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Sur Tchouri, Philae ne donne plus de nouvelles mais fonctionnerait bien

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Voilà maintenant plus de 12 jours que les techniciens n'ont plus de nouvelles de l'atterrisseur Philae mais il est peut-être encore trop tôt pour s'inquiéter. Après des mois d'attente, les équipes en charge du robot reçurent enfin une transmission le 13 juin. Depuis, sept autres prises de contact ont pu être réalisées. La dernière, d'une durée de 20 mn, fut la meilleure. Comme l'indique Philipe Gaudon, chef de projet de la mission au Cnes, il existe plusieurs signes positifs dans les données transmises le 9 juillet.

Le robot Philae est resté muet depuis la dernière transmission du 9 juillet. Il est ici illustré en activité sur le noyau de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. © Esa, ATG medialab

Après un atterrissage historique et pour le moins rocambolesque sur le noyau de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, le 12 novembre 2014, Philae avait réussi à transmettre de précieux paquets de données scientifiques sur la nature de la surface où il s'est posé. Puis l'atterrisseur a sombré dans un profond sommeil faute d'un ensoleillement suffisant pour pouvoir recharger sa seconde batterie. En effet, le site où il a trouvé refuge (malgré lui, suite à d'épiques rebondissements) pâtissait alors d'une faible exposition au Soleil. Mais l'équipe de l'atterrisseur avait bon espoir que le rapprochement progressif de Tchouri du Soleil permette aux panneaux solaires de recueillir assez d'énergie pour réveiller le robot avant le périhélie de la comète, le 13 août 2015.

Des semaines et des mois s'écoulèrent sans que Rosetta ne reçoive un quelconque signal. Où se cache Philae ? Dans quel état est-il ? Parviendra-t-il à se réveiller et à reprendre les investigations ? Autant de questions que se posaient l'équipe jusqu'au le 13 juin, date à laquelle une bonne surprise attendait, enfin, les chercheurs : Philae « called home » (appela la maison) ; une première tentative de contact fut ainsi établie.

Un très bon huitième contact avec Philae

Entre le 13 et le 24 juin, il y eut ensuite sept brèves reprises de contact avec Philae, puis plus rien jusqu'au 9 juillet. L'inquiétude était revenue au sein de l'équipe mais ce jour-là, entre 19 h 45 et 20 h 5 (heure de Paris), Rosetta relaya aux opérateurs une vingtaine de minutes de transmissions de très bonne qualité, comme le raconte dans un entretien (à lire ici), Philippe Gaudon, chef de projet de la mission au Cnes : « Concrètement, sur les 20 minutes, il y en a 12 d'utiles durant lesquelles nous avons reçu des données. Il s'agit essentiellement de données relatives à la plateforme de Philae, mais il y a également des données provenant de l'instrument Consert. »

 « La distance de l'orbiteur [Rosetta, NDLR] a changé, il s'est rapproché d'une vingtaine de kilomètres et circule à présent à près de 155 km. Est-ce que c'est suffisant pour expliquer l'amélioration des conditions de réception du signal de Philae ? La question reste ouverte ! déclare le chercheur. L'autre possibilité serait effectivement de penser que nous nous sommes trompés sur la position de Philae sur le noyau. Pourtant, tout semble cohérent, notamment en ce qui concerne l'ensoleillement des panneaux solaires et les images de Civa qui nous indiquent une orientation de Philae telle que l'antenne pointe plutôt vers les moyennes latitudes. Pour parler franchement, nous analysons encore les données et, pour le moment, nous avons un peu de mal à expliquer pourquoi cette liaison à basse latitude a été aussi bonne. »

Depuis cette transmission du 9 juillet, plus rien à nouveau. Cela fait plus de douze jours maintenant que l'atterrisseur reste muet. Alors faut-il s'en inquiéter ?

Un dessin de Philae a été superposé à cette vue à 360° du site où il a trouvé refuge le 12 novembre, après son atterrissage plein de rebondissements sur le noyau de la comète Tchouri. L’image a été prise avec l’instrument Civa. © Esa, Rosetta, Philae, Civa

L'atterrisseur Philae a-t-il bougé ?

Pour tenter de mieux comprendre la situation et d'identifier d'éventuels problèmes ou anomalies, les techniciens écrèment les dernières données reçues. Celles-ci peuvent témoigner de l'état de ses fonctions vitales comme par exemple, le niveau d'ensoleillement de ses différents panneaux solaires.

« La force avec laquelle tombe le Soleil sur les panneaux a changé de juin à juillet, commente Stephan Ulamec qui dirige l'équipe de Philae au DLR (Deutsches zentrum für Luft und Raumfahrt), et cela ne peut pas être expliqué uniquement par le cours des saisons sur la comète. »

Parmi les explications retenues par le Centre de contrôle du DLR, le robot pourrait s'être légèrement déplacé par rapport au sol, que l'on imagine très irrégulier. Un petit décalage provoqué, peut-être, par le réveil de l'activité dans cette région (un dégazage...), et l'orientation de ses antennes serait modifiée. Dans ce cas, il faudrait revoir la position de Rosetta lors de ses prochaines moissons de données.

En outre, l'équipe s'interroge sur le bon fonctionnement de l'une de ses deux unités de transmission. Il faut aussi ajouter que l'une des deux unités de réception est endommagée. Les ingénieurs qui ont travaillé sur le double de Philae resté sur Terre ont toutefois trouvé une parade qui ne peut être opérationnelle qu'une fois les panneaux solaires alimentés.

Plusieurs signes positifs suggèrent que Philae fonctionne bien

Même si l'état général de l'atterrisseur est encore mal connu, les techniciens ont d'ores et déjà préparé et testé plusieurs commandes lorsqu'il reprendra les enquêtes de terrains, explique Emily Baldwin dans son billet pour le blog officiel de Rosetta« L'équipe veut essayer d'activer un bloc de commandes qui est toujours stocké dans l'ordinateur de Philae et qui a déjà été exécuté avec succès [...]. Ce bloc de sécurité (safe block) comprend un ensemble d'activité comme les mesures de températures par la sonde Mupus, des mesures avec Romap et Sesame, et des analyses par Ptolémée et Cosac en mode renifleur, ce qui n'implique aucun mécanisme de mouvements de l'atterrisseur. »

Plusieurs fois, les chercheurs ont tenté de rétablir le contact avec l'instrument Romap mais « aucun signal de confirmation n'a été renvoyé » pour l'instant. « Philae est évidemment toujours fonctionnel, souligne Stephan Ulamec, car il nous envoie des données, même si c'est à des intervalles irréguliers et à des moments surprenants. » Il est vrai que « plusieurs fois, nous avons eu peur qu'il reste éteint mais il nous a enseigné à plusieurs reprises qu'il en était autrement ».

Il est peut-être trop pour s'inquiéter de nouveau. « Ce que nous pouvons déjà dire de très positif dans l'analyse des données reçues depuis mi-juin, c'est que, au niveau de l'énergie, nous sommes vraiment très bien, déclare, enthousiaste, Philipe Gaudon. La température dans Philae est bonne, c'est-à-dire supérieure à 0 °C, nous estimons que la batterie est rechargée au moins à 75 %, et nous recevons au moins 30 W d'énergie sur les panneaux solaires. Tout cela permettrait de refaire de la science. Nous devons donc trouver le moyen de résoudre le problème de communication, le moyen d'établir une communication fiable et régulière. »

Le noyau de Tchouri, le 7 juillet, soit deux jours avant le dernier contact en date de Philae avec Rosetta. L’atterrisseur se cache dans un recoin du plus petit lobe, mal ensoleillé jusqu’à récemment. L'ensoleillement est cependant en train de changer avec le rapprochement de la comète du Soleil. © Esa, Rosetta, NavCam, CC by-sa igo 3.0

La sonde Rosetta n'approchera pas à moins de 150 km

Pour les prochains jours, il est prévu que Rosetta manœuvre autour de la comète pour tenter de rétablir le contact, parallèlement à ses investigations scientifiques prévues à trois semaines du périhélie de la comète. La sécurité de la sonde est une priorité, car celle-ci, à une distance plus courte du noyau, pourrait être affectée par des tempêtes de particules éjectées en cette période d'activité croissante. En outre, comme cela fut déjà le cas, les grains de poussière peuvent se confondre avec des étoiles et nuire gravement à la navigation. Ainsi, elle n'approchera pas à moins de 150 km de la comète.

« Je ne pense pas que l'on descende plus bas, tout du moins pas avant le périhélie, le passage au plus près du Soleil le 13 août prochain, indique le chercheur du Cnes. Ensuite, en septembre, en octobre et même en début novembre, les conditions d'ensoleillement de Philae devraient être encore favorables et nous espérons qu'il sera possible de diminuer la distance de l'orbiteur pour améliorer les contacts. »

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