Le gaz des torches gaspillé est-il la solution pour créer des cryptomonnaies ? © pichitstocker, Adobe Stock
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Pour créer des bitcoins, faut-il brûler du gaz naturel ?

ActualitéClassé sous :gaz naturel , Cryptomonnaies , consommation d'énergie

[EN VIDÉO] Le bitcoin, comment ça marche ?  Le Groupe SII et l'École des technologies numériques avancées (ETNA) ont élaboré une émission diffusée sur Internet nommée Blockchain Révolution. Elle explique en détail le phénomène de la blockchain et du bitcoin, cette monnaie cryptographique qui fait beaucoup parler d’elle. Voici, en exclusivité pour Futura, un épisode complet consacré aux aspects pratiques du bitcoin. 

Créer des cryptomonnaies nécessite des quantités abyssales d'énergie électrique, synonyme de désastre écologique pour certains. Les marchands de cryptomonnaies vont devoir s'acheter une bonne conduite et se soucier désormais de leur empreinte carbone. Voici qu'une solution alternative pour limiter l'impact environnemental pourrait être une partie de la solution : le gaz brûlé, également appelé le « torchage ». 

L'envolée récente du cours du bitcoin a mis sur le devant de la scène la question de l'impact environnemental de la cryptomonnaie et des quantités massives d'énergie nécessaires à sa création. Aux États-Unis, des entrepreneurs pensent avoir trouvé une alternative en utilisant le gaz naturel brûlé. « Je pense que le marché est énorme », s'enthousiasme Sergii Gerasymovych, à la tête de EZ Blockchain qui fait tourner six centres de données fonctionnant grâce à cette source d'énergie dans l'Utah et au Nouveau-Mexique, ainsi qu'au Canada. De nombreuses entreprises comme celle de M. Gerasymovych installent des conteneurs dans tout le pays. À l'intérieur, de grandes installations informatiques sont alimentées par du gaz naturel qui brûle d'ordinaire à l'air libre.

Le bitcoin repose sur des blocs de transactions codées et authentifiées s'ajoutant les uns aux autres. Ces blocs sont produits par des ordinateurs puissants qui doivent résoudre des équations dont la complexité augmente à mesure que la valeur de la monnaie augmente, rend ainsi plus compliquée sa production. Or, que ce soit pour la production de bitcoins ou pour les transactions, les échanges se font via les « mineurs », des entreprises ou des particuliers, eux-mêmes rémunérés en cryptomonnaie et donc encouragés à produire quand sa valeur augmente, ce qui nécessite d'énormes consommations d'énergie. Les entreprises impliquées dans le minage à renfort de gaz naturel brûlé estiment que le fait de placer leurs installations informatiques près de cette source d'énergie représente pour eux un atout de taille, tant pour l'environnement qu'en matière financière.

Aux États-Unis, des centres de données pour la création de bitcoins fonctionnent grâce au gaz naturel brûlé pour limiter l'impact environnemental de la cryptomonnaie. © Handout / Matt Lohstroh / AFP

Des cryptomonnaies très gourmandes en énergie

L'intérêt pour le minage du bitcoin est allé grandissant à mesure que sa valeur, comme celle d'autres cryptomonnaies telles que l'ethereum, a bondi ces derniers mois. La plus célèbre des devises virtuelles évolue actuellement autour de 50.000 dollars par bitcoin après avoir récemment franchi des niveaux historiques supérieurs à 60.000 dollars.

Mais des voix s'élèvent de plus en plus contre l'utilisation massive d'énergie liée au processus de minage, qui pourrait remettre en cause les objectifs climatiques de nombreux États, notamment la Chine. L'indice de consommation d'électricité du Cambridge bitcoin (CBECI) estime actuellement la consommation d'énergie du bitcoin sur une base annualisée à son plus haut historique, à 149 TWh (terawatt-heure), un peu moins que la consommation totale d'électricité d'un pays comme l'Égypte.

Cette statistique a fait réagir le très influent patron de Tesla Elon Musk mercredi, qui a pointé du doigt l'utilisation en Chine du charbon et annoncé qu'il n'autorisait plus le paiement de ses véhicules électriques en bitcoins, comme Tesla s'y était pourtant engagé fin mars. L'avantage du gaz naturel dans cette course folle à l'énergie pour miner du bitcoin réside dans le fait que cette matière première est, quoi qu'il arrive, brûlée si les producteurs d'énergie ne parviennent pas à le traiter, ce qui, en raison des prix actuellement bas et des difficultés pour construire des oléoducs, est souvent le cas.

Le gaz brûlé pour éviter le gaspillage

Bien qu'il soit de toute façon gaspillé quand il n'est pas utilisé, l'impact du gaz naturel brûlé sur l'environnement n'est pas pour autant neutre. La technique du torchage (brûlage) fait disparaître une grande partie des gaz à effet de serre présente dans le gaz naturel. Mais l'Agence internationale de l'énergie (AIEA) affirme que les 150 milliards de mètres cubes de gaz naturel brûlé dans le monde en 2019 ont libéré autant de dioxyde de carbone que l'Italie sur la même année.

Le torchage « permet de créer la valeur économique, mais pas de modifier en profondeur le profil des émissions d'énergie », décrypte Tony Scott, responsable de l'analyse pour la société BTU Analytics, qui surveille le secteur pétrolier et gazier. Pas de quoi pour autant décourager les acteurs du secteur. Les exploitants « ne gagnent rien avec leur gaz naturel. Nous leur proposons de les en débarrasser, tout en leur donnant un petit quelque chose », se défend Matt Lohstroh, cofondateur de la société texane Giga Energy Solutions, présente sur ce marché.

L'opération est gagnante-gagnante : alors que le CBECI estime que le coût moyen mondial de l'électricité pour miner du bitcoin est de 5 cents le kilowatt par heure, M. Lohstroh affirme que le gaz naturel peut faire baisser ce niveau à moins de 2 cents. Le prix de l'énergie est un aspect essentiel du minage de bitcoin, les mineurs recherchant en permanence le moyen le moins coûteux d'opérer pour maximiser leurs gains.

Pour en savoir plus

Environnement : le bitcoin consomme-t-il beaucoup d'énergie ?

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews, publié le 20 mars 2021

Les pourfendeurs du bitcoin dénoncent un « désastre écologique » car le minage des cryptomonnaies nécessite d'énormes ressources en électricité. Quelle est donc l'empreinte carbone des monnaies virtuelles ? Selon une étude du Cambridge Centre for Alternative Finance, celle du bitcoin, par exemple, se situe bien loin devant certaines nouvelles technologies. À peine démocratisées, certaines cryptomonnaies envisagent de se tourner vers d'autres modes de fonctionnement basés sur les énergies renouvelables afin d'amoindrir leur impact sur l'environnement...

Le bitcoin, qui a vu son prix décuplé en un an, est régulièrement critiqué pour ses besoins massifs en électricité. Une démocratisation des cryptomonnaies rimerait-elle forcément avec désastre écologique, comme l'affirment les plus virulents détracteurs de ce secteur?

Quelle est la consommation énergétique nécessaire aux cryptomonnaies ?

L'indice de consommation d'électricité du Cambridge bitcoin (CBECI) estime que la consommation annuelle du bitcoin pourrait atteindre 128 TWh (terawatt-heure), soit 0,6 % de la production électrique mondiale, ou un peu plus que la consommation de la Norvège. Des chiffres « impressionnants par rapport à des pays de taille moyenne ou à d'autres nouvelles technologies comme les véhicules électriques (80 TWh en 2019), mais plus modérés par rapport à d'autres technologies, comme l'air conditionné et les ventilateurs qui consommation 2.000 TWh par an », relève George Kamiya, analyste à l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

D'après lui, Google a ainsi consommé 12,2 TWh en 2019 et l'ensemble des centres de données dans le monde, à l'exception de ceux qui minent du bitcoin, consomme environ 200 TWh. L'économiste Alex de Vries, qui a mis en place l'un des premiers indices sur le sujet en 2016, est encore plus pessimiste : il estime que la hausse récente des cours du bitcoin, son utilisation en électricité va dépasser celle de tous les autres centres de données.

 Un centre de données géant dédié au bitcoin majoritairement alimenté par les énergies fossiles. © Lars Hagberg, AFP

Comprendre pourquoi le bitcoin est si énergivore

Si des centres de données géants sont dédiés au bitcoin à travers le monde, c'est parce qu'ils convoitent une juteuse récompense. Le code du bitcoin prévoit que les personnes qui participent au réseau, rédigé « mineurs », prouvent par ailleurs leur travail en résolvant des complexes équations, qui n'ont pas de rapport direct avec les transactions. En échange, ils reçoivent automatiquement une récompense en bitcoin toutes les dix minutes.

C'est un des principes fondateurs de la star des cryptomonnaies, créé en 2008, par un ou des anonymes qui voulaient une monnaie numérique décentralisée : le proof of work (ou « preuve de travail » en français) qui vise à garantir la sécurité du réseau. « Même si de nouvelles machines utilisent moins d'électricité, vous allez en utiliser encore plus [pour recevoir une partie plus importante des bitcoins versés aux mineurs] », estime Michel Rauchs, qui a participé à la création du CBECI. Et avec un prix du bitcoin à plus de 55.000 dollars, les mineurs tournent à plein régime.

Quel est le coût environnemental du bitcoin ?

Les défenseurs du bitcoin affirment avec le développement des énergies renouvelables, plus rapide pour les centrales électriques que dans d'autres secteurs, le bitcoin a un effet modéré sur l'environnement. Mais les chercheurs de l'université du Nouveau-Mexique estimaient en 2019, avant le décollage récent des prix, que chaque dollar de valeur créée par le bitcoin générait 49 cents de dégâts pour la santé et l'environnement aux États-Unis.

En outre, les pourfendeurs des cryptomonnaies soulignent pour leur part la concentration géographique forte dans certaines régions du monde, comme l'Iran : dans un pays frappé par des sanctions internationales qui l'empêchent d'exporter son pétrole et où le coût de l'électricité a fondu, les mineurs se sont multipliés, la cryptomonnaie permettant d'échapper à l'œil de Washington.

Le coût environnemental des cryptomonnaies. © Sergey Nivens, Adobe Stock

« L'Iran représente entre 5 et 10 % du minage de bitcoin », estime Michel Rauchs. La très grande majorité de l'activité se situe en Chine. Selon lui, une partie de l'année, les mineurs chinois profitent de la forte production d'électricité hydraulique dans le Sud du pays. Mais, à la saison sèche, ils migrent dans le Nord, où l'électricité est produite par le charbon particulièrement polluant, le lignite. « L'empreinte carbone du bitcoin change complètement d'un mois à l'autre », conclut-il.

Un univers virtuel qui peine déjà à se réformer 

« La question est de savoir qu'il serait les effets positifs, une fois le coût pris en compte, du bitcoin pour la société », commente Benjamin Jones, qui a participé à l'étude de l'université du Nouveau Mexique. Avec la démocratisation du bitcoin, les critiques se sont fait virulentes. La deuxième cryptomonnaie, l'Ethereum, envisage de passer du « proof of work » à un système moins énergivore, qui devrait permettre d'éviter d'utiliser une partie des processeurs.

Mais, difficile de voir le bitcoin adopter un tel changement, qui risquerait de rendre le réseau moins décentralisé et sécurisé. « La "preuve de travail" est tellement ancrée dans les valeurs et la culture du bitcoin, que ce serait presque sacrilège », souligne M. Rauchs, qui rappelle que, malgré de nombreuses tentatives, aucune réforme majeure de la cryptomonnaie n'a été adoptée par la communauté.

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