Louise Arner Boyd, la femme qui a dompté l'Arctique. © Marin History Museum
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Chasseurs de Sciences : Louise Arner Boyd, la femme qui a dompté l'Arctique | Podcast

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Dans ce vingt-deuxième épisode de notre podcast Chasseurs de science, nous embarquons à la recherche du célèbre explorateur Roald Amundsen, disparu en Arctique. Pour nous guider, une aventurière hors du commun : Louise Arner Boyd, la femme qui a dompté l'Arctique.

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Dès ses plus jeunes années, il ne fait aucun doute que Louise Arner Boyd se destine à devenir une grande aventurière. Elle est la fille de parents fortunés, et vit une enfance heureuse qui l'amène à voyager régulièrement. Laissée orpheline à l'âge de 32 ans, après que ses frères puis ses parents sont morts, elle se lance corps et âme dans sa passion pour l'exploration. Cette femme élégante et cultivée est aussi une cosmopolite, et se découvre en 1924 une passion pour le tourisme en Arctique.

Mais en 1928, un concours de circonstances lance Louise sur les traces de Roald Amundsen - le grand explorateur norvégien disparu en avion lors d'une mission de sauvetage - et change sa vie à jamais. Après cet événement, Louise se donne une nouvelle mission : se faire la porte-parole des régions polaires, transmettre leur beauté au monde, et contribuer à la recherche scientifique afin de percer le mystère de ces contrées glacées.

Nous vous invitons à découvrir son incroyable périple dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science. Merci à Charlotte, de la chaîne Youtube Langues de Cha', qui prête sa voix à Louise Arner Boyd, et à Sébastien Carassou, de la chaîne Le Sense of Wonder, qui prête la sienne au Dr John Schilling.

À force de travail et d'application, Louise Arner Boyd a su commander le respect des hommes avec lesquels elle travaillait. © Domaine public

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Transcription du podcast

Juillet 1928. Arctique. Le Hobby navigue péniblement entre les plaques de glace qui constellent la surface des eaux teintées d'or. Il est 3 heures du matin et un groupe de marins jouent au bridge à la lumière du soleil qui se lève à nouveau après avoir frôlé l'horizon de ses rayons. À la proue du navire, une femme contemple le paysage qui s'étend devant elle. Elle songe. Ce qui devait s'annoncer comme un voyage de plaisance a pris une tournure bien différente de celle qu'elle espérait. Chaque nouveau jour qui passe sans résultat, son espoir et celui de l'équipage est un peu plus entamé par la dure réalité qu'elle refuse encore de contempler. Et pourtant, alors qu'elle regarde par-delà le bastingage, elle ne peut s'empêcher de ressentir un profond sentiment d'exaltation, une flamme féroce qui rugit en elle et l'appelle à l'aventure. Retrouvera-t-elle Roald Amundsen ? Elle l'ignore encore. Mais au loin, dans le scintillement du lever de soleil sur la glace, Louise Arner Boyd distingue les prémisses d'une nouvelle vie qui l'attend.
Louise Arner Boyd naît le 16 septembre 1887 dans la ville de San Rafael, en Californie. Elle est la fille de John Franklin Boyd et de Louise Cook Arner, et la petite-fille d'un chercheur d'or dont la fortune a assuré à la famille une place parmi l'élite de l'époque. En dépit de son rang social et contrairement à d'autres jeunes filles en son temps, Louise bénéficie d'une grande liberté durant ses jeunes années. Tous les étés, elle arpente les sentiers vallonnés entourant le ranch familial d'Oakland Hills. Avec ses frères Seth et John, elle part à l'exploration du mont Diablo, campe dans la nature, monte à cheval, pêche, chasse, laissant déjà deviner les contours de la grande aventurière qu'elle s'apprête à devenir.
Mais avant d'affronter les obstacles de la nature, une autre épreuve, plus difficile, attend Louise. Ses frères meurent à quelques mois d'écart d'une maladie cardiaque alors qu'il ne sont qu'adolescents. Dévastés, John Boyd et Louise Arner cherchent du réconfort auprès de leur fille. Ensemble, ils abandonnent une partie de la propriété à la mémoire des fils perdus, et entreprennent une série de voyage qui les mène régulièrement en Europe.
Au printemps 1919, âgée de 31 ans, Louise prend un train pour Buffalo où elle achète une voiture et s'engage en solo sur les routes de terre qui sillonnent les États-Unis. Durant son périple, elle explore sa passion pour l'écriture et la photographie en tenant un journal de bord détaillé. En octobre de la même année, sa mère s'éteint, suivie de son père quelques mois plus tard. Désormais orpheline, Louise ne conserve plus de sa famille que la fortune qui lui a été léguée : un presbytère à San Rafael et 3 millions de dollars dont elle compte bien faire bon usage.
Elle poursuit ses voyages avec toujours plus d'ardeur et en 1924, elle fait une rencontre qui bouleverse sa vie. À bord d'un navire en direction de Spitzberg, la plus grande île du Svalbard, elle traverse les étendues glacées de la mer de Norvège lorsque son regard perçoit au loin une vision de toute beauté. La banquise arctique se dresse, majestueuse au-dessus des eaux miroitantes du cercle polaire, aussi captivante à ses yeux que le chant des sirènes aux oreilles des marins. Le sort en est jeté ; à partir de cet instant, Louise n'a plus qu'un rêve : explorer les contrées encore méconnues qui se cachent derrière cet immense mur de glace. 
Elle rentre chez elle habitée par cette nouvelle obsession et, éternelle perfectionniste, commence à dresser la liste de tout ce dont elle aura besoin pour monter sa propre expédition. Grâce aux ressources que lui ont légué ses parents, elle fait l'achat d'un ensemble de caméras avec lesquelles elle espère capturer la beauté de la région, de matériel pour chasser l'ours polaire et apprête un navire de ravitaillement, le Hobby, qui a transporté le célèbre explorateur Roald Amundsen l'année précédente.
C'est à bord de celui-ci que Louise et ses amis le comte et la comtesse de Ribadavia quittent Tromsø en juillet 1926. Plusieurs semaines plus tard, ils atteignent enfin l'archipel François-Joseph, une terre isolée décrite pour la première fois seulement quelques décennies plus tôt. Louise exulte, elle est possiblement la première femme à fouler ce sol. Elle capture le paysage sous tous ses angles, immortalise la faune locale et collecte des plantes pour Alice Eastwood, l'une des plus grandes botanistes au monde.
Dès son retour, encensée par les journaux qui la surnomment la Diane des régions polaires, ou la fille qui a dompté l'Arctique, elle planifie une nouvelle expédition toujours en direction de la Norvège, toujours à bord du Hobby qu'elle retrouvera une fois sur place. Tout semble se dérouler pour le mieux lorsqu'elle rejoint la Scandinavie en 1928 avec ses amis, mais à leur arrivée dans la ville d'Ålesund, ils sont accueillis par une mauvaise nouvelle. Le dirigeable transportant l'expédition de l'explorateur italien Umberto Nobile s'est écrasé quelque part en Arctique sans lancer de traces. Une mission de sauvetage a été initiée par le capitaine du Hobby avant l'arrivée de Louise, et Roald Amundsen lui-même s'est lancé à la recherche des survivants à bord de son biplan. Mais le Hobby revient bredouille, et Amundsen disparaît. À la réception de cette information, Louise n'hésite pas un seul instant et informe la presse que le nouvel objectif de son expédition sera de retrouver les membres disparus, aux côtés de 15 autres navires européens mis à disposition par leurs pays respectifs pour l'occasion. Elle déclarera plus tard :
« Comment aurais-je pu embarquer pour un voyage de plaisance alors que 22 vies étaient en jeu ? »
Malgré son attitude héroïque, le début du voyage n'est pas de tout repos. Louise compte bien montrer qu'elle et son amie Julia Colhoun méritent leur place à bord du Hobby, mais le reste de l'équipage, entièrement masculin, ne l'entend pas unanimement de cette oreille. Ils ne parviennent pas à concilier la grande élégance de cette femme énergique avec son ardeur à la tâche lorsqu'elle déplace de lourdes caisses, qu'elle emploie un marteau ou un tournevis.
« Que je fusse un objet de curiosité pour eux, ils ne s'en cachèrent point. S'attendaient-ils à ce que j'ai l'air différente des autres femmes ? Aurais-je dû avoir les nageoires d'un phoque, les défenses d'un morse ou les cornes d'un bœuf musqué ? Ou aurais-je peut-être dû me démarquer comme une vieille excentrique au regard sévère, dépenaillée et sale ? »
À force d'implication et d'enthousiasme cependant, Louise finit par gagner le respect de l'équipage. L'expédition Boyd dure 10 semaines, rythmées par les journées interminables et les nuits quasi inexistantes de l'été arctique. Un incendie oblige finalement le Hobby a rentrer au port en piteux état. En dépit des efforts déployés, seuls quelques membres de l'expédition de Nobile parviennent à être sauvés par un navire russe. Amundsen lui, est perdu à jamais.
À son retour, Louise se voit attribuer l'ordre de Saint Olaf, première classe, par le roi Haakon VII pour ses efforts de sauvetage. Elle est la première femme non norvégienne à recevoir cet honneur, et ce dernier couronne une transformation profonde qui s'est jouée en elle durant le voyage. Après ces deux mois et demi de recherche et de travail intense, elle ne veut plus être une touriste en Arctique. Son souhait désormais est d'étudier les contrées glacées, de capturer leur beauté et leur complexité pour les rendre plus accessibles au monde, et de contribuer à la recherche scientifique en devenant une exploratrice digne de ce nom. Elle continuera de s'acquitter des obligations sociales dues à son rang mais elle mènera désormais une double vie de grande dame et d'aventurière.
Elle organise une nouvelle expédition, la première d'une série de voyages scientifiques à la découverte de terres inexplorées sur la côte et au large du Groenland. Elle recrute une équipe de chercheurs qui seront en charge d'étudier la géographie, la topologie, la glace ou encore la biodiversité de la région. Pour sa part, elle s'occupera de capturer des milliers de photographies en appui à chacun de ces domaines. Son expédition de 1931 est un tel succès que la société américaine de géographie décide de financer la suivante, en 1933. Une fois encore, Louise se heurte aux quolibets de certains membres masculins de son équipe. Le Dr John Schilling, manifestement frustré par le peu de temps qui a été alloué à ses travaux au cours d'une mission, déclare avec venin :
« Elle est passée à côté de tout ce qui valait le coup. Je pense que cela a été le cas pour beaucoup de choses dans sa vie, notamment pour ce qui est de trouver un mari. »
Bien que touchée par ces remarques, Louise ne les a jamais laissé entamer son sens de l'entreprise et de l'aventure :
« Mon plus grand handicap est d'être une femme, ce qui amène beaucoup de gens à considérer que je ne suis pas digne d'être incluse dans le monde scientifique. Dans de nombreux cas, j'ai prouvé avoir bien plus d'expérience de terrain que ces prétendus scientifiques. »
Cette exploratrice à nulle autre pareille connaîtra encore bien des aventures et mènera bien des expéditions de part le monde. En 1938, elle recevra la médaille de la société de géographie américaine, la plaçant au panthéon de héros comme l'aviatrice Amelia Earhart et le défunt Amundsen. Elle apportera son expertise à l'armée américaine en 1941, et deviendra la première femme à survoler le Pôle nord en 1955. Mais sa plus grande contribution reviendra au monde de la science. Des dizaines de milliers de photos, relevés et analyses constituent le cœur de son héritage et sont encore aujourd'hui une ressource précieuse pour les scientifiques qui étudient les régions polaires et espèrent les préserver contre le réchauffement climatique.
Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Charlotte, de la chaîne Youtube Langues de Cha', qui prête sa voix à Louise Arner Boyd, et à Sébastien Carassou, de la chaîne Le Sense of Wonder, qui prête la sienne au Dr John Schilling. Si vous appréciez notre travail, n'hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Suggérez-nous de nouveaux sujets d'épisodes en tweetant avec le hasthag #FuturaPod, ou en laissant un commentaire sur Apple Podcast. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer, Castbox, Podchaser et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !

Musique :

Patricia Chaylade

Progressive Progress, A Mutual Dream et Mysterious Forest, par Howard Harper-Barnes

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