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Les peintures rupestres : l'art des chasseurs collecteurs

Dossier - L'art rupestre de l'ancien Pérou
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Le Pérou est un pays riche en art rupestre. Il comprend plus de 1.000 sites contenant des peintures ou gravures de l'époque précolombienne. L'analyse de l'évolution stylistique de ces dernières permet de reconnaître différentes traditions, correspondant à des pratiques socioculturelles variées.

  
DossiersL'art rupestre de l'ancien Pérou
 

L'art rupestre peint couvre un important laps de temps, les plus anciennes manifestations datant probablement de l'Holocène moyen et les plus récentes de l'époque coloniale. Il est toutefois possible de déterminer l'existence de différentes traditions présentant des aires de répartition, des chronologies et des styles singuliers.

Le Chandelier de Paracas (en espagnol : el Candelabro de Paracas) est un géoglyphe gravé à flanc de désert sur la péninsule de Paracas, au Pérou. © Alex Zanuccoli, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.0

La plus ancienne tradition actuellement répertoriée, attribuée à l'Holocène moyen (5000-2500 avant notre ère), est présente uniquement dans les départements les plus méridionaux du pays (Arequipa, Tacna, Cusco, Puno). Elle est caractérisée par la représentation de scènes de chasse aux camélidés, généralement peintes en rouge (plus rarement en blanc) à l'intérieur ou sur le porche d'abris et de grottes peu profondes.

Carte de distribution des différentes traditions de peintures rupestres et principaux sites. © DR

Peintures rupestres d'animaux : vigognes et guanacos

Les animaux figurés correspondent majoritairement à des vigognes et guanacos sauvages, de petites dimensions, entourés de silhouettes humaines vues de profil tenant à la main des instruments de chasse (arcs ou sagaies).

Les animaux sont fréquemment représentés en position de mobilité, mais aussi parfois blessés ou morts. Les têtes des figures anthropomorphes sont singulières et semblent souvent pourvues d'un bec ou d'un museau, interprétés par certains auteurs comme la représentation d'un masque. La majorité des gisements de cette tradition sont situés à haute altitude supérieure à 3.500 mètres au-dessus de la mer (s. n. m.).

Figure 2 : scène de chasse, Toquepala (dép. d'Arequipa). © P. Rojas Ponce, reproduction et utilisation interdites

Site de Toquepala

Le gisement le plus représentatif de ce style est le site de Toquepala, dans le département de Tacna (fig. 2), où les scènes les plus anciennes sont peintes de couleur rouge foncé. D'autres figures, peintes en rouge clair, blanc, noir et vert foncé, ont été postérieurement rajoutées. La fouille des sols de la grotte et de l'abri proche a permis la découverte d'un important outillage lithique, de plaquettes en pierre portant des figures de camélidés et des signes, ainsi que de restes de coquillages d'origine marine. Plusieurs datations radiocarbones ont été obtenues. Bien que souvent citées en référence, les plus anciennes (VIIIe millénaire av. n. e.) proviennent des niveaux inférieurs quasiment stériles, et il semble peu probable qu'elles datent l'exécution des peintures. Un ensemble de trois datations plus récentes (Ve et IVe millénaires av. n. e.), provenant des principaux niveaux d'occupation, semblent plus probablement associées à leur réalisation.

La remarquable ressemblance des scènes peintes à Toquepala avec les manifestations rupestres découvertes sur le site de río de las Pinturas, en Patagonie, fondée tant sur l'organisation scénique que sur le style des figures, indique probablement l'existence de contacts et des relations culturelles entre les différents secteurs de l'aire sud andine à cette époque.

Figure 3 : troupeau de camélidés, Macusani (dép. de Puno). © R. Hostnig, reproduction et utilisation interdites

Des manifestations rupestres comparables ont été découvertes dans d'autres régions de l'extrême sud péruvien. À Macusani (dép. de Puno) (fig. 3), où il existe près d'une centaine d'abris rocheux contenant plusieurs milliers de peintures de styles et d'époques différentes, les figures les plus anciennes sont peintes en rouge ou plus rarement en blanc. Elles représentent également majoritairement des scènes de chasse, dans lesquelles sont fréquemment figurés des filets ou des enclos permettant de retenir le gibier (camélidés ou cervidés). Les camélidés sauvages sont dessinés dans un style moins naturaliste et plus rigide que celui de Toquepala et fréquemment regroupés en troupeau.

Il existe également des scènes de conflits armés, probablement plus récentes. Un troisième ensemble, présent dans les régions de Sumbay et Huancas (dép. d'Arequipa), est caractérisé par un usage plus fréquent de la peinture blanche, une plus grande diversité de la représentation animale (nandous, pumas...) et la présence de raies ou de points à l'intérieur du corps des camélidés. Les références au thème de la chasse y sont beaucoup plus discrètes. Ces variations stylistiques peuvent témoigner de singularités locales, mais aussi très probablement d'évolutions chronologiques, encore difficiles à déterminer avec précision.