Superbe vue d’ensemble du cratère Occator. Au centre, les fameuses taches blanches. Cliquez ici pour obtenir l’image en haute résolution. © Nasa, JPL-Caltech, UCLA, MPS, DLR, IDA

Sciences

Cérès : des images inédites de la planète naine et du mystérieux cratère Occator

ActualitéClassé sous :Ceres , planète naine , sonde Dawn

La sonde Dawn vole désormais à 35 kilomètres seulement au-dessus des reliefs de Cérès, planète naine dans la Ceinture d'astéroïdes. Sur ses dernières images, on y découvre des détails sans précédent des taches blanches à l'intérieur du cratère Occator. Dawn n'a pas fini de nous émerveiller.

Quand, au printemps 2015, la sonde Dawn est arrivée en vue de Cérès, plus gros corps de la Ceinture d'astéroïdes et planète naine la plus proche de la Terre, les chercheurs ont été très surpris de découvrir que l'astre était recouvert de petits boutons blancs et brillants. Au cours des semaines qui suivirent, à mesure aussi que le vaisseau explorateur se rapprochait de la surface, c'est le bouquet de taches blanches dans le cratère Occator (92 km de diamètre) qui retint le plus l'attention. De quoi s'agit-il exactement ? Les données collectées par le spectromètre ont suggéré qu'il s'agit des dépôts de carbonate de sodium, comme on en trouve dans les roches salines (évaporites) visibles sur Terre.

À gauche : cratère Occator. La fiche gauche indique la position de Cerealia Facula. À droite : gros plan sur la partie ouest de Cerealia Facula imagé par Dawn le 22 juin. La sonde était à 34 kilomètres au-dessus de la surface. Ces images vont aider à élucider le mystère de l’origine de ces taches blanches dans le cratère Occator (et ailleurs sur Cérès). Ces dépôts de carbonate de sodium proviennent-ils de réservoirs d’eau riche en minéraux situés juste sous la surface ? Ou encore, de réservoirs de saumure plus profonds ? L’étude de ces détails et des bordures des dépôts devrait aider les chercheurs à répondre à ces questions. © Nasa, JPL-Caltech, UCLA, MPS, DLR, IDA

Cérès n’a pas livré tous ses secrets

En juin dernier, Dawn a amorcé une descente vers la surface, la faisant passer de 385 kilomètres d'altitude en moyenne à seulement 35 kilomètres ! La moisson de données continue et cette fois avec un niveau de détails sans précédent. Il n'est qu'à regarder les dizaines d'images qui arrivent chaque semaine pour s'en convaincre (n'hésitez pas à faire un tour dans la galerie photo de la mission).

À gauche, détails des pentes sur la bordure est du célèbre cratère Occator. À droite, fissures au pied des pentes sud-est du cratère Occator. © Nasa, JPL-Caltech, UCLA, MPS, DLR, IDA

Parmi les vues les plus attendues, il y a bien sûr, encore et toujours, celles de l'intérieur du cratère Occator. Allumant peut-être son moteur pour la dernière fois, Dawn nous a fait frissonner ces derniers jours avec des gros plans de Cerealia Facula qu'elle a survolé (images ci-dessus). Ce que l'on découvre avec étonnement n'est sans doute qu'un avant-goût de ce qui attend les chercheurs dans les prochaines semaines. De quoi grossir le dossier sur les origines mystérieuses de ces dépôts et enquêter sur ce que nous cache Cérès. Quelle est sa structure interne ? Y a-t-il de l'eau liquide sous sa surface ? Des molécules organiques ? Car oui, aussi petite et glacée soit-elle (mais pas inerte), Cérès s'est révélée être un monde fascinant au cours de ces trois années d'exploration, un astre plus complexe et dynamique qu'imaginé transpercé par les yeux de Dawn.

Pour en savoir plus

Des images inédites de la planète naine Cérès, rasée de près par Dawn

Article de Laurent Sacco publié le 30 décembre 2015

Avant que New Horizons ne visite Pluton, une sonde spatiale avait déjà rejoint une planète naine dans le Système solaire : Cérès. La sonde Dawn de la Nasa est maintenant sur son orbite la plus proche de la surface de Cérès et ce pour une durée indéterminée. De nouvelles images sont arrivées, plus précises que les précédentes.

Le premier janvier 2016, il y aura exactement 215 ans que Cérès aura été découverte par l'astronome Giuseppe Piazzi. Cette planète naine (dans le sens actuel de cette expression) devint ainsi le premier membre connu de ce qui allait devenir la ceinture d'astéroïdes, située entre les orbites des planètes Mars et Jupiter. Avec un diamètre d'environ 950 kilomètres, Cérès est le plus grand et le plus massif objet de cette ceinture et fut considéré à l'époque de sa découverte comme une nouvelle planète du Système solaire. Les astronomes allemands de l'époque firent des gorges chaudes de la thèse que venait de passer le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel en vue d'obtenir le titre de Privat-docent de l'université d'Iéna. Intitulée « Dissertatio philosophica de orbitis planetarum », elle se proposait de démontrer, juste avant l'annonce de Piazzi, qu'il ne pouvait pas exister d'autres planètes dans le Système solaire que celles déjà connues. Le duc Ernst von Gotha envoya d'ailleurs à son ami l'astronome Von Zach un exemplaire de la thèse avec cette mention : « Monumentum insaniae saeculi decimi noni » (monument à la folie du XIXe siècle).

Nous sommes bien loin de cette époque et, cette année, la sonde Dawn de la Nasa s'est même mise en orbite autour de Cérès, devenant le premier engin de l'humanité ayant visité une planète naine après avoir étudié la protoplanète Vesta. La Nasa vient de faire savoir que Dawn avait finalement rejoint sa plus basse orbite autour de Cérès et qu'elle allait y rester pour une durée indéterminée. Les premières images prises depuis cette orbite sont déjà arrivées. Elles montrent notamment la surface de l'hémisphère sud de Cérès telle qu'elle a été photographiée le 10 décembre 2015 à une altitude d'environ 385 kilomètres.

La chaîne de cratères Gerber Catena photographiée par la sonde Dawn alors qu'elle rasait la surface de Cérès, à environ 385 km d'altitude. © Nasa

Cérès, une planète naine habitable ?

La résolution atteinte est spectaculaire puisqu'elle est désormais d'environ 35 mètres par pixel. Elle permet d'admirer la chaîne de cratères nommée Gerber Catena ainsi que des dépressions et des sortes de rayures probablement causées par la contraction thermique de la planète naine en train de se refroidir mais aussi des contraintes tectoniques provoquées par des impacts de petits corps célestes et le poids de montagnes. Les planétologues vont sûrement nous en dire plus à ce sujet dans les années à venir car ces structures pourraient être bavardes sur le thème de l'histoire et de la constitution interne de Cérès.

Ces chercheurs profiteront aussi des données fournies par l'étude de la composition minéralogique de la surface de la planète naine grâce aux instruments de Dawn qui permettent déjà de faire des analyses spectroscopiques dans le visible et l'infrarouge. Des capteurs permettent aussi de mesurer des flux de neutrons et de rayons gamma qui trahissent la présence et les abondances de certains éléments chimiques. On sait d'ailleurs déjà que les fameuses taches brillantes observées dans des cratères comme Occator sont constituées de sels, probablement du sulfate de magnésium.

Mais il y a plus fascinant. Cérès contient peut-être ou a contenu sous sa surface un océan d'eau liquide où la vie aurait pu apparaître. Dawn pourrait peut-être rendre plus crédible cette hypothèse qu'une future mission avec un rover pourrait tester, révolutionnant éventuellement l'exobiologie.

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