'est pas reliée à un grand réseau de distribution efficient comme il en existe en Europe. Le protocole bitcoin étant intrinsèquement conçu pour n'être rentable qu'avec l'électricité la moins chère, les mineurs bitcoin recherchent et monétisent des surplus d'énergies renouvelables, qui sont bradés par les producteurs. En aucune manière, la demande d'énergie liée au minage de bitcoins ne vient en compétition avec la demande des particuliers car ces demandes distinctes sont servies par des offres distinctes.

Une ferme de serveurs dédiés au minage de Bitcoins. Au fil des années, cette activité, qui pouvait jadis être pratiquée depuis un simple ordinateur, a atteint une complexité telle qu'elle n'est accessible qu'à des fermes de serveurs gigantesques avec pour pendant que celles-ci auraient une consommation électrique excessive, néfaste pour l'environnement, ce que les partisans du bitcoin s'évertuent à récuser. © Photocreo Bednarek, Adobe Stock

Pourquoi alors cet argument de la dépense énergétique excessive est-il brandi de façon aussi systématique et puissante ?

Pierre Noizat : Parce que ce que je viens de vous expliquer n'est pas connu. On est dans le registre des fake news. Un mensonge répété suffisamment souvent devient une vérité. On ne se pose pas la question de savoir quelle énergie le bitcoin utilise. En réalité, son minage favorise le développement d'infrastructures d'énergies renouvelables car il contribue à stabiliser leur modèle économique. Le bitcoin est bon pour l’environnement. Ce serait une gabegie s'il consommait une énergie qui pourrait être utilisée à d'autres fins. Or, le bitcoin consomme une énergie qui serait perdue autrement. La vérité est à l'opposé de ce que prétendent les lobbyistes.

Bitcoin est une monnaie apolitique

Derrière ce discours dominant, il y a une approche politique. Ces opposants expriment une vision du monde de type collectiviste, où une seule sorte de monnaie [la monnaie fiat, ndlr] est imposée à tous par une sorte d'oligarchie bienveillante. Or, cette monnaie disponible en quantité illimitée nous amène à la société de consommation.

Cela accroît les inégalités car la monnaie centralisée et monopolistique, créée par l'émission de crédit, n'est pas distribuée de manière équitable. Le crédit n'est pas distribué équitablement car, comme dit l'adage, on ne prête qu'aux riches. Bitcoin est une monnaie apolitique en mesure de contrebalancer ces effets pervers, cette vision presque totalitaire. Il faut instaurer un équilibre entre des monnaies à logique collectiviste, comme l'euro, et des monnaies plutôt individualistes comme le bitcoin, et offrir le choix. Il faut du pluralisme !

L’un des faits marquants de 2021 dans le domaine crypto est l’adoption du bitcoin par Le Salvador. D’autres pays vont-ils suivre ? Peut-on parler d’un nouvel instrument géopolitique susceptible de changer la donne pour certaines nations (cf. pays émergents) soumises au dollar ?

Pierre Noizat : D'autres pays sont effectivement susceptibles de suivre l'exemple du Salvador, qui a été le premier État à choisir le bitcoin comme deuxième monnaie à côté du dollar. Au-delà de cela, je vois des applications concrètes très faciles à mettre en œuvre. Je pense notamment à l'aide au développement. Pour la France, cela représente environ 4 milliards d'euros par an. Cet argent transite dans les circuits bancaires des pays concernés qui sont malheureusement souvent corrompus.

Une fois que tout le monde a fini de se servir, il ne reste plus grand-chose pour les populations. Avec le bitcoin et la technologie de micropaiements Lightning Network, on peut envoyer potentiellement de petites sommes directement à chaque habitant d'un pays possédant un smartphone au lieu d'envoyer 4 milliards aux oligarques qui les dirigent. Ce serait évidemment beaucoup plus efficace et une avancée très bénéfique pour contourner des circuits bancaires corrompus.

Quelles sont les opportunités professionnelles autour des cryptos et de bitcoin ? Quels conseils donnez-vous aux jeunes attirés par ce secteur ?

Pierre Noizat : Toutes les formations sont bonnes si les personnes sont motivées par le secteur. Le plus important, c'est de commencer par expérimenter l'usage. Comme dans d'autres domaines de la Tech, notamment l'Intelligence artificielle, nous avons besoin de personnes qui aiment les mathématiques et l’informatique, qui savent coder. Les développeurs talentueux et motivés sont une denrée rare.

Pour revenir en France, comment interprétez-vous le silence des candidats à l’élection présidentielle autour des cryptos et ses enjeux ?

Pierre Noizat : Les candidats actuels préfèrent sans doute ne pas contrarier leurs banquiers respectifs qui financent leurs campagnes. La prise en compte des cryptomonnaies par les politiques va finir par arriver, c'est une question de temps. Aux États-Unis, certains élus ont pris fait et cause pour le bitcoin. Cela va s'amplifier avec la génération des digital native qui sera aux commandes dans dix ou vingt ans. Pour eux, ce sera une évidence. Il faut progressivement lever les obstacles sur la fiscalité et la comptabilité autour des cryptomonnaies mais aussi faire évoluer le discours ambiant. Cela se fait petit à petit et je suis très confiant car, chaque année, nous progressons. Ce n'est qu'une question de temps avant que le droit n'évolue dans ce sens.


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