Découverte dans les années 1970, la maladie de Lyme pose de nombreuses interrogations dans le domaine médical. Benoît Jaulhac, responsable du centre national de référence des borrélioses et spécialiste de la question, nous éclaire sur cette pathologie complexe.
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Article publié le 24 juin 2013

Les vacances d'été sont le moment idéal pour une promenade dans la nature. Il faut toutefois se méfier des petites bêtes en tout genre dissimulées dans les brins d'herbes ou sous les feuilles. Parmi elles, les tiques, qui appartiennent à l'ordre des arachnides acariens, sont particulièrement dangereuses. En effet, elles peuvent transporter des microbes pathogènespathogènes et les inoculer à leur victime lors d'une morsuremorsure.

La maladie de Lyme, également appelée borréliose de Lyme, est causée par des bactériesbactéries du genre Borrelia, transmises par des tiques contaminées. Cette pathologiepathologie existe depuis longtemps (XIXe siècle), mais fut caractérisée pour la première fois en 1975 dans la ville de Lyme située dans le Connecticut aux États-Unis. Elle est aujourd'hui recensée dans 65 pays et représente la maladie vectorielle la plus fréquente dans l'hémisphère nordhémisphère nord.

Les borrélies sont un genre de bactéries spiralées du groupe des spirochètes. <em>Borrelia burgdorferi</em> est la première espèce identifiée responsable de la maladie de Lyme. Trois autres espèces ont depuis montré qu’elles pouvaient également déclencher cette maladie. © CDC, DP

Les borrélies sont un genre de bactéries spiralées du groupe des spirochètes. Borrelia burgdorferi est la première espèce identifiée responsable de la maladie de Lyme. Trois autres espèces ont depuis montré qu’elles pouvaient également déclencher cette maladie. © CDC, DP

Le diagnosticdiagnostic, le dépistagedépistage et le traitement de cette maladie font actuellement l'objet de controverses.  Benoît Jaulhac, professeur en bactériologie à la faculté de médecine de Strasbourg, a répondu à nos questions sur cette pathologie qui fait polémique.

Futura-Sciences : Pensez-vous qu'il y ait une augmentation du nombre de cas de personnes touchées par la maladie de Lyme ?

Benoît Jaulhac : Depuis la découverte de la bactérie responsable de cette maladie, les méthodes de diagnostic de la maladie de Lymemaladie de Lyme se sont améliorées. Une étude réalisée récemment par le réseau Sentinelles montre qu'il n'y a pas d'augmentation significative du nombre de cas en France, entre les années 2009 à 2011. Les chiffres indiquent cependant une progression de la maladie par rapport aux années 1990, où une autre étude épidémiologique avait été mise en place. Cependant, il est difficile de comparer ces deux études, car les moyens d'évaluation de la maladie ont beaucoup évolué entre temps. Une étude sur plusieurs années va débuter en 2013 pour estimer le nombre de tiques, et en particulier la densité de tiques infectées par Borrelia sur une zone géographique donnée. Ces informations permettront de mieux répondre à la question de l'émergenceémergence de cette maladie.

D’autres vecteurs que les tiques peuvent-ils transmettre la maladie de Lyme ?

Benoît Jaulhac : Pour qu'un arthropode puisse transmettre les Borrelia à l'Homme, il faut qu'il réunisse plusieurs critères. Il doit tout d'abord pouvoir aspirer ces bactéries lors de son repas sanguin. Ces dernières doivent ensuite être capables de survivre et de se multiplier à l'intérieur de cet hôtehôte, qui doit les réinjecter à l'Homme sous forme viable et infectante. À ce jour, on ne connaît aucun autre vecteur que la tique capable de remplir toutes ces conditions.

La maladie peut-elle se transmettre autrement que par une morsure de tique ?

Benoît Jaulhac : La transmission des Borrelia se fait principalement par une piqûre de tique infectée. Une transmission fœto-maternelle est possible, mais elle est exceptionnelle et fait l'objet de recommandations thérapeutiques de précaution. Elle doit entraîner une surveillance particulière des femmes enceintes par leur médecin traitant. Aucune donnée ne permet actuellement d'affirmer que des Borrelia infectantes se transmettent par le sang contaminé ou par l'allaitement. De l'ADNADN de Borrelia a déjà été retrouvé dans le lait maternellait maternel, mais aucune bactérie entière n'a pu être détectée et aucun enfant n'a jamais été contaminé en s'en nourrissant.

Quels sont les symptômes de la maladie de Lyme ?

Benoît Jaulhac : Lors de l'infection initiale, le signe le plus fréquent et le plus classique est une éruption inflammatoire cutanée autour de la piqûre. Cette rougeur, appelée érythème migrant, apparaît en général peu après la morsure par une tique contaminée. Elle prend la forme d'une tache rougeâtre circulaire, extensive et habituellement non douloureuse, et représente 85 % des formes cliniques de la maladie dans les différents pays d'Europe. Dans les 15 % restants, en moyenne la moitié des patients n'ont pas observé ce signe précoce. La bactérie peut alors se développer dans les tissus et causer des infections plus sévères, notamment des atteintes neurologiques en envahissant le système nerveux. Elle peut aussi entraîner des arthrites.

Exemple d’une rougeur caractéristique (érythème migrant) apparue après une morsure de tique infectée par la bactérie <em>Borrelia burgdorferi</em>. © Lamiot, <em>Wikimedia Commons</em>, cc by sa 3.0

Exemple d’une rougeur caractéristique (érythème migrant) apparue après une morsure de tique infectée par la bactérie Borrelia burgdorferi. © Lamiot, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

En cas de piqûre par une tique, quelle est la marche à suivre?

Benoît Jaulhac : Environ 5 à 20 % des tiques sont porteuses de la bactérie. Il faut tout d'abord comprendre que le risque de contracter la maladie lorsque l'on se fait piquer dans nos régions se situe seulement entre 1 et 2 %. Ensuite, même si la tique est infectée, on développe des anticorps, mais heureusement, généralement cela n'aboutit pas sur une maladie clinique. Le protocoleprotocole de préventionprévention et de prise en charge d'une piqûre de tique passe par plusieurs étapes. Quand on se promène dans une zone à risques, il faut se protéger des tiques en se couvrant au maximum. Après la sortie, il faut inspecter systématiquement l'ensemble de son corps. En cas de morsure, il est important de retirer la tique et de surveiller l'apparition d'une rougeur autour du point de piqûre, pendant quatre semaines. Il faut également être attentif à d'autres signes médicaux, comme l'apparition d’une fièvre ou de malaises qui peuvent être révélateurs d'une borréliose ou d'une autre maladie à tiques appelée anaplasmoseanaplasmose.

Quel est le traitement pour soigner cette maladie ?

Benoît Jaulhac : Si les symptômessymptômes cliniques orientent vers une borréliose, un traitement antibiotique de 15 jours est prescrit. Toutes les données scientifiques suggèrent que ce traitement précoce fonctionne. Par exemple, une étude sur cinq ans a montré qu'aucun des patients soignés par des antibiotiques au stade d'érythème migrant ne présentait de signes disséminésdisséminés de la maladie.

Les tests de dépistage sont-ils efficaces ?

Benoît Jauhlac : La question des tests de dépistage est délicate. Il existe des tests efficaces, mais à mon sens ils ne sont pas toujours utilisés à bon escient. Ainsi, au démarrage de la maladie (érythème migrant), les anticorpsanticorps fabriqués par le système immunitaire ne sont pas assez nombreux pour être détectés et pour permettre de répondre positivement à un test. Il est donc possible d'être diagnostiqué négatif en étant porteur de la maladie si le test est réalisé trop tôt. Aux stades ultérieurs, les tests sont positifs mais peuvent nécessiter des analyses invasives, sur le liquideliquide céphalo-rachidien par exemple. Le problème inverse se pose aussi. En effet, certaines personnes peuvent avoir été infectées par la bactérie et l'avoir neutralisée via leur système immunitairesystème immunitaire sans le savoir. Leur sang contient alors des anticorps résiduels qui rendent les tests de dépistage positifs. En règle générale, il convient d'établir un diagnostic en se basant à la fois sur les données cliniques, épidémiologiques et les résultats biologiques. L'évaluation de la maladie ne doit jamais reposer uniquement sur les tests de laboratoires quels qu'ils soient, ce qui est parfois le cas.

Pensez-vous que la maladie de Lyme puisse être chronique ?

Benoît Jaulhac : Je pense qu'une maladie de Lyme chronique, c'est-à-dire persistante, existe mais qu'elle est rare. L'acrodermatite chronique atrophiante, qui est causée par une espèceespèce particulière de Borrelia, porteporte d'ailleurs le mot chronique dans son nom. Cette pathologie se caractérise par la présence de régions épidermiques atrophiées à certains endroits du corps. Si l'on réalise des biopsiesbiopsies cutanées au niveau de ces zones, on peut isoler et cultiver la bactérie responsable. Des traitements antibiotiques longs, s'étalant sur plusieurs années, peuvent venir à bout de cette infection chronique mais une cicatricecicatrice cutanée persistera.

Dans le cas d'une maladie de Lyme chronique, comment la bactérie persisterait-elle dans l'organisme à l'abri du système immunitaire ?

Benoît Jaulhac : Dans ce domaine, aucune preuve scientifique formelle humaine n'existe, et les réponses que je vais apporter tiennent surtout de l'hypothèse. Il est possible que les Borrelia se camouflent, en se recouvrant de protéinesprotéines particulières par exemple. Il est également possible qu'elles se mettent dans un état physiologique de veille qui les rende invisibles au système immunitaire. Une autre éventualité est que les Borrelia disparaissent, mais que certaines de leurs moléculesmolécules continuent d'induire des effets néfastes pour l'organisme. Enfin dans un petit nombre de cas, comme lors de certaines atteintes articulaires ou neurologiques centrales chroniques, certains dégâts sont irréversibles et peuvent persister en l'absence de l'agent infectieux. De nombreuses études scientifiques restent à faire pour mieux comprendre comment les Borrelia infectent et se disséminent chez l'Homme.