Le numérique joue un rôle déterminant dans l’évolution des modèles de santé. © Geralt, Pixabay, DP
Santé

Être responsable de sa santé : un trop grand défi ? par Joël de Rosnay

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Nous vivons une transition de notre modèle de santé. Le système tel qu'il était conçu dans les années 1950 ne fonctionne plus. Mais il existe des moyens de sortir de l'impasse.

Nous sommes face à de grands changements. Le premier concerne ce que l'on pourrait appeler « le patient éclairé » ou « augmenté », le second s'attache aux nouvelles technologies de la santé, à la santé connectée ou e-santé, et le troisième à l'épigénétique, la science qui démontre comment le comportement humain agit sur l'expression des gènes. Ces trois éléments créent une possibilité nouvelle de prévention mesurable et de responsabilisation des gens face à leur santé, ce que commence à comprendre l'industrie pharmaceutique.

Les patients éclairés sont des personnes de plus en plus connectées sur les réseaux sociaux et qui peuvent aller chercher des informations concernant leur santé sur les moteurs de recherche. Ils discutent ensemble, échangent et sont de plus en plus informés et concernés. De nombreux médecins assurent aujourd'hui qu'ils apprécient avoir affaire à des patients qui leur posent les bonnes questions, même s'ils peuvent aller jusqu'à contredire leurs ordonnances. Le numérique joue un rôle déterminant dans l'évolution des modèles de santé. Les applications santé disponibles sur les smartphones se multiplient aujourd'hui de façon exponentielle. Les outils sont non seulement portables mais mettables. Comme des montres, par exemple, qui mesurent un certain nombre de paramètres sur la peau, permettant de visualiser les résultats ou les alertes sur un tableau de bord santé personnalisé, l'écran de son smartphone par exemple, résultats que l'on pourra d'ailleurs envoyer à son médecin.

Montre connectée utile pour le sport, la santé... © fancycrave1, pixabay, DP

Vers de nouveaux modèles de santé par abonnements ? 

Nos comportements vont changer et surtout la relation avec notre médecin. Ce dernier va devenir de plus en plus un « conseiller de vie » et pas seulement un prescripteur de médicaments par ordonnance.

En effet, pour se maintenir en bonne santé, cinq comportements sont à respecter : l'exercice, la nutrition, la gestion du stress, le plaisir, l'harmonie sociale et professionnelle. Ces cinq comportements influencent l'expression de nos gènes et font que certains ralentissent, s'inhibent, ou s'expriment encore plus. Nous pouvons en quelque sorte devenir les chefs d'orchestre de notre propre corps, le maintenir en bonne santé et freiner le vieillissement. La prévention n'est pas la privation, c'est un plaisir que de se faire du bien !

L'industrie pharmaceutique a déjà pris conscience de cette évolution. Certaines entreprises de la « Big Pharma » évoluent déjà vers des programmes de maintenance de la santé. Encore aujourd'hui, ces entreprises vivent sur les marges réalisées par les ventes en pharmacie de médicaments prescrits par des médecins et remboursés par l'assurance maladie. Pourtant on commence à voir que des groupes pharmaceutiques s'associent à des entreprises d'assurances et proposent des « pharmassurances » : c'est-à-dire des abonnements à des programmes permettant d'assurer une bonne santé. C'est ce que j'appelle le programme de maintenance de la santé ou en abrégé PMS.

De cette manière certains estiment que l'industrie pharmaceutique réalisera plus de bénéfices par des abonnements que par des marges réalisées sur les médicaments vendus en pharmacie. D'ailleurs on peut vérifier sur Internet que les entreprises qui ont le plus de succès sont celles qui ont de nombreux clients abonnés à leur service et à leurs produits. Qu'il s'agisse de musique, d'abonnement à des systèmes de production d'énergies renouvelable, de transports, ou de logements.

C'est dans ces nouveaux modèles de santé, éventuellement par abonnements, qu'intervient ce que l'on appelle la médecine 4P, ce qui signifie : médecine Personnalisée, Prédictive, Préventive, et Participative. Il s'agit non pas seulement de guérir quand on est malade, mais surtout de ne pas tomber malade.

Mais ces nouvelles pratiques risquent de créer une forme « d'ubérisation » de la santé. Des entreprises ont créé la désintermédiation des structures traditionnelles en offrant des services et des produits plus personnalisés, de manière plus rapide, face à des systèmes trop lourds, trop chers, trop complexes. Grâce au numérique, on peut rapprocher offre et demande. Ces entreprises de désintermédiation, comme les GAFA, sont des disrupteurs qui inversent le modèle classique et traditionnel que nous connaissions. En santé aussi. Ce risque existe.

Le médecin de demain pourra être assisté par des outils du numérique ou de l'IA. © Elnur, Adobe Stock

Une médecine prédictive grâce à l'IA

Avec l'intelligence artificielle (IA), que je préfère désormais appeler intelligence auxiliaire, on peut augmenter l'intelligence humaine. Aucun médecin ne peut lire et assimiler toutes les revues scientifiques, toutes les études, propres à soigner une pathologie. En revanche, qui peut corréler toutes les informations déjà publiées pour faire des prédictions ou améliorer les diagnostics ? Watson, le programme d'intelligence artificielle conçu par IBM, le fait en quelques minutes. Google développe un programme d'assistance à l'utilisation de l'IA, Kubeflow. Le médecin de demain pourra être assisté par des outils du numérique ou de l'IA, pour consacrer plus de temps à ses patients. Déjà beaucoup l'expérimentent, puisqu'on peut télécharger Watson sur son smartphone.

La question la plus importante pour le futur est le rôle que joueront les individus dans la prévention de leur santé, grâce à une connaissance améliorée des principes fondamentaux de la nutrition, de la lutte contre les polluants que l'on s'inflige comme la cigarette, ou qui sont présents dans l'environnement. Les ministères de la santé de nombreux pays réalisent aujourd'hui que les plus importantes économies sur le système d'assurance santé seront faites grâce à la participation des gens à l'amélioration de leur capitale santé et à l'investissement permanent dans ce capital grâce aux règles fondamentales du bien vivre que sont la nutrition, l'exercice, ou le management du stress. D'où l'importance de l'éducation et surtout de la coéducation dans les familles et dans les écoles pour faire comprendre aux plus jeunes les bases fondamentales d'une nutrition équilibrée et d'un réinvestissement permanent dans son capital santé.

On voit déjà que les grands magazines, en plus des revues spécialisées, et même les quotidiens consacrent des espaces de plus en plus importants à l'explication de ces principes fondamentaux de la nutrition équilibrée et de l'exercice modéré. Ces tendances ne feront que se renforcer dans l'avenir compte tenu des enjeux économiques représentés par des systèmes de soins dans le monde et la transition vers des modèles plus économiques et plus démocratiques.

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