Nuage de cendres dévalant les flancs du cratère de White Island en 1988. © Ian Nairn, 1988 (New Zealand Geological Survey), Global Volcanism Program, CC by-nc 4.0
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La violente éruption du volcan de l’île de Santorin a créé 4 tsunamis dévastateurs

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La fin de l'âge de bronze a été marquée par un événement catastrophique qui aurait fortement impacté l'humanité. Il s'agit de l'éruption du volcan Théra, au large des côtes crétoises. Une nouvelle étude apporte des précisions sur l'enchaînement des événements ayant peut-être provoqué la chute de la civilisation minoenne.

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Survenue à la fin de l'âge de bronze, l'éruption du volcan Théra, formant l'île de Santorin au large des côtes crétoises, est reconnue comme l'une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices qu'ait connue l'humanité.

L'île de Santorin est située dans la partie est de la Méditerranée, entre la Crète et les côtes turques. C'est ainsi toute la région méditerranéenne qui aurait été impactée par la violence de l'éruption, provoquant de nombreux tremblements de terre, d'importantes retombées de cendres, mais également plusieurs tsunamis. Des traces de cette éruption ont été retrouvées un peu partout sur le Globe, jusque dans les glaces polaires, indiquant un impact au niveau mondial et notamment une modification du climat pendant plusieurs décennies. Les dépôts volcaniques sont si étendus qu'ils sont souvent utilisés dans les études sédimentaires comme un marqueur stratigraphique. Certains scientifiques attribuent même la chute de la civilisation minoenne à cet événement catastrophique.

Carte de la Méditerranée et localisation de l’île de Santorin. © Nzeemin, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Pourtant, malgré la violence apparente de cet événement, aucune victime humaine n'avait jamais été retrouvée jusqu'à présent, même dans la région la plus fortement impactée par l'éruption. Pour expliquer cette surprenante absence, certains scientifiques pensent que les signes précurseurs de l'explosion ont poussé les populations des zones les plus proches à fuir. Il est également possible que les corps des victimes aient totalement disparu dans les meurtrières nuées ardentes qui ont dévasté la région, calcinant les corps et ne laissant ainsi aucune trace des victimes.  

Les squelettes d’un homme et d’un chien retrouvés dans les débris d’un ancien bâtiment

L'éruption est survenue à la fin de l'époque minoenne, qui est contemporaine de la XVIIIe dynastie égyptienne (XVIe siècle avant notre ère). À cette époque, la ville de Çeşme-Bağlararası semble avoir été un site culturel important sur l'actuelle côte turque. Les reconstructions paléogéographiques montrent que le site était localisé directement en bord de mer, à moins de 100 mètres du rivage. Une situation géographique critique en cas de tsunami.

Des recherches archéologiques ont ainsi débuté sur le site en 2009 et ont mis au jour un niveau de cendres associé à un horizon très chaotique contenant des débris sédimentaires remaniés, avec notamment la présence de coquillages et d'autres organismes marins. Des signes typiques de dépôts associés à un tsunami. Le site montre la présence d'anciens murs de fortification et de constructions. Il apparaît que les dépôts sédimentaires sont présents à l'extérieur comme à l'intérieur des anciens bâtiments. Mais la grande découverte du site a été celle de deux squelettes. Les os d'un chien ont ainsi été retrouvés au niveau de l'entrée d'un bâtiment, enfoui sous les pierres d'un mur effondré. Un peu plus loin, c'est le squelette d'un homme jeune qui a été identifié. Sa position et le contexte montrent qu'il ne s'agit en rien d'une sépulture et que sa mort serait directement liée à la survenue d’un tsunami. La façon dont sont dispersées les pierres des bâtiments est un argument supplémentaire en faveur d'un événement majeur, particulièrement violent.

L’île de Santorin, qui n’est autre que l’immense caldera du volcan Théra. © Nasa, Wikimedia Commons, domaine public

Les chercheurs ont également retrouvé des traces de ce qui semble être des opérations de secours, juste après la catastrophe. De nombreux trous pénétrant les dépôts du tsunami ont en effet été identifiés. Ces opérations de sauvetage et de récupération des corps pourraient expliquer l'absence frappante d'autres squelettes.

Des restes humains et de chien ont été retrouvés parmi les ruines d’un bâtiment, au milieu de dépôts sédimentaires typiques d’un tsunami. © Vasıf Şahoğlu et al. 2022, CC by-nc-nd

Les analyses ont permis d'affiner la date de l'événement, qui serait survenu 1.612 ans avant notre ère.

Quatre tsunamis ont frappé les côtes méditerranéennes en très peu de temps

Grâce à tous les éléments retrouvés sur le site de Çeşme-Bağlararası, les scientifiques ont pu reconstruire l'enchaînement des événements. Les résultats ont été publiés dans la revue PNAS. Les chercheurs proposent ainsi que l'éruption du volcan Théra a provoqué une série de tsunamis qui ont percuté la côte de l'actuelle Turquie, entraînant notamment la destruction du site de Çeşme-Bağlararası. Quatre événements distincts ont pu être identifiés, entrecoupés de dépôts de cendres. Le premier tsunami aurait été responsable de l'effondrement des bâtiments et de la mort du jeune homme et du chien. Les deux vagues suivantes seraient arrivées rapidement après, certainement à quelques heures d'intervalle. Le dernier tsunami serait quant à lui survenu quelques jours voire semaines plus tard, après la phase de recherche des victimes. Ces résultats montrent qu'il y a eu plusieurs phases éruptives, entrecoupées de pauses plus ou moins longues durant lesquelles une pluie de cendres s'est abattue sur la région. Après cette catastrophe, tout indique que le site a été abandonné durant au minimum un siècle.

Bas-relief datant de l’époque minoenne et représentant le Prince des Lilies. © Zde, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

Il est difficile d'estimer l'impact de cette catastrophe sur la civilisation minoenne et de savoir si elle a vraiment été le déclencheur de sa chute. On peut cependant imaginer que la destruction de toutes les infrastructures portuaires, ainsi que les bateaux, ont pu mettre à mal la dynamique et la structure économique de cette société si dépendante de la mer.

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