Une vue de Stromboli. © Luigi Nifosi, Shutterstock

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Méditerranée : le Stromboli serait à l'origine de plusieurs tsunamis dévastateurs

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Au cours du dernier millénaire, le Stromboli se serait partiellement effondré. Il aurait causé au moins un tsunami entraînant des destructions dans le port de Naples.

Pour beaucoup d'entre nous, le mot tsunami évoque l'Asie. D'ailleurs, étymologiquement, ce terme vient de « tsu », c'est à dire port, et « nami », vague, soit « vague de port » en japonais. Le 26 décembre 2004, un séisme de magnitude 9,2 causait un terrible tsunami dont les vagues destructrices faisaient plus de 220.000 morts en frappant les côtes de l'océan Indien.

Penser que ce phénomène ne concerne pas l'Europe serait un tort.

Depuis le début du XXe siècle, une centaine de tsunamis ont été observés en Méditerranée et dans les mers qui lui sont reliées, telle la Mer noire, cela représente 10 % du total des tsunamis sur Terre pendant cette période. Ces tsunamis sont produits généralement à l'occasion de  séismes et nous n'avons pas souvenir qu'ils aient causé des dégâts aussi importants que ceux constatés en Asie.

Mais ce n'est nullement une raison pour ne pas disposer d'un système de surveillance et d'alerte. C'est d'autant plus nécessaire que des tsunamis peuvent aussi se produire à l'occasion d'effondrements d'édifices volcaniques actifs. Et il en est au moins trois qui le sont depuis l’Antiquité en Méditerranée occidentale : le Vésuve, mais surtout l'Etna et le Stromboli. Récemment, l'effondrement d'une partie de l'Anak Krakatau a tristement rappelé que ces effondrements générant des tsunamis sont bel et bien dangereux.

Un système d'alerte aux tsunamis ne peut être efficace que si la population a conscience des risques et sait comment réagir en cas d'alerte. Cette vidéo explique la formation de tsunamis et donne un historique des phénomènes dans la région. Elle comprend une présentation du Système d'alerte aux tsunamis dans l'Atlantique du Nord-Est, la Méditerranée et les mers adjacentes. Les tsunamis sont rares en Méditerranée, ce qui conduit à un manque de sensibilisation et de préparation qui met les habitants des côtes, pourtant densément peuplées, en danger. © unescoFrench

Le carbone 14 pour dater les tsunamis

Or, justement, une équipe de volcanologues de l'Institut national de géophysique et de volcanologie (INGV) et du département des sciences de la Terre de l'université de Pise, entre autres, a publié un article dans Nature conduisant à réévaluer à la hausse le risque de tsunami au moins sur les bords de la mer Tyrrhénienne. Les chercheurs, pour l'essentiel italiens, ont effectué des coupes géologiques dans des couches à entre 170 et 250 m du rivage de Stromboli, ce fameux volcan, sans cesse en activité, visité maintes fois par Haroun Tazieff ainsi que les époux Krafft.

Il leur a suffit de creuser trois tranchées profondes de plus d'un mètre pour trouver trois strates manifestement constituées de dépôts de sable noir, sable qui ne se trouve normalement que sur les plages de l'îles. Assurément, ce sable et les roches en forme de galets qu'il contenait ne pouvaient avoir été apportés que par trois tsunamis. Mais quand ? Heureusement, des fragments de charbon de bois ont permis de faire des datations au carbone 14. Il est apparu que ces trois tsunamis se sont produits entre le XIVe et XVIe siècle. Ces dates peuvent être comparées avec à ce que nous disent l'archéologie et l'histoire.

Un tsunami dans le port de Naples en 1343

Par exemple, avec le témoignage de l'érudit, poète et humaniste florentin, Pétrarque (Francesco Petrarca, en italien) qui était alors en mission au titre d'ambassadeur envoyé à Naples par le pape Clément VI. Dans une lettre, il raconte qu'il a assisté à ce qui semble être bel et bien un tsunami à la fin de l'année 1343, causant des destruction dans les ports de Naples et d'Amalfi. On sait aussi que l'île Stromboli a été abandonnée du milieu du XIVe siècle à la fin du XVIe siècle, alors que dans la première moitié des années 1300, cette île était habitée et jouait le rôle important de plaque tournante du trafic naval de croisés en provenance des côtes italiennes, espagnoles et grecques.

Or, il n'existe aucune trace écrite de séismes à cette époque en Sicile ou en Italie. En revanche, il existe des traces d'une éruption volcanique importante vers 1350. Les volcanologues pensent donc qu'il s'est produit un événement analogue à celui de l'Anak Krakatau et qu'une partie du volcan Stromboli s'est effondré, générant le tsunami observé. Ils pensent aussi qu'un événement similaire s'est aussi produit en 1456.

La découverte confirme ce qui était pressenti, à savoir le danger des tsunamis générés par le Stromboli dans la mer Tyrrhénienne méridionale. Mais sa quantification précise nécessite de nouvelles études visant à caractériser ce phénomène sur une période plus longue.

Un survol en drone de Stromboli. © Marc, Volcano, Szeglat

  • Les tsunamis ne se produisent pas qu'en Orient, il s'en produit aussi en Méditerranée.
  • L’inquiétude porte sur ceux que pourraient causer l'Etna ou le Stromboli.
  • Les scientifiques pensent qu'il s'est produit un tsunami en 1343 à la suite d'une éruption violente accompagnée d'un effondrement sur le Stromboli.
  • Des destructions se sont alors produites dans le port de Naples et ce scénario pourrait se répéter.
Pour en savoir plus

Sur la trace d'un tsunami géant en Méditerranée

Article de Jean-Luc Goudet publié le 11/12/2006

Il y a 8.000 ans, une éruption de l'Etna aurait provoqué un titanesque tsunami, ravageant les côtes jusqu'à l'Afrique et la Turquie.

Entre la Sicile et l'Afrique, une longue traînée de sédiments intrigue depuis longtemps les géologues. Selon l'explication admise aujourd'hui, il s'agit des restes de l'explosion du volcan de l'île de Santorin, survenue il y a 3 600 ans. Pour Maria Pareschi, de l'Institut National de Géologie et de Volcanologie (INGV), en Italie, le coupable est ailleurs. Les simulations effectuées par son équipe indiquent que les effets de cette explosion de Santorin n'ont pu dépasser le bassin de la mer Egée (entre Crète, Grèce, Turquie et Bulgarie).

Des traces géologiques et archéologiques

Pour ces volcanologues italiens, le suspect numéro un n'est autre que le plus grand volcan d'Europe : l'Etna, toujours actif et qui culmine actuellement à 3 300 mètres. L'équipe a découvert une longue traînée de débris révélatrice d'un glissement de terrain à environ vingt kilomètres de l'île. Au carbone 14, les chercheurs ont déterminé l'âge de ce sédiment : 8 000 ans. Or il existe d'autres coulées datant de cette époque en mer Ionienne, jusqu'au golfe de la Sydre, en Libye, et totalisant des centaines de kilomètres. Beaucoup plus loin encore, dans l'actuelle Israël, un site bien connu pourrait être lié au même événement. Gisant à une dizaine de mètres sous la surface de l'eau à plusieurs centaines de mètres de la côte, le site de Atlit-Yam a révélé des habitations néolithiques avec des poteries et un puits. On a pu déterminer que ce village a été brusquement abandonné il y a 8 000 ans.

Simulée par l'équipe italienne, l'éruption de l'Etna aurait généré, par glissements de terrain interposés, d'énormes vagues à même de dévaster les côtes de tout le bassin oriental de la Méditerranée. Crédit : Maria Pareschi et al., Geophysical Research Letters (2006)

Encore hypothétique, cette conclusion est toutefois en phase avec l'idée récente que des « mégatsunamis » seraient liés à des explosions volcaniques de grande ampleur. Le dernier exemple connu est récent, et géographiquement proche. En décembre 2002, après une éruption du Stromboli, une puissante coulée de boue a plongé en mer, générant des vagues de plusieurs mètres de hauteur qui ont provoqué des dégâts à soixante kilomètres de là.

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