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La Chine débarque sur la Lune avec le rover Yutu

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Avec le lancement de la sonde lunaire Chang'e 3, le programme spatial chinois franchit une étape symbolique. En effet, pour la première fois le lancement a été diffusé en direct sur les chaînes de télévision d'État. Aujourd'hui, elle se prépare à faire atterrir un rover sur la surface lunaire.

Le rover chinois Yutu (lapin de jade) vu ici sur la plateforme d'atterrissage de la mission Chang'e 3. Sa dimension excessive par rapport à la taille du rover fait dire aux spécialistes qu'il s'agit d'un modèle de série qui préfigure plusieurs autres atterrissages, dont une mission de retour d'échantillons lunaires avant la fin de cette décennie. © Emily Lakdawalla, The Planetary Society

Cinq jours après son lancement, la sonde chinoise Chang'e 3 est entrée en orbite lunaire le 6 décembre dernier. Elle s'apprête à s'y poser le 14 décembre. Ce sera le premier atterrissage lunaire depuis l'impacteur indien Moon Impact Probe en 2008. Bien que le point d'atterrissage exact du rover n'ait pas été officiellement annoncé, on sait qu'il se situe dans Sinus Iridum, vraisemblablement près d'un cratère récemment formé de cinq mètres de diamètre et nommé Laplace A. Si c'est le cas, il se trouvera à proximité du rover russe Luna 17, qui avait atterri en novembre 1970 à quelque 250 km de Laplace A.

Ce site n'a évidemment pas été choisi au hasard. Il se trouve à plus de 1.000 km des sites d'atterrissage des missions Apollo, de sorte qu'il n'a pas été exploré par les astronautes états-uniens. Avec ses plaines plates et ses reliefs guère élevés, cette région est sûre pour le rover. Autre avantage : pendant le jour lunaire, qui dure 15 jours terrestres, il est baigné de Soleil. L'atterrisseur dispose en effet de panneaux solaires, en plus d'un générateur électrique à radioisotopes qui fournit de l'électricité en convertissant la chaleur (la source d'énergie également utilisée par le rover martien Curiosity).

L'attrait scientifique du site devrait être ce cratère. En effet, que ce soit sur la Lune ou Mars, c'est la première fois qu'une étude in situ d'un cratère aussi jeune peut être menée. Le retour scientifique de la mission devrait être significatif, ou du moins a le potentiel pour faire avancer notre connaissance de la Lune. Tout autour de Laplace A se trouve la matière éjectée du sous-sol lunaire au moment de sa formation. Baptisé Yutu (lapin de jade), le rover à six roues (120 kg) devrait parcourir quelque 200 m par jour. Il sera chargé d'effectuer des analyses scientifiques et géologiques, et enverra des images en 3D qui devraient en ravir plus d'un.

Les différents sites d'atterrissage des missions états-uniennes, russes et chinoises. La mission chinoise Chang’e 3 évite volontairement les sites explorés par les missions Apollo. © DR

Guéguerre permanente entre Nasa et CNSA

Même dans l'espace, Chinois et États-Uniens trouvent le moyen de se quereller ! En cause, le rover chinois, qui pourrait, d'après la Nasa, avoir un impact négatif sur les objectifs scientifiques de la sonde Ladee en biaisant les mesures. Ce n'est pas faux, puisque cette sonde, lancée voilà trois mois, a pour but d'étudier la poussière et l'exosphère de la Lune. L'atterrissage de la sonde de l'agence spatiale chinoise entraînera une contamination importante de l'exosphère lunaire par le propulseur de l'atterrisseur et soulèvera un important panache de poussière au moment de l'alunissage.

Seule consolation : Chang'e 3 offrira une opportunité unique de mesurer et d'observer la façon dont le gaz du propulseur de l'atterrisseur chinois se distribue dans l'exosphère lunaire, et comment il se disperse. Enfin, les mauvaises relations politiques entre la Chine et les États-Unis empêchent les projets de scientifiques des deux pays qui souhaitaient utiliser Lunar Reconnaissance Orbiter, l'autre sonde de la Nasa qui tourne actuellement autour de la Lune, en support de la mission Chang'e 3.

L'Esa en soutien de la mission lunaire Chang’e 3

Bien que la collaboration avec la Nasa semble impossible, l'Europe se veut plus pragmatique. L'Agence spatiale européenne met ainsi à la disposition de la Chine son réseau de stations au sol pour le suivi de la mission Chang'e 3. Du coup, une équipe d'ingénieurs chinois sera en permanence à l'European Space Operations Centre (Esoc) de Darmstadt, en Allemagne, où l'Esa rassemble et traite ces données.

Le réseau de l'espace profond de l'Esa est donc utilisé en complément de celui de la Chine, qui dispose de deux antennes à Kashi, dans l'extrême ouest du pays, et à Jiamusi, dans le nord-est, pour suivre toutes les phases de la mission, du lancement aux premiers tours de roues du rover. Les antennes de 35 m de diamètre de l'Esa, situées à Cebreros en Espagne et New Norcia en Australie, fourniront des mesures de positionnement afin de calculer avec une extrême précision l'emplacement de l'atterrisseur.

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