L'ESA recense près de 30.920 débris à être traqués par le réseau de surveillance de l'espace. © ESA
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Pourquoi les États-Unis arrêtent-ils les tests de missiles anti-satellite ?

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La vice-présidente des États-Unis Kamala Harris a annoncé lundi 18 avril que le pays cessera désormais de réaliser des tests de missiles anti-satellite (Asat), c'est-à-dire capables de détruire un satellite en orbite. L'annonce faite depuis la base militaire de Vandenberg de l'US Space Force fait suite au dernier test réalisé par la Russie en novembre 2021 et s'inscrit dans un contexte de pollution de l'espace. Kamala Harris a ensuite incité les autres pays du monde à suivre leur exemple.

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On se souvient encore de ce tir réalisé en novembre dernier par l'armée russe. À la surprise générale, dans la crainte naissante d'une invasion de l'Ukraine, la Russie tire un missile Asat A-235 Nudol sur l'ancien satellite soviétique Kosmos 1408. Le choc génère 1.500 débris spatiaux menaçant à la fois la Station spatiale internationale (qui héberge notamment des astronautes... russes) et la station spatiale chinoise.

Le satellite Kosmos 1408 avant et après le tir Asat russe en novembre 2021. On ne voit que quelques débris parmi les milliers d'autres. © Numerica Corp.

Une tendance planétaire

Le tir Asat russe a suscité la colère de la Nasa, du Pentagone, de la Maison-Blanche, de l'Agence spatiale européenne, et de nombreuses autorités occidentales condamnèrent l'initiative. Mais ce n'est pas la première fois qu'un tir test anti-satellite est réalisé. Le dernier remonte seulement à mars 2019, réalisé par la défense indienne -- une première pour le pays. Il produisit des milliers de débris spatiaux dont certains traînent encore en orbite basse aujourd'hui, alors que les autorités avaient garanti qu'ils ne subsisteraient pas plus de quelques mois.

Le tir anti-satellite qui a le plus marqué les esprits est celui de la Chine en 2007. Il fut réalisé beaucoup plus haut que les autres, à plus de 800 km (deux fois plus haut que l'ISS). Par conséquent, les débris générés ont été beaucoup moins en contact avec les rares molécules de l'exosphère terrestre et ont eu moins tendance à redescendre brûler dans notre atmosphère. Encore aujourd'hui, il en reste beaucoup.

Si les États-Unis sont les premiers à stopper leur programme de test de tirs anti-satellite, ils furent néanmoins les premiers à en avoir réalisé. Ils sont d'ailleurs ceux qui en ont effectué le plus ! Cela dit, le dernier test remonte à 2008 et la plupart des autres tests ont été faits au siècle dernier. Les États-Unis disposent donc toujours d'une force de frappe anti-satellite, ils ont juste décidé d'arrêter les tests. Pourquoi cela ? La réponse en quelques mots : trop de débris aujourd’hui.

Tir d'un missile antisatellite Vought ASM-135 par un F-15 de l'US Air Force en 1985. © USAF

Une pollution de l’espace de plus en plus perturbante

Le tir russe de novembre n'a pas seulement suscité la colère des autorités. L'ensemble des opérateurs de satellites dans le monde a unanimement condamné l'irresponsabilité des Russes. La différence avec le dernier test américain en 2008 est que ces opérateurs se sont multipliés, surtout aux États-Unis, et que le nombre de satellites mis en orbite par an est passé de quelques centaines au début des années 2010 à presque deux milliers aujourd'hui, avec notamment l'arrivée de la constellation Starlink de SpaceX. Et ce n'est rien face à l'arrivée imminente, demain, d'autres mégaconstellations de satellites de communication (OneWeb, Amazon, etc.).

Non seulement, il devient difficile de suivre un tel trafic, mais y rajouter des débris de tirs Asat n'arrange rien. Depuis la Terre, les observatoires se multiplient pour suivre le trafic d'en bas, mais de plus en plus d'opérateurs font appel à des nouvelles compagnies qui proposent de le suivre d'en haut... avec leur propre constellation de satellites !

Nombre de satellites mis en orbite par an depuis 2010 (premier trimestre 2022). © Daniel Chrétien, Spacekiwi

Non seulement les satellites sont de plus en plus en danger face aux autres, mais les opérateurs sont dans l'obligation de suivre 24h/24 les menaces de débris. Quand la menace est trop forte, les opérateurs doivent réaliser des manœuvres d'évitement qui consomment du carburant et réduisent par conséquent la vie du satellite. Quand la menace pèse sur une station spatiale, les astronautes doivent se réfugier dans leurs vaisseaux respectifs et attendre, prêts à partir en urgence. Tout cela leur coûte de plus en plus de temps qui est déjà très précieux dans leur mission.

L'autre problème est que les débris occupent des orbites qui pourraient être exploitées. Toutes ces zones inoccupées sont de plus en plus importantes dans un espace de moins en moins grand et rapportant de plus en plus d'argent. Arrêter les tests anti-satellite est donc une mesure salutaire et plus qu'attendue. Encore faudra-t-il qu'elle soit suivie.

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