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Ig Nobel 2006 : des prix Nobel qui sentent le fromage

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Pourquoi les pics n'ont-ils pas mal à la tête ? Pourquoi les spaghettis cassent-ils en plus de deux morceaux ? Comment soigner le hoquet par un massage rectal ? A quelle vitesse les ultrasons parcourent-ils le fromage ? Pour avoir répondu à ces questions, des - vrais - scientifiques ont chacun reçu le désormais prestigieux prix Ig Nobel. Une récompense plus sérieuse qu'il n'y paraît.

Affublé d'un bec d'oiseau et coiffé de plumes rouges, le professeur Ivan Schwab, de l'Université de Californie (campus de Davis) vient recevoir son prix Ig Nobel d'ornithologie, qu'il partage avec son défunt collègue Phillip May (UCLA, Université de Californie, campus de Los Angeles). Ces deux scientifiques ont résolu un mystère : comment un pic peut-il résister au nombre et à la force des coups qu'il porte à longueur de journée sur les arbres, pour déloger les insectes, faire la cour à une lointaine femelle ou creuser son nid dans un tronc ? Durant une journée ordinaire, le pic noir, par exemple, aura donné entre 8.000 et 12.000 coups de becs (La Hulotte, n° 82), largement de quoi abîmer le cerveau et décoller la rétine. Ophtalmologiste et spécialiste des oiseaux, Ivan Schwab a compris que l'animal résiste à ce traitement grâce à un cerveau petit et des yeux bien enfoncés dans un crâne épais et à structure spongieuse.

Le lauréat suivant, récompensé par l'Ig Nobel de médecine, ne s'est livré à aucune démonstration mais personne ne lui en a voulu. Francis Fesmire, un médecin urgentiste de l'université du Tennessee, a mis au point une technique de guérison du hoquet basé sur un massage rectal.

Consolation nationale après la remise des prix Nobel, trustés par les Américains, deux Français se sont vus remettre l'Ig Nobel de physique. Basile Audoly et Sebastien Neukirch (Laboratoire de modélisation en mécanique, université Pierre et Marie Curie, Paris) ont expliqué très savamment, en 2005, que si les spaghettis se coupaient toujours en plusieurs morceaux quand on les courbe trop, c'est qu'une onde élastique parcourt la tige, amplifiant localement la courbure.

Pourquoi le bruit d'une craie crissant sur le tableau noir nous est-il insupportable ? Le jury Ig Nobel a semblé convaincu par l'explication fournie par D. Lynn Halpern, Randolph Blake et James Hillenbrand (Northwestern University, Evanston, Illinois) : ce son réveillerait en nous le souvenir ancestral des cris qu'émettaient les primates non humains...

L'Ig Nobel de la Paix est très logiquement revenu à Howard Stapleton pour son appareil baptisé Le Moustique, censément capable de repousser les adolescents grâce à l'émission de sons désagréables sur des fréquences aiguës que les plus âgés n'entendent plus.

Il tape parfois à plus de dix coups par seconde sur le tronc et il n'a apparemment pas mal au crâne. Le sujet est plaisant mais la question est sérieuse… Crédit : Jacques Nicolin / http://album.oiseau-libre.net

Fromage, moustiques et ultrasons

Au total, dix prix ont été remis pour des recherches étranges, amusantes, voire loufoques au premier abord. On apprend ainsi que l'anophèle (le moustique transmettant la malaria) est autant attiré par le fromage belge Limburger que par l'odeur des pieds humains, que Daniel Oppenheimer (université de Princeton) a étudié la question du recours abusif aux mots longs dans la langue vernaculaire et que les préférences gustatives du scarabée bousier ont passionné Wasmia Al-Houty de l'université du Koweit et son compatriote Faten Al-Mussalam, membre de l'autorité publique pour l'environnement.

Plus près de nos préoccupations quotidiennes, Nic Svenson et Piers Barnes ont déterminé combien il faut prendre de photos d'un groupe de personnes pour être sûr d'obtenir un cliché sur lequel aucune n'a les yeux fermés. Enfin, signalons le travail original de quatre chercheurs espagnols, de l'université de Valence et de celle des îles Baléares, qui ont mesuré l'influence de la température sur la vitesse des ultrasons dans le fromage Cheddar.

De l'ombre aux vrais Nobel ?

La seizième cérémonie de remise des prix Ig Nobels n'a pas failli à sa réputation de drôlerie, avec un impeccable show à l'américaine. Organisée depuis 1991 à l'université Harvard, cette remise de prix est patronnée par une revue scientifique et humoristique, Annals of Improbable Research, qui a pour thème « Les recherches qui font d'abord rire puis réfléchir ». L'expression Ig Nobel , en anglais, se prononce comme ignoble, qui a le même sens qu'en français. Pourtant, on ne trouve rien d'ignoble dans ces travaux, juste une belle dose d'irrévérence et d'autodérision...

Le succès de cette gentille mascarade ne se dément pas, au contraire. Il semble qu'il augmente d'année en année. Alors que les prix ont longtemps été remis, le plus souvent, en l'absence des intéressés, les lauréats 2006 n'ont pas hésité à faire le voyage à Harvard pour se prêter au jeu, et dans le monde entier, on se fait l'écho de cette cérémonie pour rire. Selon l'agence canadienne Science Presse, les journaux ont mieux couvert les Ig Nobel que les vrais Prix Nobel...

Pour aller plus loin et lire le livre :

"IgNobels, la science qui fait rire... et réfléchir", par Marc Abrahams (l'organisateur des prix), aux éditions Danger Public (350 pages, 14,50 euros)

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