Santé

Les tiques font des ravages

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Une cinquantaine d'institutions européennes, africaines et latino-américaines collaborent, avec le soutien de l'Union, à la troisième édition de l'initiative ICTTD (International Consortium on Ticks and Tick-borne Diseases). Depuis huit ans, ce réseau rassemble plus de 150 chercheurs qui ont décidé de combattre, avec des armes différentes et complémentaires, les dégâts créés par ces acariens particulièrement vigoureux et néfastes pour le cheptel.

Attaque de Rhipicephalus appendiculatus (Zambie). Dans l'hémisphère Sud, quelque 870 espèces de tiques sont potentiellement porteuses de pathogénies différentes. Et un nombre important de variétés peut se rencontrer dans une même région.

Les tiques, ces parasites minuscules lorsqu'ils se fixent dans la peau des mammifères, se gonflent ensuite du sang de leurs victimes et peuvent être les vecteurs de pathogénies parfois mortelles. Particulièrement vigoureuses et prolifiques, elles existent sous d'innombrables espèces, et sous toutes les latitudes. Celui qui parcourt la campagne, a fortiori s'il a un chien pour compagnon, ne peut les ignorer. Mais les fléaux apportés par ces acariens dans les pays du Nord - même s'ils peuvent avoir des conséquences graves sur les personnes humaines en leur conférant notamment la maladie de Lyme - sont sans rapport avec les désastres qu'ils peuvent provoquer dans les pays en développement, où ils dévastent les cheptels.

Les bovins, les ovins et autres petits ruminants "vampirisés" souffrent d'abord d'anémie, entraînant une perte de poids - et donc de valeur économique pour les éleveurs. Leur cuir s'abîme également sous le coup des morsures et perd de son prix. Outre ces dégâts "directs", ces parasites transmettent des maladies telles que l'anaplasmose, la cowdriose, la dermatophilose, la theileriose, la babesiose, qui déciment les troupeaux. Les pertes que ces pathologies entraînent, dans les pays tropicaux et subtropicaux, s'élèveraient à plusieurs milliards d'euros par an.

Trouver des armes polyvalentes

"Le problème est d'autant plus crucial que l'on dénombre, dans l'hémisphère Sud, environ 870 espèces de tiques porteuses potentielles de pathogénies différentes. En outre, un nombre important de variétés peut se rencontrer dans une même région. Lorsqu'on trouve une réponse pour un type de parasite, par exemple un vaccin prémunissant contre une maladie transmise par une espèce, il faut donc continuer à utiliser des moyens supplémentaires, tels des acaricides, contre les autres types de tiques. Nous cherchons donc des moyens de lutte polyvalents", explique Frans Jongejan, de la faculté de Médecine vétérinaire de l'université d'Utrecht (NL), coordinateur de cette action depuis son lancement, en 1996.

L'ICTTD a en effet été soutenue par l'Union dès le quatrième programme-cadre et vient d'être reconduite pour un "troisième mandat" dans le sixième. Une aide communautaire de 1 842 000 € sera apportée au réseau pendant une période de 48 mois. Ce travail, de longue haleine, se focalise, depuis le départ, sur une triple stratégie.

Au niveau de la prévention, tout d'abord, les chercheurs travaillent sur de nouveaux vaccins multicomposants, dirigés à la fois contre les parasites eux-mêmes et contre plusieurs des maladies qu'ils véhiculent. Cet aspect est d'autant plus important que les tiques développent de plus en plus de résistances aux substances chimiques sensées les anéantir. L'usage massif de ces acaricides anti-tiques pose par ailleurs d'importants problèmes environnementaux,

D'autres laboratoires du réseau se concentrent sur le perfectionnement de tests de dépistage, notamment des tests de diagnostic applicables simultanément pour différents agents pathogènes. Enfin, des enquêtes épidémiologiques, tenant compte des conséquences socio-économiques des maladies transmises par les tiques, sont développées.

Croisements des connaissances

Pour les années qui viennent, l'ICTTD s'est structurée en différents groupes de travail. Le Database working group travaille à l'élaboration d'une vaste banque de données (THP base) intégrant les différentes informations disponibles sur trois éléments : les tiques, leurs victimes (H, comme "hôte") et les agents pathogènes. Ces connaissances devraient permettre de mieux dégager des diagnostics différenciés des maladies en croisant notamment les données médicales avec des données écologiques et climatiques pour pouvoir mieux cerner la distribution géographique des espèces de tiques et des maladies qu'elles transmettent dans les régions subtropicales.

Les quatre axes de recherche - Biosystematics Forum, Molecular Diagnostic Network, Genomic and Vaccine Design Group et Study Group on Tick-Host-Pathogen Interactions - visent principalement à affiner les connaissances biologiques susceptibles de faire progresser le combat contre ce fléau. Il s'agit, en particulier, d'appréhender l'interaction entre les tiques, leurs hôtes et les maladies entraînées ainsi que d'établir les données génomiques et protéomiques qui pourront être exploitées pour lancer de nouveaux vaccins.

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