Icône de la pop culture, le télescope spatial Hubble pourrait continuer de fonctionner bien plus longtemps que son successeur, le télescope James-Webb. En effet, la Nasa semble ne pas vouloir se résoudre à l’abandonner. Quelques jours avant Noël, elle a lancé un appel à idées auprès d’entreprises du secteur spatial afin de prolonger la durée de vie d’Hubble !

Lancé en avril 1990 par la navette DiscoveryDiscovery, le télescope spatial Hubble est toujours en activité et poursuit ses observations scientifiques. Mais, si ses instruments sont en bon état de fonctionnement, les servitudes du satellite, qui le maintiennent à flot en quelque sorte, sont en fin de vie. À cela s'ajoute que son orbiteorbite se dégrade chaque jour un peu plus et c'est un réel sujet d'inquiétude.

Aujourd'hui, si « Hubble se situe à environ 535 kilomètres d'altitude », déclarait Patrick Crouse, responsable du programme Hubble au Centre spatial Goddard de la NasaNasa en octobre 2022, au rythme actuel de la baisse de son orbite, il y a « une probabilité de 50 % que Hubble rentre dans l'atmosphère d'ici 2037 ».

C'est donc dans ce contexte d'incertitude sur le sort d'Hubble que la Nasa a publié quelques jours avant Noël un « Request For Information » auprès d'entreprises et industriels du secteur spatial afin de prolonger la duréedurée de vie d'Hubble en rehaussant son orbite à au moins 600 kilomètres d'altitude. L'agence spatiale américaine a déclaré qu'elle cherchait des « informations techniques sur la manière dont une entreprise réaliserait la mission, les risques encourus et les chances de succès ».

Le télescope spatial Hubble à bord de la navette Discovery lors de la première partie de la troisième mission de service (décembre 1999). © Nasa
Le télescope spatial Hubble à bord de la navette Discovery lors de la première partie de la troisième mission de service (décembre 1999). © Nasa

À l’ère du New Space, tout semble envisageable

L'idée de la Nasa n'est pas de financer une mission qui irait rehausser l'orbite d'Hubble mais d'utiliser les services commerciaux de maintenance de satellites d'entreprises privées qui s'en chargeraient. L'appel à idée précise que « le ou les partenaires devraient participer à cette mission et l'entreprendre sans échange de fonds, les entreprises étant responsables du coût de la mission ». Ce qu'il faut comprendre, c'est que la Nasa souhaite tirer parti des innovations d'une industrie spatiale commerciale qui développe et mûrit de nouvelles technologies et capacités dans la fourniture de services aux satellites en orbite. Mais si Hubble est principalement visé, la Nasa a en tête également d'autres satellites gouvernementaux vieillissants dont il y a un intérêt évident à prolonger la durée de vie.

Ce Request For Information (RFI) intervient près de trois mois après que la Nasa a annoncé un accord avec SpaceXSpaceX sur l'étude d'une mission Crew Dragon à destination d'Hubble afin de le rebooster et éventuellement d'effectuer l'entretien du télescope (lire notre article ci-dessous). À l'époque, les responsables de la Nasa avaient déclaré être ouverts à des accords similaires avec d'autres entreprises. C'est donc ce qui semble se dessiner. 

Le saviez-vous ?

Dès sa conception, le télescope a été pensé pour permettre aux astronautes de lui rendre de petites visites d'entretien comme cela a été le cas en 1993, 1997, fin 1999 et 2002. Ces missions ont été très utiles. Elles ont grandement contribué à la longévité de son activité opérationnelle par des interventions de maintenance, et de remplacement d'instruments et de panneaux solaires par exemple, mais surtout par la réparation de plusieurs éléments tombés en panne comme les gyroscopes. 

Cette demande d'informations-appel à idées a cela d'intéressant qu'elle pourrait fournir des renseignements sur les capacités commerciales existantes, ce qui devrait aider la Nasa dans ses choix et orientations futures au sujet de l'avenir immédiat de ses satellites situés sur des orbites très basses. La date limite des réponses a été fixée au 24 janvier. La Nasa n'a pas indiqué quand elle pourrait décider de soutenir un éventuel projet pour rehausser l'orbite d'Hubble mais, le temps presse. Bien que sa retombée dans l'atmosphèreatmosphère ne soit pas prévue avant le milieu de la décennie 2030, il faut savoir que l'orbite d'Hubble devrait diminuer jusqu'à une altitude de 500 kilomètres vers 2025. À cette altitude, le rendez-vous orbital sera très difficile à réaliser, tout comme la remontée.


SpaceX propose à la Nasa de prolonger la vie d’Hubble

Article de Rémy DecourtRémy Decourt publié le 03/10/2022

Lancé en avril 1990, Hubble fonctionne toujours. SpaceX a proposé à la Nasa d'envoyer un Crew Dragon pour rehausser l'orbite du télescope spatial, ce qui permettrait de prolonger sa durée de vie jusqu'à l'horizon 2050 ! Cette mission pourrait être réalisée dans le cadre du programme PolarisPolaris. Une idée qui plaît à la Nasa. Dans six mois, SpaceX remettra à la Nasa une étude de faisabilité qui décidera de financer ou pas d'une telle mission à destination d'Hubble.

La Nasa et SpaceX ont annoncé l'étude d'un concept de mission visant à envoyer un Crew Dragon pour rehausser l'orbite du télescope spatial Hubble, voire réaliser quelques tâches d'entretien qui restent à définir. Le but de cette mission est de prolonger la durée de vie de ce télescope qui a révolutionné l'astronomie moderne.

Cette étude prendra environ six mois, a déclaré Jessica Jensen, vice-présidente des opérations et de l'intégration des clients chez SpaceX. Une partie de l'étude « consistera à déterminer le coût, le calendrier et ce qu'il faudra faire pour que la mission soit réalisée en toute sécurité », a-t-elle dit. L'étude portera principalement sur les aspects techniques d'une mission de reboost ou de maintenance, a-t-elle précisé, « mais, tout est sur la table ». Y compris la « question de savoir si la mission nécessiterait des astronautes », conclut-elle.

Rehausser l'orbite du télescope spatial Hubble

L'idée serait d'envoyer un Crew Dragon s'amarrer à Hubble, vraisemblablement à l'aide du mécanisme de capture installé lors de la dernière mission d'entretien de la navette en 2009, et rehausser son orbite de plusieurs dizaines de kilomètres. Aujourd'hui, « Hubble se situe à environ 535 kilomètres d'altitude », a déclaré Patrick Crouse, responsable du programme Hubble au Centre spatial Goddard de la Nasa. Au rythme actuel de la baisse de l'orbite d'Hubble, il y a « une probabilité de 50 % que Hubble rentre dans l'atmosphère d'ici 2037 ».

Le télescope spatial Hubble. © Nasa
Le télescope spatial Hubble. © Nasa

Voir aussi

Avec Inspiration4, « Elon Musk montre qu’il est en avance sur tous les plans » analyse Didier Schmitt

Le but de la mission de SpaceX serait de ramener Hubble à quelque 600 kilomètres d'altitude, là où a débuté sa mission en avril 1990, il y a déjà plus de trente ans. Si c'est le cas, « cela ajouterait à Hubble 15, voire 20 ans de durée de vie » ! Cette mission « n'atteindra évidemment pas le niveau de complexité de certaines des missions d'entretien qui ont été réalisées dans le passé avec la navette », tient à préciser Patrick Crouse, toutefois très impatient « d'étudier les propositions faites par SpaceX ».

Si la Nasa et SpaceX décident d'une telle mission, elle pourrait faire partie du programme Polaris, une initiative de SpaceX et Jared Isaacman qui prévoit la réalisation de plusieurs vols habitésvols habités commerciaux à bord du Crew Dragon et du StarshipStarship lorsqu'il sera en activité. Jared Isaacman qui a dirigé la mission privée Inspiration4 il y a un an, commandera la première mission Polaris, Polaris Dawn, maintenant prévue pour le premier trimestre de 2023. Ce vol comprendra la première sortie dans l'espace depuis un vaisseau spatial Crew Dragon. Isaacman a suggéré que cette mission de reboost ou d'entretien de Hubble pourrait être la deuxième mission Polaris.

Cette initiative de SpaceX et de Jared Isaacman pourrait donner des idées à des entreprises qui développent et proposent des missions de service à destination de satellites. C'est notamment le cas du véhicule MEV de Northrop Grumman, dont deux exemplaires sont arrimés à des satellites de communication Intelsat en orbite géostationnaire afin de prolonger leur durée de vie.