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Derniers jours de paix pour le maïs français ?

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Un an et demi après sa première apparition en Ile-de-France, la chrysomèle du maïs jette son dévolu sur l'Alsace. La France a déjà mis en place un dispositif de lutte : sera-t-il suffisant pour venir à bout de cette peste naissante ?

Derniers jours de paix pour le maïs français ?

21 août 2002, l'annonce du Laboratoire National de la Protection des Végétaux (LNPV) de l'INRA à Montpellier fait l'effet d'une bombe. La chrysomèle du maïs, un insecte inscrit sur la liste européenne des ravageurs de quarantaine, est repérée en Ile-de-France autour des aéroports d'Orly, Roissy et du Bourget : un drame pour la France qui est le premier producteur de maïs dans l'Union Européenne.

Diabrotica virgifera - c'est le nom de ce petit coléoptère de 6 mm originaire d'Amérique centrale - est le plus grand danger du maïs aux Etats-Unis depuis les années 80. Il occasionne plus d'un milliard de dollars de pertes par an !

La femelle pond ses oeufs peu avant l'automne, dans les champs de maïs : 98% d'entre eux éclosent au printemps suivant et 2%, en diapause prolongée, le feront un an plus tard. Les larves, très nocives, vivent dans le sol, se nourrissent des racines du maïs, et détruisent jusqu'à 80% de la récolte.
Les adultes s'attaquent aux soies, aux panicules et aux feuilles de la plante. Leur progression est étonnante : ils peuvent se déplacer à la vitesse de 20 à 40 km/an.

Cette menace a fait son apparition sur notre continent en Serbie en 1992.
Elle s'est ensuite répandue, par avion le plus souvent. Bulgarie, Hongrie, Roumanie, Croatie : la peste gagnait rapidement le vieux continent ! On la signalait en Italie en 2000, en Suisse en 2001, puis en Autriche en juillet 2002, aux Pays-Bas, en Angleterre et en Belgique l'an dernier.

En France, anticipant le phénomène, les Services Régionaux de la Protection des Végétaux ont agi dés 1999 grâce au dispositif de surveillance, composé de pièges à phéromones (panneaux englués d'une substance chimique qui attire les mâles adultes). Dans les zones sensibles, le plan de lutte de l'Etat impose une rotation des cultures, un traitement aux insecticides (deltaméthrine, un produit souvent dévastateur pour la faune dans les zones
humides) via l'épandage par hélicoptère ou la pulvérisation par tracteurs enjambeurs et un renforcement du piégeage de façon préventive.

A l'heure des polémiques sur les OGM, il existe déjà un maïs génétiquement modifié, le YieldGard Rootworm, distribué par la firme Monsanto, à l'essai aux Etats-Unis depuis un an : c'est une variante du maïs Bt qui produit une protéine toxique pour les larves de Diabrotica. La lutte biologique, quant à elle, n'est pas encore d'actualité, mais il reste des solutions plus classiques : les produits phytosanitaires.
« La chrysomèle est résistante à certaines substances insecticides seulement » soulignait Philippe Reynaud, entomologiste au LNPV à Montpellier. A l'époque de la première observation en 2002 en région parisienne, pouvait-on espérer l'éradiquer définitivement de notre territoire ? Le scientifique ne le pensait pas : « Une éradication est possible en Ile-de-France si tout le monde joue le jeu, en supprimant notamment les monocultures de maïs dans la zone contaminée, mais à terme, les foyers en Suisse et en Italie vont pénétrer dans l'Hexagone par l'Est ».

Philippe Reynaud ne s'était pas trompé. Le 30 juillet 2003, un nouveau foyer est détecté en Alsace à Blotzheim, près de l'aéroport de Mulhouse-Bâle, à 5 km des frontières avec l'Allemagne et la Suisse.

La France alerte immédiatement la Commission Européenne de la présence de l'intrus, et la Sous Direction de la Qualité et de la Protection des Végétaux (SDQPV) du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche renforce, à la hâte, un dispositif de lutte semblable à celui d'Ile-de-France.
L'automne dernier, l'Office Alimentaire et Vétérinaire (OAV) de la Commission européenne se rendent sur place pour une inspection du programme d'éradication. Le verdict est plutôt encourageant. En effet, le rapport vient d'être rendu publique et félicite la France pour sa réactivité : « Des plans officiels concernant la surveillance et le contrôle des foyers ont été élaborés rapidement et les procédures de travail pour les exécuter sont bien définies. Les agents chargés de la mise en oeuvre des mesures de lutte sont bien préparés et disposent d'un bon matériel technique ».

En 2002 et 2003, l'Etat avait pris en charge les coûts de traitements phytosanitaires pour soulager les agriculteurs. Néanmoins, l'Office européen déplore l'absence d'un système de compensation des surcoûts liés à l'application des mesures de lutte contre ce coléoptère.

Enfin, l'Office Alimentaire et Vétérinaire souligne le fait que : « Des relations du côté phytosanitaire, avec les pays frontaliers concernés par Diabrotica, notamment avec la Suisse, n'ont pas été instaurées officiellement », ce qui, selon elle, aurait été très utile pour limiter la diffusion de la chrysomèle et élaborer une stratégie de lutte commune.

Mais globalement, l'OAV félicite ce travail de fond : « L'autorité compétente française a démontré une très bonne organisation tant au niveau central que régional ». Même si le degré de menace en France dépend de facteurs divers (climatiques, géographiques, etc.), c'est seulement au fil du temps que l'on pourra apprécier le fruit des efforts de l'Etat et vérifier si une telle stratégie pourra réellement éradiquer l'insecte ravageur ou si elle n'aura consisté qu'à repousser le mal.

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