Santé

Quand les guêpes apprivoisent un virus...

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Certaines guêpes de la famille des braconides pondent leurs œufs dans le corps de chenilles vivantes. Pour éviter le rejet de leur future progéniture par l'organisme hôte, ces insectes accompagnent leur cadeau d'un immunodépresseur d'un genre très particulier, après en avoir façonné le génome par manipulation génétique...

Un exemple de braconide. Source Commons

La vaste famille des braconides se divise en 45 sous-familles renfermant environ 40.000 espèces distinctes, en plus de celles qui restent à découvrir. Nombre de ces hyménoptères pratiquent le parasitisme, pondant leurs œufs au moyen d'une tarière à l'intérieur du corps de larves de lépidoptères.

Cependant, ces chenilles hôtes sont pourvues d'un système de défense universel, que l'on retrouve dans beaucoup d'organismes : les corps étrangers se retrouvent encapsulés, enkystés au milieu d'une gangue de cellules immunitaires et réduits à l'impuissance.

Au fil de sélections naturelles, la Nature a pourtant trouvé la parade : lorsque la guêpe introduit ses œufs, elle injecte simultanément des particules induisant une immunosuppression et garantissant la tranquillité de la larve. La composition de ces particules restait hypothétique et de récents travaux avaient suggéré puis remis en question une nature virale. Car en effet, le séquençage de leur ADN démontrait l'absence du dispositif nécessaire à leur réplication, commun à tous les virus.

Des virus apprivoisés !

Une équipe de scientifiques de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (CNRS/Université François-Rabelais Tours), en collaboration avec un laboratoire de l'université de Berne et le Genoscope d'Evry, vient de lever le voile : il s'agit bien de nudivirus (virus propres aux insectes), rendus inoffensifs pour la guêpe.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont identifié, dans le génome des braconides, le gène codant pour ces particules virales pour s'apercevoir qu'il s'agit d'un virus capturé par l'animal voici 100 millions d’années. Plus de vingt gènes au total, codant pour des composants caractéristiques des nudivirus, s'expriment au total dans les ovaires de différentes familles de la guêpe.

Au cours de ces millions d'années d'évolution, l'ancêtre de l'insecte a donc intégré dans son propre génome celui d'un nudivirus. Il lui a enlevé la partie nuisible, dont celle assurant sa réplication, ne lui permettant plus que de produire des particules virales ne contenant que des gènes de virulence. Introduits dans le corps de l'hôte parasité, ceux-ci en détournent les moyens de défense qui oublient alors de s'attaquer aux œufs.

Ces résultats inattendus, publiés dans la revue Science, permettent d'envisager la conception d'une nouvelle famille de vecteurs de transfert de gènes en thérapie génique. Les virus domestiqués par les guêpes s'avèrent capables de transférer d'importantes quantités de matériel génétique (plus de 150 gènes à la fois). Comprendre ce processus ouvrirait de nouveaux horizons dans la conception de nouveaux vecteurs génétiques.

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