La lune glacée de Saturne, nommée Encelade, est peut-être l'endroit du Système solaire le plus prometteur pour des découvertes relevant de l'exobiologie d'autant plus que, contrairement à Europe — autre lune glacée prometteuse mais autour de Jupiter —, elle n'est pas plongée dans un bain de radiations particulièrement dangereux pour une sonde. Le télescope James-Webb se penche déjà sur la composition d'un gigantesque panache qu'il a révélé, produit par les geysers d'Encelade, connectés à un océan global.


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    [EN VIDÉO] À la recherche de traces de vie sur Encelade Cette lune de Saturne abrite des océans souterrains permettant une possible forme de vie.

    On se souvient de l'annonce spectaculaire en décembre 2013 de l'observation par le télescopetélescope Hubble de deux panaches de vapeur d’eau de 200 kilomètres de hauteur s'élevant de l'hémisphère sudhémisphère sud d'Europe, la lunelune glacée de Jupiter possédant un océan global couvert d'une banquisebanquise. Comme Futura l'expliquait dans le précédent article ci-dessous, le télescope spatial James-Webbtélescope spatial James-Webb suit les traces de HubbleHubble en ce qui concerne l'exploration du Système solaireSystème solaire et il a permis aux planétologues de découvrir et de déterminer l'étendue d'un panache de vapeur d'eau s'élevant cette fois-ci d'Encelade, une autre lune glacée similaire à Europe mais en orbiteorbite autour de SaturneSaturne.

    Une publication était attendue et on sait maintenant qu'elle se trouve sous la forme d'un article de Nature Astronomy. Comme l'explique un communiqué de la Nasa, Encelade et ses geysersgeysers génèrent donc un panache dont la taille est de plus de 9 600 kilomètres au-dessus de cette lune dont le diamètre est d'environ 500 kilomètres. Les geysers derrière ce panache ont déjà été détectés depuis plusieurs années par la défunte sonde Cassini et on estime aujourd'hui qu'ils injectent dans l'espace, sous forme de vapeur et de glace, environ 300 litres d'eau par seconde.


    Une vidéo à propos de la découverte de sources hydrothermales sur Encelade. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n’est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l’expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © Nasa, JPL-Caltech

    Des sources hydrothermales qui abritent la vie ailleurs que sur Terre ?

    Comme nous l'avait expliqué dans un précédent article l'astrochimiste, exobiologiste et planétologue OlivierOlivier Poch, l'analyse des panaches d'eau en provenance de l'intérieur d'Europe et d'Encelade pourraient nous donner dans un futur proche des informations précieuses pour soutenir l'hypothèse qu'il existe des formes de vie autour de sources hydrothermales dans les océans de ces deux lunes.

    Les instruments du James-Webb étant plus sensibles que ceux de Hubble, ils permettent d'obtenir déjà quelques contraintes depuis le sol sur la composition, la taille et la dynamique du panache géant produit par Encelade, panache qui alimente non seulement un tore de vapeur d'eau autour de Saturne mais aussi le reste du système saturnien, c'est-à-dire ses multiples anneaux et autres petites lunes. Les observations et mesures du James-Webb permettent d'estimer qu'environ 30 % de l'eau reste dans ce tore.

    On a représenté les observations du James-Webb concernant le panache (<em>plume</em> en anglais) de vapeur d'eau et son spectre mesurés par le James-Webb, émis par Encelada. Ce panache alimente un tore autour de Saturne. © Nasa, ESA, CSA, STScI, L. Hustak (STScI), G. Villanueva (<em>NASA’s Goddard Space Flight Center</em>)
    On a représenté les observations du James-Webb concernant le panache (plume en anglais) de vapeur d'eau et son spectre mesurés par le James-Webb, émis par Encelada. Ce panache alimente un tore autour de Saturne. © Nasa, ESA, CSA, STScI, L. Hustak (STScI), G. Villanueva (NASA’s Goddard Space Flight Center)

    Nous n'en sommes qu'au début du programme d'observation d'Encelade avec le James-Webb et il va certainement nous aider à en apprendre plus sur cette lune en attendant le retour d'une mission spatiale de l'envergure de Cassini. En attendant, les plus grandes surprises pour l'exobiologieexobiologie viendront peut-être d'Europe avec la sonde Europe-Clipper de la Nasa.

    Encelade ne fait qu'environ 500 kilomètres de diamètre alors que le panache qu'elle produit, montré ici en fausses couleurs sur cette image du JWST, fait plus de 9 000 kilomètres de long. © Nasa, ESA, CSA, STScI, L. Hustak (STScI), G. Villanueva (<em>NASA’s Goddard Space Flight Center</em>)
    Encelade ne fait qu'environ 500 kilomètres de diamètre alors que le panache qu'elle produit, montré ici en fausses couleurs sur cette image du JWST, fait plus de 9 000 kilomètres de long. © Nasa, ESA, CSA, STScI, L. Hustak (STScI), G. Villanueva (NASA’s Goddard Space Flight Center)

    Une animation montrant les lunes de Saturne avec le panache d'Encelade. © Nasa, ESA, CSA, G. Villanueva (NASA’s Goddard Space Flight Center), A. Pagan (STScI), L. Hustak (STScI)

    Le télescope James-Webb scrute les traces de vie dans les puissants geysers d’Encelade

    Identifiés par la sonde Cassini en 2005, les panaches de glace d'eau éjectés par Encelade pourraient s'avérer bien plus puissants qu'on ne le supposait. La petite lune de Saturne cracherait ainsi quantité d'eau et de moléculesmolécules organiques très loin dans l'espace. Un phénomène témoignant encore une fois de conditions d'habitabilité potentiellement favorables sous la surface gelée de cette lune.

    Article de Morgane GillardMorgane Gillard, publié le 23 mai 2023

    En orbite autour de Saturne, Encelade fascine par ses étonnantes caractéristiques et le mystère qui se cache sous son épaisse croûtecroûte de glace. Car on suppose depuis longtemps maintenant que ce petit satellite de seulement 500 kilomètres de diamètre pourrait bien abriter un vaste océan d’eau liquide salée, avec, pourquoi pas, une vie extraterrestre. Car toutes les conditions semblent réunies : eau, présence de molécules organiques et chaleur.

    Encelade se dévoile un peu plus grâce aux nouvelles observations réalisées par le télescope James-Webb. © Nasa, Esa, JPL, SSI, Cassini Imaging Team
    Encelade se dévoile un peu plus grâce aux nouvelles observations réalisées par le télescope James-Webb. © Nasa, Esa, JPL, SSI, Cassini Imaging Team

    Tous les ingrédients nécessaires à la vie réunis sous la surface gelée

    En 2005, la sonde Cassini faisait en effet une étonnante découverte lors de son survolsurvol du satellite de Saturne. Les immenses fissures parcourant la surface gelée de la petite lune éjectent en effet des particules de glace d'eau, produisant une neige venant se déposer en continu sur la croûte gelée d'une centaine de mètres d'épaisseur. En plus d'apporter la preuve qu'Encelade est en quelque sorte un « monde océan », cette observation montre que les entrailles de la lune sont soumises à une intense activité géothermique, source de chaleur. Ajoutez à cela la présence de molécules organiques (méthane, dioxyde de carbonedioxyde de carbone et ammoniac) dans les panaches d'eau éjectés et vous avez tous les ingrédients nécessaires au développement de la vie.

    Ce schéma montre la dynamique qui pourrait alimenter l'océan caché d'Encelade. © Nasa, JPL-Caltech, <em>Southwest Research Institute</em>
    Ce schéma montre la dynamique qui pourrait alimenter l'océan caché d'Encelade. © Nasa, JPL-Caltech, Southwest Research Institute

    D’immenses geysers qui expulsent eau et molécules organiques dans l’espace

    De nouvelles observations du JWST (James Webb Space Telescope) viennent désormais renforcer cette hypothèse. Elles montrent d'ailleurs que les panaches pourraient être bien plus puissants qu'on ne le pensait jusqu'à présent, crachant d'énormes quantités d'eau et de molécules organiques très loin dans l'espace. Si les dimensions de ces panaches n'ont pas été révélées lors de la conférence de presse donnée le 17 mai dernier, elles devraient bientôt paraître dans un article scientifique. Celui-ci devrait également faire le point sur les composés chimiques identifiés dans ces nuagesnuages de glace d'eau. Des résultats qui promettent donc d'être intéressants !

    En attendant, les scientifiques programment les nouvelles séances d'observations grâce au JWST. L'objectif est désormais de détecter des composés chimiques associés à une activité biologique ou témoignant de conditions d'habitabilité favorables sous la couche de glace protectrice.