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Mars : y a-t-il eu un lac dans le cratère Gusev ?

ActualitéClassé sous :Astronomie , mars , Spirit

Bien que le rover Spirit n'ait pas apporté de preuves suffisantes concluant à l'existence passée d'un lac au fond du grand cratère d'impact qu'il a arpenté durant six ans, une étude publiée dans la revue Geology relance le débat. Certains affleurements rocheux sur les collines Columbia témoigneraient d'inondations et d'assèchements successifs. Recouvertes de dépôts volcaniques, les sédiments sont en grande partie inaccessibles.

Illustration du lac Gusev formé par l'inondation d'un cratère vaste de plus de 160 km de diamètre. © Nasa, JPL, Sci-News

Arrivé le 3 janvier 2004 dans le vaste cratère Gusev (166 km de diamètre, situé sur Mars à 14,5° de latitude sud), le rover Spirit et toute l'équipe scientifique derrière lui comptaient bien mettre au jour les preuves que ce bassin d'impact fut, jadis, un lac. Cependant, à travers son parcours de 7 km (Spirit est définitivement immobilisé depuis 2010) dans un environnement jonché de roches volcaniques, le rover a eu beaucoup de difficultés à apporter des indices tangibles, principalement parce qu'ils sont ensevelis sous une épaisse couche de cendres pyroclastiques (téphras, ou éjectas). Malgré tout, toujours dans l'espoir d'y trouver les éventuels sédiments d'un ancien lac, Spirit arpenta les collines Columbia, hautes de quelque 90 m et situées dans le delta du sud. Certes, les roches qui y affleurent ont révélé une activité hydrothermale d'origine volcanique, mais rien qui ressemble aux sédiments lacustres recherchés.

Remise en question, l'existence d'un lac qui fut vraisemblablement alimenté par les eaux qui cheminaient le long de l'immense canyon de Ma'adim Vallis (800 km de longueur, jusqu'à 20 km de largeur et une profondeur qui atteint 2 km) vient d'être relancée par une équipe de chercheurs états-uniens. Publiée dans la revue spécialisée Geology (sous l'égide de la Geological Society of America, GSA), leur étude porte tout particulièrement sur un affleurement rocheux nommé Comanche. Riche en carbonates de magnésium et de fer, de nouvelles explications sont avancées pour son origine. « Nous avons examiné de plus près la composition et le contexte géologique de Comanche, ainsi que les affleurements voisins, raconte Steve Ruff qui a conduit cette nouvelle enquête. Il y a de bonnes preuves que les eaux à basse température en surface ont introduit les carbonates dans Comanche plutôt que les eaux plus chaudes des profondeurs. »

Long de plus de 800 km, Ma’adim Vallis est l'un des plus grands canyons de Mars après le célèbre Valles Marineris. En haut, le canyon débouche sur le cratère Gusev (166 km de diamètre) où demeure le rover Spirit. Faute d'indices tangibles, l'existence d'un ancien lac reste à confirmer. © Nasa, JPL, USGS

L’hypothèse d’un lac martien dans le cratère Gusev ressurgit

Le professeur de l'université d'État de l'Arizona propose le scénario suivant : une éruption volcanique explosive dans la région aurait provoqué une crue qui, en se précipitant vers le cratère d’impact, aurait brisé ses remparts sud et envahi le bassin. L'eau serait restée ainsi « suffisamment longtemps pour modifier les éjectas de roches et produire des solutions salées ». Aussi, « lorsque ces saumures se sont évaporées, elles auraient laissé des résidus de minéraux carbonatés ». C'est en se remplissant puis se séchant plusieurs fois que des sites comme Comanche ou le voisin Algonquin se seraient enrichis en carbonates. Par chance, l'érosion éolienne les a lentement nettoyés de l'écorce d'éjectas qui les recouvrait.

Si l'existence du lac Gusev se confirme, celui-ci daterait du Noachien (« âge de Noé »), une période qui débute avec la naissance de la planète, concomitante à celle de la Terre, et s'est achevée voici 3,5 ou 3,8 milliards d'années. Hélas, prisonnier des sables, Spirit ne peut plus poursuivre ses recherches, au contraire de son jumeau Opportunity. Ce dernier, en pleine forme et les panneaux solaires récemment nettoyés par les alizés, prospecte également dans un milieu autrefois en contact avec de l'eau.

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