Santé

Fukushima : les cellules souches des travailleurs du nucléaire seront-elles stockées ?

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Les ouvriers de la centrale nucléaire de Fukushima sont exposés quotidiennement au risque d'irradiation. Des cancérologues japonais ont alors proposé de prélever les cellules souches de chacun des ouvriers afin de pouvoir réaliser, si nécessaire, des greffes de moelle osseuse pour les guérir des conséquences d'une forte exposition.

Les personnes irradiées peuvent être soignées grâce à des autogreffes de moelle osseuse. © DR

La situation à Fukushima est bien plus préoccupante que ce que laissaient supposer les autorités japonaises quelques jours après le tsunami. Les rejets radioactifs dans l’environnement sont si importants que l'on compare désormais cette catastrophe à celle de la centrale nucléaire de Tchernobyl, deux accidents considérés comme « majeurs » et classés au niveau maximal de l'échelle INES (International Nuclear Event Scale) de classement des incidents et accidents nucléaires, c'est-à-dire au niveau 7. 

La société Tepco, responsable de la gestion de la centrale accidentée, a d'ailleurs annoncé une feuille de route de longue durée. Trois mois seront nécessaires pour commencer à faire baisser le niveau de radiations et jusqu'à six voire neuf mois pour refroidir définitivement les réacteurs nucléaires. C'est donc un danger constant pour la population locale, qui a été exclue d'un rayon de plus de 20 kilomètres de la centrale nucléaire, mais aussi et surtout pour les techniciens qui y travaillent.

Prévoir la survie des techniciens du nucléaire

Des centaines d'hommes ont déjà été exposés aux radiations et aux contaminations (dans les limites des 250 millisieverts autorisés par homme et par an), et malgré les précautions prises, quelques-uns d'entre eux ont reçu accidentellement des doses plus importantes. Si pour ces hommes, les conséquences semblent avoir été limitées, le risque n'est pas nul de voir un nouvel accident se produire.

Une forte irradiation peut malheureusement causer de graves dommages, et notamment détruire les cellules de la moelle osseuse. Cinq cancérologues japonais, alertés par le risque encouru par les ouvriers, ont publié un article dans la revue The Lancet dans le but de promouvoir le prélèvement et le stockage des cellules souches des travailleurs du nucléaire.

La situation au Japon ne s'améliore pas et il faudra encore beaucoup de temps pour refroidir les réacteurs. Ici, la situation au 17 avril. © Idé

La moelle osseuse vulnérable aux radiations

Car ce sont les cellules en division qui sont en général le plus vulnérables aux fortes radiations (supérieures à 2 grays), comme les cellules hématopoïétiques (les cellules souches contenues dans la moelle osseuse et qui donnent naissance à toutes les cellules sanguines). Une greffe de cellules hématopoïétiques peut alors permettre de reconstituer leur moelle osseuse affectée par la radioactivité.

Malheureusement, les compatibilités sont rares, ce qui nécessite du temps pour la recherche de donneurs, et ne sont malgré tout jamais parfaites. Pour éviter les dangereux phénomènes de rejet et leurs conséquences (prise de médicaments immunosuppresseur, augmentation des risques d'infection...), les techniques actuelles permettent de réaliser des autogreffes (de soi à soi) de moelle osseuse, à partir de ses propres cellules souches isolées du sang qui ne seront donc pas attaquées par le système immunitaire

Un projet finalement inutile ?

Techniquement, la multiplication des cellules souches de la moelle est d'abord activée par un traitement médical à base de facteurs de croissance, puis elles sont isolées du sang total par cytaphérèse (filtration du sang grâce à un séparateur de cellule). Après centrifugation du sang, seule la couche cellulaire (entourée du plasma au-dessus et des globules rouges en dessous) est prélevée et conservée avant de réinjecter les autres constituants du sang au patient. Couramment utilisée dans le cadre des dons de plaquettes ou de plasma, cette technique est beaucoup moins lourde qu'un don de moelle osseuse qui nécessite anesthésie et hospitalisation.

Elle aurait donc beaucoup d'avantages, en permettant non seulement de sauver dans l'urgence des hommes gravement irradiés, mais aussi de soigner plus tard des potentielles leucémies développées suite à l'exposition chronique à de faibles doses de radiations.

Mais selon le journal Science, certains experts pensent que cette opération de stockage des cellules souches ne sera que peu utile étant donné que les greffés seront vraisemblablement rares : la greffe n'est requise que lors de graves irradiations (sinon la moelle se rétablit toute seule), mais si l'irradiation est trop forte, elle peut aussi affecter d'autres organes que l'on ne peut alors pas sauver de cette façon.

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