Le vaccin AstraZeneca est soupçonné de provoquer des thromboses dans de très rares cas. © Feydzhet Shabanov, Adobe Stock
Santé

AstraZeneca : un excipient du vaccin serait-il à l'origine des thromboses ?

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Un conservateur, présent en grande quantité dans le vaccin AstraZeneca, pourrait entraîner la réaction auto-immune observée dans les cas de thromboses atypiques chez quelques rares patients. Mais l'adénovirus servant de vecteur viral est lui-même mis en cause.

Le vaccin AstraZeneca est soupçonné d'être à l'origine de graves thromboses dans de très rares cas. Mais on ne sait pas encore vraiment ce qui cause ces accidents atypiques. « De ce que l'on sait aujourd'hui, les patients feraient une réponse auto-immune contre un facteur plaquettaire appelé PF4. Il y aurait une agrégation de plaquettes au niveau des capillaires, notamment cérébraux, qui provoquerait ces thromboses atypiques », rapporte Pascal Fender, directeur de l'équipe Adénovirus du CNRS, dans l’Usine Nouvelle.

Ce qui amène à soupçonner les adénovirus, qui servent de vecteur viral dans les vaccins AstraZeneca et Janssen. « Les adénovirus transportent un gène sous forme d'ADN qui, d'un point de vue chimique, est très proche de l'héparine », poursuit Pascal Fender. Or, l'héparine est connue pour se coller sur le facteur plaquettaire PF4 qui va alors être perçu comme un corps étranger et déclencher la réaction auto-immune.

L’EDTA, un conservateur connu pour augmenter la perméabilité des vaisseaux sanguins

Sauf que d'autres vaccins à adénovirus, comme celui d'Ebola, ne semblent pas provoquer de tels effets. Du coup, une équipe de chercheurs de l'université de médecine de Greifswald en Allemagne, a trouvé une nouvelle hypothèse, exposée dans un article en prépublication sur Research Square.

La réaction auto-immune ne serait pas due à l'adénovirus lui-même, mais à un excipient nommé acide éthylènediaminetétraacétique (EDTA). Ce dernier, utilisé comme conservateur dans certains vaccins, est connu pour rendre les vaisseaux sanguins un peu moins étanches, atteste Andreas Greinacher, principal auteur de l'étude. Or, il semble que le vaccin AstraZeneca contienne des quantités beaucoup plus élevées de cet ingrédient que d'autres vaccins, relate le spécialiste. Les chercheurs ont également trouvé dans le vaccin des doses importantes de protéines de cellules humaines, probablement issues de la lignée cellulaire humaine utilisée pour fabriquer le virus.

Les particules PF4 sécrétées par les thrombocytes (en vert) se lient avec l’adénovirus (rose) pour former des complexes qui peuvent déclencher une réaction auto-immune. © Andreas Greinacher et al., Research Square, 2021

Ces deux facteurs combinés se cumuleraient pour entraîner les thromboses. L'augmentation de la perméabilité des vaisseaux induite par l'EDTA favorise la dissémination des protéines dans le sang. « Toutes les protéines résiduelles sont susceptibles de rencontrer des plaquettes [thrombocytes] dans la circulation sanguine du receveur, avec lesquelles elles vont former des complexes en présence de facteur PF4 », décrit Andreas Greinacher. Chez une infime minorité de personnes, ces complexes PF4 associés à une forte inflammation déclenchée par le vaccin pourraient déclencher la réaction auto-immune.

La faute à pas de chance ?

L'hypothèse ne convainc cependant pas tout le monde. D'abord, d'autres vaccins contiennent des résidus cellulaires et on ne sait pas si celui d'AstraZeneca en contient plus ou moins. De plus, le vaccin Janssen ne contient pas d'EDTA, et semble pourtant lui aussi être à l'origine de rares cas de thrombose. « L'adénovirus lui-même, administré en grandes quantités, est probablement suffisant en lui-même pour provoquer une réponse inflammatoire », juge ainsi Gowthami Arepally, hématologue à l'École de médecine de l'Université Duke qui travaille comme consultant externe pour AstraZeneca sur la question. « Quelques personnes malchanceuses ont simplement des niveaux plus élevés de PF4 pour une raison inconnue et c'est pourquoi elles forment ces complexes lorsqu'elles reçoivent le vaccin ».

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