Un bison dessiné sur une paroi de la grotte de Niaux. © Claude Valette, Flickr
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Science décalée : les artistes préhistoriques étaient-ils shootés pour réaliser leurs peintures rupestres ?

ActualitéClassé sous :Archéologie , Homme du Paléolithique , art pariétal

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[EN VIDÉO] Les experts du passé : la grotte Margot et ses mystérieuses gravures  Les grottes sont restées durant de nombreuses générations les principales habitations des premiers Hommes. Dans la Mayenne, les archéologues de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) ont découvert dans une cavité de nombreuses gravures. Cet épisode des Experts du passé nous en dit plus sur les œuvres de la grotte Margot. 

Une étude avance une hypothèse osée pour expliquer les dessins parfois étranges des peintures pariétales enfouies au fond des grottes : les Hommes du Paléolithique les auraient dessinées dans un état second. Et cela, sans aucune substance hallucinogène ! Explications.

Il est de notoriété publique que de nombreux artistes ont réalisé leurs œuvres majeures sous l'emprise de la drogue. Van Gogh se saoulait à l'absinthe, Charles Baudelaire s'adonnait au haschisch et à l'opium tandis que Francis Picabia réalisa ses tableaux psychédéliques lors d'hallucinations dues aux opiacées. Sans compter le LSD qui faisait fureur dans les années 1950 dans le milieu artistique.

La pratique remonte pourtant à beaucoup plus loin. Et même aux Hommes préhistoriques si l'on en croit Yafit Kedar, chercheuse à l'université de Tel Aviv et auteure d'une étude publiée le 31 mars dans la revue Time and Mind : The Journal of Archaeology, Consciousness and Culture. Selon son hypothèse, les humains ayant peint les images dans les grottes au Paléolithique supérieur (entre 50.000 et 12.000 ans) n'étaient pas dans leur état normal lors de leur création en raison... du manque d'oxygène. Pour s'aventurer au plus profond des grottes, ils auraient dû s'éclairer avec des torches qui, en consumant l'oxygène, auraient induit un état d'hypoxie dans le cerveau. Or, l'hypoxie augmente la production de dopamine, ce qui aurait plongé les peintres rupestres « dans un état de conscience altérée, éprouvant de l'euphorie, des expériences hors du corps et peut-être même des hallucinations », écrit Yafit Kedar avec ses coauteurs. Ces expériences les auraient aidés à « exploiter des niveaux de créativité plus profonds » et à « entrer en relation avec le cosmos ».

Les dessins représentent souvent des motifs répétitifs, qui relèvent plus de l’art symbolique qu'ils ne sont représentatifs, comme ici à Lascaux. © Jim Forest, Flickr

Un accès à des « expériences spirituelles »

À la base de cette hypothèse pour le moins audacieuse se situe la question de la configuration de la grotte. Lors de visites dans des grottes européennes, Yafit Kedar a été frappée par des peintures dessinées dans des endroits quasi inaccessibles. « Pourquoi [ces hommes] sont-ils allés dans l'obscurité, dans un tel isolement, jusqu'à un kilomètre à l'intérieur ? Ces grottes sont effrayantes, avec des passages étroits », raconte-t-elle dans une interview au journal israélien Haaretz. Ils se seraient alors rendu compte que, dans ces endroits mal ventilés, ils ressentaient un état second qui produisait des hallucinations et les aidait à avoir accès à des « expériences spirituelles ». « Cela pourrait expliquer en partie la raison pour laquelle les Hommes préhistoriques peignaient des dessins là où personne ne peut les voir naturellement », poursuit Yafit Kedar.

Le tableau des chevaux, dans la grotte Chauvet, est une succession de 21 figures de chevaux, aurochs et rhinocéros. © Claude Valette, Flickr

Pour étayer son hypothèse, Kedar et ses collègues ont simulé par ordinateur l'effet des torches sur les concentrations d'oxygène dans des espaces clos tels que ceux des grottes du Paléolithique, et ont constaté que les niveaux d'oxygène dans les couloirs et passages étroits diminuaient rapidement à moins de 18 %, le seuil connu pour induire l'hypoxie chez l'Homme. Ceci pourrait expliquer certains dessins étranges, dont l'inspiration semble être plus symbolique que figurative. « On voit couramment des répétitions de motifs dans l’art rupestre, qui sont révélatrices d'une intention communicative plutôt que purement décorative », confirme dans le journal Haaretz David Whitley, un expert en ethnographie et en art rupestre, qui n'a pas participé à l'étude. Le panneau des chevaux, dans la grotte Chauvet en France, en est un bon exemple avec sa succession de 21 figures.

Communiquer avec « l’esprit de la grotte »

Bien entendu, les premiers humains n'avaient aucune idée de l'explication scientifique derrière tout cela. Plutôt que leur propre condition, ils auraient attribué leur état second à la nature de la grotte elle-même. « L'idée est qu'ils sont entrés [ndlr : dans les entrailles des grottes] parce qu'ils croyaient qu'il y avait quelque chose, comme des esprits dans les murs, avance Yafit Kedar. C'est pourquoi ils se sont aventurés aussi loin dans la grotte ».

L'article cite d'ailleurs d'autres exemples de civilisations qui attribuent aux grottes des pouvoirs magiques. Les Mésopotamiens pensaient ainsi que, lors de la mort, l'âme quitte le corps et descend vers un monde souterrain à travers les fissures du sol. Les Cherokees percevaient également les grottes et les crevasses comme des portails vers un autre monde, expliquent les auteurs dans Haaretz.

Cette hypothèse ne tient évidemment pas pour les grottes bien ventilées avec une large ouverture. On ne saurait aussi trop vous déconseiller de reproduire la grotte de Lascaux dans votre cave mal aérée. Vous risquez tout bonnement l'évanouissement plutôt que l'œuvre d'art.

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