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Leucémie : une piste pour contrer les tumeurs

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Pour analyser les leucémies, des chercheurs ont eu l'idée ingénieuse de comparer le génome de deux sœurs jumelles, dont l'une était touchée par cette maladie. Leurs travaux les ont conduits vers l'identification d'une protéine cruciale au développement de certains cancers du sang.

La leucémie aiguë myéloblastique est une maladie qui peut survenir à tout âge, mais seulement 25 % des cas sont diagnostiqués avant 25 ans. C’est surtout après 40 ans que la fréquence de la maladie augmente, l’âge moyen au moment du diagnostic étant de 65 ans. © Jan Charles Linus Ekenstam, Flickr, cc by nc sa 2.0

Fluide indispensable à la vie, le sang transporte les globules rouges, les cellules immunitaires et les nutriments nécessaires au bon fonctionnement du corps. Malheureusement, comme tout élément de l'organisme, ce fluide essentiel peut aussi tomber malade. Les cancers du sang, plus connus sous le terme de leucémies, affectent les cellules de la moelle osseuse à l'origine de toutes les cellules du sang, à savoir les lymphocytes, ou lignée lymphoïde, et les autres globules rouges et blancs, la lignée myéloïde. Ces pathologies sont généralement très graves, car elles touchent à des cellules cruciales pour l'organisme.

Différents traitements, comme la chimiothérapie, la radiothérapie, la greffe de moelle osseuse et la thérapie génique existent pour soigner les leucémies. Cependant, ces traitements sont très lourds et s'accompagnent souvent d'effets secondaires indésirables. Les chercheurs continuent donc à travailler avec ardeur pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques afin de venir à bout de ces maladies pernicieuses. Des scientifiques chinois et états-uniens viennent de faire un pas en avant dans ce sens. Leur étude, publiée dans la revue Nature Genetics, a conduit à l'identification d'un nouveau suppresseur de tumeurs et ouvre la voie vers de nouveaux traitements.

Chez les jumeaux homozygotes, les génomes sont similaires... sauf en cas de mutation. Si une maladie d'origine génétique se déclare chez l'un et pas chez l'autre, la comparaison des séquences de gènes peut permettre de localiser la mutation fautive. C'est l'idée de cette étude. © Shawn Welling, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Pour parvenir à cette découverte, les chercheurs ont comparé le génome des cellules souches du sang de deux sœurs jumelles monozygotes dont l'une était atteinte d'une forme très sévère de leucémie aiguë myéloblastique (LAM), un cancer de la lignée myéloïde des leucocytes« En analysant les séquences génétiques de ces deux sœurs, nous espérions découvrir de nouveaux éléments génétiques participant au développement de la leucémie », expliquent les chercheurs. Ils avaient vu juste. Grâce à cette approche, ils ont pu identifier la présence de deux mutations dans le gène SETD2 chez la sœur malade. Les chercheurs ont alors analysé des échantillons sanguins provenant de 241 personnes atteintes de leucémie et ont montré que 6,2 % d'entre eux présentaient aussi des mutations dans SETD2.

La leucémie mis à nu grâce au génome de deux sœurs jumelles

En étudiant le rôle du gène SETD2, les chercheurs ont montré qu'il participait effectivement au développement de la leucémie. Dans les cellules saines, la protéine SETD2 aide une autre protéine, H3K36me3, à se positionner sur l'ADN pour favoriser la transcription des gènes. Cependant, lorsque SETD2 fonctionne mal, la transcription est anormale ce qui peut conduire à des aberrations génétiques.

Mais le rôle de SETD2 ne s'arrête pas là. Les auteurs ont également découvert que cette protéine régulait l'expression de deux gènes, MTOR et JAK-STAT, bien connus pour leur rôle dans le développement de la leucémie. Lorsque SETD2 est mutée, ces deux gènes s'activent, ce qui induit le développement anormal et accéléré des cellules. Ainsi, cette protéine fonctionne comme un suppresseur de tumeurs qui améliore la transcription du génome et empêche les cellules de se multiplier à outrance : si elle fonctionne mal, le cancer peut s'installer.

Pour finir, les chercheurs ont testé l'effet d'inhibiteurs de MTOR sur le devenir de cellules mutées dans le gène SETD2. Ce traitement a eu l'effet escompté puisque la croissance des cellules s'est considérablement réduite. Dans le futur, les chercheurs souhaitent analyser le mécanisme mis en jeu plus en détail et espèrent à terme développer des médicaments pour limiter le développement des cellules cancéreuses dans le sang.

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