Une étude du champ gravitationnel d’Encelade, petite lune de Saturne, réalisée à partir des données acquises par la sonde spatiale Cassini accrédite l’existence d’une étendue d’eau liquide sous sa surface gelée constituant un réservoir riche des ingrédients nécessaires à l’apparition de la vie. Les astronomes estiment que la recherche de celle-ci ne doit pas se restreindre à la zone habitable de chaque étoile.
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Dans notre Système solaireSystème solaire, la TerreTerre, bien que située dans la zone dite habitable, n'apparaît pas comme le seul monde où la vie est possible en relation avec de l'eau à l'état liquideliquide. Que ce soit « chez nous » ou ailleurs, parmi les innombrables systèmes extrasolairesextrasolaires de la galaxiegalaxie (plus de 1.700 exoplanètes confirmées à ce jour), la vie est aussi à rechercher sous la surface gelée des lunes gravitant autour des planètes géantesplanètes géantes, estiment les exobiologistes. Europe -- autour de JupiterJupiter -- et Encelade -- autour de SaturneSaturne -- sont deux cas connus où plusieurs conditions favorables au développement de la vie y sont réunies. Deux terrains impossibles à ignorer, comme en témoignent les recherches de ces dernières années.

Évoluant dans le girongiron de Saturne, à environ 1,4 milliard de kilomètres de nous, EnceladeEncelade est un petit satellite naturel de 504 kilomètres de diamètre. Grâce à la sonde spatiale Cassini, qui explore la planète aux anneaux et son environnement depuis une dizaine d'années, les astronomesastronomes découvrirent, non sans surprises, l'existence de geysersgeysers dans la région du pôle sud en 2005. Naturellement intrigués, ils ont souhaité étudier le phénomène à travers 19 survolssurvols de cette région particulièrement fracturée. Trois passages récents ont communiqué de précieuses données pour mesurer son champ gravitationnel. En effet, en survolant Encelade, la sonde spatiale rencontre de minuscules perturbations de sa vitessevitesse selon les massesmasses accumulées au sol (comme cela peut être le cas avec la gravité terrestre).

 L’observation de geysers près du pôle sud d’Encelade relance le débat sur l’existence d’une étendue d’eau liquide en profondeur. © Nasa, JPL, SSI

L’observation de geysers près du pôle sud d’Encelade relance le débat sur l’existence d’une étendue d’eau liquide en profondeur. © Nasa, JPL, SSI

L’habitabilité d’Encelade en question

De cette façon, une équipe emmenée par Luciano Iess (université La Sapienza de Rome) a entrepris de décrire la structure interne de cette lunelune entièrement recouverte de glace (la température extérieure est en moyenne de -200 °C). Voici ce qu'ils ont observé : « les mesures de Cassini ont montré une anomalieanomalie de gravitégravité négative au pôle sud, qui n'est cependant pas aussi grand que la profonde dépression détectée par la caméra à bord », résume le professeur Iess, qui vient de publier les résultats des recherches de son équipe dans la revue Science. « La conclusion est qu'il doit y avoir un matériaumatériau plus dense en profondeur qui compense la masse manquante : très probablement de l'eau liquide, laquelle est 7 % plus dense que la glace. » Il affirme que « l'ampleur de l'anomalie nous a donné la taille du réservoir d'eau ». Leur enquête a permis de déduire qu'un océan (ou un lac) occupe cette région polaire sous une épaisseur de glace de 30 à 40 km. Sa profondeur atteindrait 10 km.

À l'instar de Jupiter avec Europe (3.120 km de diamètre), la forte attraction gravitationnelle de la géante Saturne sur Encelade est sans doute à l'origine de cette poche d'eau liquide aussi vaste que le lac Supérieur. Les forces de marée malaxent et chauffent son noyau, de sorte que l'eau est durablement maintenue à l'état liquide. Bien entendu, cela offre de précieux réservoirs à d'éventuelles formes de vie (microbienne ou autre), un abri -- ou un havre où y prospérer -- de plus, encore inconnus voici dix ans. « La matièrematière éjectée du pôle sud d'Encelade contient de l'eau salée et des moléculesmolécules organiques, ingrédients chimiques de base de la vie », nous rappelle Linda Spilker, chercheuse au JPLJPL pour la mission Cassini. Ainsi, « leur découverte étend notre vision des "zones habitables" à l'intérieur de notre Système solaire et des systèmes planétaires d'autres étoiles ». La quête ne fait que commencer.