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Les statines ne sont pas des médicaments selon Philippe Even

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Après la sortie de son livre censé faire La vérité sur le cholestérol, Philippe Even a fait enfler la polémique sur l'utilité des statines chez certains patients atteints d'hypercholestérolémie. Les cardiologues l'ont sévèrement taclé, et nous leur avons laissé la parole. Maintenant, Futura-Sciences permet au médecin et biochimiste de défendre sa position

Pour Philippe Even, les statines ne devraient même pas être considérées comme des médicaments. Les effets secondaires indésirables qu'elles causent, très rarement mortels, poussent 10 % des patients à arrêter le traitement. Le médecin juge également qu'elles sont inutiles dans 90 % des cas, et éventuellement intéressantes chez les 10 % restants. © Sirer, StockFreeImages.com

Il sera difficile de les mettre d'accord. Après la sortie en février 2013 du livre La vérité sur le cholestérol du professeur Philippe Even, le monde de la cardiologie s'est soulevé contre cet ouvrage que certains, comme Pierre Sabouret, taxent de révisionniste. Les critiques fusent de part et d'autre.

Pour Futura-Sciences, l'auteur de ces écrits polémiques explique comment il est parvenu à des conclusions tout à fait différentes des cardiologues en s'aidant de nombreuses publications scientifiques. Il dénonce aussi la façon dont les grands laboratoires pharmaceutiques auraient agi pour s'enrichir à l'aide des statines, des médicaments prescrits aux patients à fort risque cardiovasculaire.

Futura-Sciences : Pourquoi vous êtes-vous attaqué aux statines, alors que la très grande majorité du monde scientifique voit ces traitements comme une avancée incontestable dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires ?

Philippe Even : Avant toute chose, je tiens à préciser que je n'ai pas, et que je n'ai jamais eu un quelconque lien ou intérêt avec l'industrie pharmaceutique. Maintenant, je peux répondre à votre question. Pourquoi les statines et le cholestérol ? Car à mes yeux, ils sont l'archétype de toutes les plus grandes dérives de l'industrie pharmaceutique et des médecins.

Parlons chiffres. Les statines représentent 18 milliards de dollars par an, un marché en perte de régime depuis deux ou trois ans et l'arrivée des génériques. À une époque, elles rapportaient 25 milliards de dollars par an. Cependant, elles sont toujours plus rentables que les anticancéreux, les antibiotiques ou les antidépresseurs, et figurent au premier rang dans la consommation des médicaments et des dépenses de santé dans le monde. Le chiffre d'affaires annuel pourrait descendre à 10 ou 12 milliards de dollars dans un futur pas trop éloigné.

Là où c'est problématique, c'est qu'en France, 5 millions de personnes sont traitées par des statines, contre 25 millions aux États-Unis. En ce qui concerne la proportion de la population concernée, les chiffres sont identiques. Pourtant, les Américains sont trois fois plus touchés par les maladies cardiovasculaires que les Français. Idem pour les Britanniques, qui sont également trois fois plus atteints que nous, et pourtant ils sont deux fois moins nombreux à en bénéficier. Il y a comme une incohérence en France, dans la prescription de statines. Et quand on voit ce que cela coûte chaque année avec les tests complémentaires réalisés en parallèle, il y a de quoi se poser des questions...

Pour Philippe Even, le cholestérol (dont on peut voir la configuration) compte parmi les 20 molécules les plus importantes du corps humain, tant il exerce des fonctions cruciales dans nos organismes. Vouloir le réduire à tout prix pourrait avoir des conséquences sur notre santé. © RedAndr, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Vous réfutez dans votre livre un concept bien admis par une très large majorité de la communauté scientifique, à savoir qu'il existe un lien entre le cholestérol et les maladies cardiovasculaires.

Philippe Even : Ce que j'affirme est fondé sur 800 références scientifiques, que j'ai toutes lues, annotées et analysées. J'attends un débat et la confrontation avec mes contradicteurs pour savoir sur quels éléments ils se basent pour avancer leurs arguments. Dès les années 1985-1990, des articles scientifiques pointaient du doigt cette absence de lien. Depuis 2005 que le dogme est bien établi, il n'y a plus de publications sur le sujet.

Pourtant, les chiffres dont je dispose montrent aussi qu'il n'y a aucun rapport entre le taux de cholestérol et la mortalité cardiaque, contrairement à ce qu'avancent les cardiologues. Il n'existe que cinq ou six grandes analyses épidémiologiques, concernant plus de 100.000 personnes, qui se sont intéressées au sujet. Toutes leurs conclusions convergent dans le même sens : entre 1,5 et 2,7 g de cholestérol/l de sang, on ne voit aucun rapport entre les deux événements. En revanche, une mortalité cardiaque plus importante apparaît au-delà de 2,7 g/l. Mais rien ne nous permet d'établir que le cholestérol est la cause, c'est peut-être juste une corrélation, comme le fait que les risques de mortalité s'accroissent au fur et à mesure que l'on gagne des cheveux blancs ou des rides.

Les recommandations dans tous les pays occidentaux sont pourtant assez semblables…

Philippe Even : C'est parce que les laboratoires pharmaceutiques sont intervenus et ont mis leur nez dans cette histoire. Il y a eu des trucages flagrants dans les courbes, amenant les scientifiques à dire qu'il existait une relation linéaire et étroite entre le cholestérol et la mortalité. Ainsi est née la règle du « the lower the better » (moins on en a, mieux c'est). En un an, la consommation des statines a été multipliée par quatre.

C'était la position officielle aux États-Unis depuis 2004. Mais de nouvelles recommandations de la FDA (Food and Drug Administration) vont sortir en juin prochain, et récemment on a pu lire ce qu'on y trouvera. On devrait assister à une marche arrière en ce qui concerne les statines et le mythe du « the lower the better » devrait être abandonné. Il est probable que les autres pays suivent le mouvement et viennent à présenter des recommandations bien plus souples.

Vous parlez donc de manipulations des résultats ?

Philippe Even : Sur la trentaine de publications tentant d'établir l'efficacité des statines en prévention de la mortalité cardiovasculaire, seules quatre ont montré un léger effet positif. Toutes les autres concluent à l'inefficacité de ces médicaments. Pourtant, à lire les titres des articles ou le nom des essais (l'un d'eux s'appelle « l'essai Miracle »), on aurait l'impression que les statines sont utiles.

La palme revient quand même à un article dont la conclusion est en substance la suivante : « Bien que nos résultats ne soient pas significatifs, l'utilisation des statines dans la prévention de la mortalité cardiaque doit être appliquée à l'ensemble des sujets à risque ». Les chiffres sont négatifs, les résultats montrent que les médicaments ne sont pas adaptés, mais il faut quand même les prescrire. Cela n'a rien de très scientifique et ressemble davantage à de l'incantation religieuse...

Selon Philippe Even, la plupart des études qui tendent à prouver l'efficacité des statines sont payées par les laboratoires pharmaceutiques, et les résultats sont trafiqués ou du moins tronqués. Car « malgré des chiffres qui ne valident pas l'intérêt thérapeutique de ces molécules, les conclusions invitent à en prescrire au plus grand nombre », explique le médecin. © Panthro, Wikipédia, cc by sa 3.0

Le problème, c'est que bon nombre de cardiologues vont alors se référer à ces études sans les avoir réellement lues en profondeur, mais en ayant juste survolé le contenu et ne retenant ainsi que des conclusions bien souvent erronées et en désaccord avec les chiffres.

De la même façon, ces mêmes spécialistes crient haut et fort que les statines font régresser les plaques d’athérome qui bouchent les vaisseaux sanguins. Il existe une quinzaine d'essais qui ont tenté de le mesurer. Là encore, en lisant les titres, le doute n'est pas permis, les statines paraissent formidablement efficaces. Quand on regarde les chiffres, on est effaré. Certes, on peut effectivement parler de régression. Mais celle-ci est de l'ordre de 10 µm, dans une artère de 2 à 3 mm de diamètre. Autrement dit, c'est dérisoire, et cela ne change rien au flux sanguin dans le vaisseau. C'est de la poudre aux yeux.

Vos contradicteurs vous accusent de n’avoir jamais rien publié sur les statines.

Philippe Even : Certes, cette affirmation est vraie. Mais qu'ils disent ce qu'ils ont fait sur le sujet. Aucune statine n'a été découverte en France, et parmi la soixantaine d'essais cliniques sur ces molécules, aucun n'a été dirigé par un Français. En tout, 650 chercheurs du monde entier y ont participé, et seulement 6 étaient Français.

Certains peuvent bien se vanter d'avoir réalisé des méta-analyses, ces études qui regroupent et tentent d'analyser différents articles scientifiques qui, isolément, n'ont aucune signification statistique. Seulement, chaque essai a sa particularité : les âges, les sexes ou les maladies associées peuvent différer. Ainsi, il est malhonnête d'un point de vue scientifique de les mélanger. Pourtant, on en arrive à des conclusions statistiquement significatives et on continue d'encenser les statines.

Parmi les autres reproches que l'on vous adresse, on vous accuse de détourner certains patients sous statines de leur traitement, ce qui s'avérerait mortel selon certaines études.

Philippe Even : Cette accusation me fait doucement rigoler. Il faut savoir qu'il existe différents types de médicaments. Certains, les antibiotiques par exemple, ont une efficacité immédiate, mais brève. C'est le genre de traitement qu'il faut poursuivre jusqu'au bout, sinon leur effet s'arrête subitement.

Puis il existe ceux qui agissent à long terme, en prévention. C'est la catégorie à laquelle appartiennent les statines. On les prescrit pour éviter un accident cardiovasculaire qui se produira dans 5 ans, 10 ans ou 20 ans. Stopper le traitement du jour au lendemain ne tuera jamais personne dans l'heure ou les jours qui suivent.

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