Une collection de virus A(H1N1). Seule une analyse génétique peut révéler de quelle souche il s'agit. © Centers for Disease Control and Prevention

Santé

Grippe A : les médecins pourront vacciner

ActualitéClassé sous :médecine , épidémie grippale , fermeture d'école

La progression de l'épidémie grippale s'accélère et, concrètement, commence à se traduire par des fermetures d'écoles. Devant les mauvais débuts de la campagne de vaccination, le ministère de la Santé s'apprête à mobiliser les médecins généralistes. L'occasion de faire le point et de préciser pourquoi il ne faut pas confondre les grippes saisonnière et pandémique.

Une soixantaine d'écoles fermées, soit plus de 120 classes, 1,5 million de personnes affectées selon l'Institut de veille sanitaire : les chiffres de grippe A(H1N1) commencent à grimper, annonçant une deuxième vague de la progression de l'épidémie en France, qui semble plus active dans le sud du pays.

Il est vrai que le critère choisi pour la fermeture d'un établissement scolaire est sévère. La décision revient au préfet qui peut prendre cette mesure, pour une classe ou l'école entière, quand trois cas de grippe A avérés surviennent en une semaine dans une même classe ou dans plusieurs si elles ont des activités communes (les repas à la cantine suffisent).

Devant le peu d'enthousiasme de la population face à la campagne de vaccination (destinée aux personnes prioritaires, dont les femmes enceintes), le gouvernement va sans doute en appeler aux médecins généralistes jusque-là exclus du dispositif. Le ministère avait vu grand en organisant l'opération dans des lieux publics, gymnases, salles des fêtes, mairies... Mais les Français ne se précipitent pas dans les 1.060 centres ainsi créés.

Plusieurs syndicats de médecins affirmaient avec insistance que l'efficacité de la campagne serait meilleure s'il était possible de vacciner dans les hôpitaux ou les cabinets des généralistes. Le message semble avoir été entendu puisque Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, a affirmé hier devant les députés de l'Assemblée nationale qu'elle était désormais d'accord sur le principe. Le seul écueil est technique. Les doses achetées par le gouvernement français sont livrées en flacons contenant de quoi vacciner dix personnes et qui, une fois entamés, doivent être utilisés dans les 24 heures.

Le vaccin contre la grippe saisonnière ne protège pas contre la grippe pandémique

Cette solution permettra aussi aux médecins d'informer leurs patients et notamment de contrer cette confusion entre la grippe saisonnière et la grippe pandémique. Comme il est indiqué sur les emballages, le vaccin contre la grippe habituelle est dirigé contre trois virus, dont le A(H1N1). Or, ce A(H1N1) n'est pas celui de la grippe dite A(H1N1), celui de l'épidémie mondiale, bien qu'il porte le même nom. C'est qu'un virus est un être étrange, très différent d'un animal ou d'un végétal et même d'une bactérie. Celui de la grippe présente des variations génétiques importantes d'un endroit à l'autre et d'une épidémie à l'autre. On en distingue trois familles, notées A, B et C. Les virus A sont les plus virulents et passent de l'homme à l'animal. Les B et C sont propres à l'homme, les C ne provoquant que les symptômes bénins d'un rhume.

Pour les caractériser un peu mieux, les biologistes mettent en évidence des protéines présentes sur la capsule du virus, et donc accessibles à une réaction chimique simple. Le H désigne l'hémagglutinine et le N la neuraminidase. On connaît de nombreuses formes de ces molécules (16 hémagglutinines et 9 neuraminidases), que l'on numérote.

Pour autant, deux virus A(H1N1) peuvent contenir des ADN différents. C'est bien le cas pour celui de la grippe saisonnière et celui responsable de l'épidémie actuelle. Les médecins parlent d'ailleurs de souches. Ces deux petits êtres ont sûrement un ancêtre commun mais ont divergé au fil des mutations, fréquentes chez les virus de la grippe, mais aussi des recombinaisons. La souche pandémique actuelle, appelée A/California/04/2009(H1N1), résulte de recombinaisons entre des virus humains et des formes présentes chez les oiseaux et chez les porcs. On le dit d'ailleurs « triple réassortant » et, en l'occurrence, cette combinaison n'avait jamais été observée auparavant.

Le résultat est que le vaccin contre la grippe classique ne protège pas contre l'épidémie actuelle. Une seule étude, réalisée au Mexique, a montré une protection très partielle. Pour que tout soit clair, il faudrait parler de virus A(H1N1) saisonnier et de virus A(H1N1) pandémique. La sérénité d'un cabinet médical est probablement plus adaptée à ce genre d'explication qu'un gymnase...

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