La pandémie de SARS-CoV-2 a débuté il y a plus d'un an. En France, un troisième confinement est actuellement en vigueur. © Corona Borealis, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : les conseils d'une psychologue pour se sentir mieux

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[EN VIDÉO] Tirons le meilleur du confinement  « Restez chez vous ! » C’est le mot d’ordre lancé par les autorités pour lutter contre la propagation du coronavirus responsable de la pandémie de Covid-19. Et nous sommes désormais des millions à vivre une situation inédite, celle du confinement. Pour nous en sortir au mieux, peut-être faut-il la vivre comme une expérience humaine de plus. 

Le confinement apporte son lot de souffrances. Solitude, incertitude, perte de repères... Autant de facteurs qui nous mettent en difficulté. Que se passe-t-il dans nos têtes ? Surtout, comment y faire face ?

14h30. 14h31. 14h32. Les journées sont longues. Ou trop rapides. Le confinement altère notre perception du temps. Nos habitudes sont bouleversées. Certaines personnes souffrent d'une solitude pesante. D'un ennui profond. D'un vide... Quelle heure est-il déjà ?

« Nous ne sommes pas tous égaux face aux risques psychologiques dus au confinement. Ils dépendent grandement de notre situation financière et sociale. Et de notre psychisme. » La psy révoltée œuvre anonymement sur Twitter pour aider les personnes « qui morflent ». Psychologue-clinicienne, elle observe plusieurs types de souffrance chez sa patientèle. 

Toc toc ! Y a quelqu'un ?

Sans surprise, les individus au caractère plus introverti ne subissent pas le confinement avec la même force que leurs homologues extravertis. « Ils montrent des carences affectives. Ils ont beaucoup de mal à trouver des ressources en eux-mêmes, car habituellement ils fonctionnent en binôme ou en groupe. Ce qui ne se fait plus avec l'autre n'a plus de saveur. »

La solitude cause deux sortes de souffrance : un manque d'interactions sociales, mais aussi un manque d'interactions tactiles. Charlotte Jacquemot est chercheuse en neuropsychologie à l'Inserm. Échanger, papoter... « Les interactions sociales sont très importantes pour notre bien-être, affirme-t-elle. Elles activent le circuit du plaisir et de la récompense dans le cerveau, et ça, nous en avons besoin pour vivre. Mais des études montrent que nous avons aussi besoin d'interactions tactiles. »

La peau est un organe sensoriel. « Un organe social. » Un contact amical ou amoureux est source de bonheur. Notre cerveau en est témoin. Son absence complète ? De chagrin. « Toutes les cultures utilisent le toucher. Certaines moins, mais c'est moins, le toucher reste présent. »

Se serrer la main, se prendre dans les bras... Toutes les cultures incluent, chacune à sa manière, le contact physique. © Chanintorn.v, Adobe Stock

De l'adolescence à nos 25 ans, cet isolement résonne différemment, puisque cette période est dédiée à l'exploration. « L'exploration de l'environnement et de ses intérêts propres est importante pour la construction de son identité », précise Marianne Habib. Chercheuse en psychologie, elle est spécialiste de l'adolescence. « À certains moments, le temps passé avec les pairs a été anéanti au profit du temps passé en famille [parfois vécu comme cœrcitif, ndlr]. Cette exploration qui ne se fait pas de la même façon peut diminuer le bien-être et la qualité de vie. » 

Face à cela, face à personne, nombre d'entre-nous se sont tournés vers les réseaux sociaux. Marianne Habib recommande de prêter attention à leur usage, qui peut contribuer à une mauvaise estime de soi. Le plus important étant de maintenir « des relations sociales bienveillantes ». 

Pourquoi ça fait si mal ?

Mais le meilleur conseil, appuie la psy révoltée, est de chercher l'origine de la souffrance. Lequel de nos besoins est mis à mal par le confinement ? Ou, lesquels ? « La psychologie n'a pas de recettes de cuisine. Le développement personnel oui, mais ce n'est pas de la psychologie. Ces recettes peuvent être culpabilisantes et vous mettre en échec. » À défaut de suivi psychologique, une dose d'introspection peut nous aiguiller. « Essayez de repérer les déclencheurs. Si vous faites des crises d'angoisse, à quel moment arrivent-elles ? Qu'est-ce qui a pu les déclencher ? Si vous souffrez de dépression, à quel moment est-ce... pire ? » 

En s'observant, nous pouvons déterminer ce qui est le plus difficile. Avant d'isoler les racines de cette difficulté, et de dénicher des conseils adaptés. « Mais si ça ne marche pas, ne culpabilisez pas. On est dans une situation inédite, qui se prolonge. Si vous n'arrivez pas à tenir un planning parfait, c'est tout à fait normal. Si vous sentez qu'un état dépressif prend le dessus, essayez de maintenir un rythme de base : se lever, prendre une douche, manger trois repas par jour... Des choses très basiques. »

Les activités manuelles sollicitent, dans le cerveau, le circuit de la réponse et procurent ainsi une sensation de bien-être. Cuisine, puzzles, couture, musique... « Une activité que l'on va pouvoir faire jusqu'au bout et maîtriser » sera bénéfique, explique Charlotte Jacquemot. Mais il ne doit pas s'agir d'un challenge trop dur à relever, sans quoi l'effet sera inverse. © utoi, Adobe Stock

La psy révoltée suit des personnes qui n'arrivent ni à se lever ni à s'habiller. Ces personnes-là, non plus, ne doivent pas culpabiliser. Lorsque nous ne ressentons plus aucune envie, « testons ». Sans se forcer, tester des activités pour découvrir ce qui nous plaît ou ne nous plaît pas. « Être à l'écoute de ses besoins : est-ce que je dois garder un rythme ? avoir des supports pour penser mes interrogations ? garder un lien ? » Tout en gardant en tête d'être indulgent envers soi-même.

L'information en boussole

Depuis le début de cette pandémie de coronavirus, un obstacle ne cesse de revenir : l'incertitude. « L'humain n'aime pas tellement l'incertitude », euphémise Charlotte Jacquemot. Une personne stresse moins si elle a des connaissances sur ce qu'il se passe ou sur ce qu'il va se passer. Des connaissances auxquelles se raccrocher.

« Le fait de mieux comprendre la situation nous soulage, explique la chercheuse en neuropsychologie. Par exemple, mieux comprendre comment le virus se propage, comment on peut se protéger... Quand on nous explique pourquoi on nous demande de faire ci ou ça, c'est beaucoup plus facile de réagir. » L'éducation et l'information sont des facteurs clés pour dompter le stress. Si ladite information est trop anxiogène, la psy révoltée favorise l'écrit à l'image, car « les images à la télé ont un potentiel traumatogène plus important que les textes écrits ».

Chez les lycéens, cette situation se répercute sur les choix d'orientation. Une partie d'entre eux indiquent « privilégier les filières en petits effectifs par rapport aux universités, parce qu'ils ont peur de ce qu'il peut se passer », souligne Marianne Habib. Sans visibilité sur un retour à la normale, ils s'adaptent. Dans une certaine limite.

La santé mentale, au même titre que la santé physique

Hotlines. Services d'aide. Consultations en psychiatrie et en psychologie. Pour les jeunes et les moins jeunes, tout est saturé. « Il existe des dispositifs pour accéder à des psychologues rapidement », rappelle la psy révoltée. Dans chaque ville disposant d'un hôpital public, est rattaché un centre médico-psychologique. Un CMP où le suivi psychologique est entièrement pris en charge par la sécurité sociale. 

Le délai entre la demande et le premier rendez-vous peut être long. Trop long. Mais « il peut y avoir rapidement un premier rendez-vous avec un infirmier, qui agira s'il vous sent en danger ». La psy révoltée évoque aussi les urgences, qui accueillent des psychologues de garde. Surtout, « il n'y a aucune honte à demander de l'aide ». Une douleur physique ne disparaît pas toujours toute seule. Une douleur psychique non plus. Les professionnels de santé sont là pour ces cas.

Sur le long terme, le stress et l'anxiété générés peuvent avoir des répercussions. « Tout va dépendre de la prise en charge », confirme Charlotte Jacquemot, qui se positionne « complètement » en faveur du remboursement des soins psychologiques. Certaines personnes subissent une dépression. D'autres, du stress post-traumatique. « Comme s'il y avait eu un accident ou un attentat. » 

14h53. 14h54. 14h55...

  • Si tu as des pensées suicidaires, ces mots sont pour toi. Ce que tu ressens n'est pas une fatalité, même si tu peux en avoir la ferme impression. Personne n'a le droit de te juger pour ce que tu vis. Sache seulement que ta vie importe. Des personnes savent comment t'aider à aller mieux. Le chemin sera peut-être long, mais ces personnes ont envie de t'y accompagner. Tu peux les joindre par téléphone, par chat ou par mail. Il existe plusieurs associations, en voici deux : SOS Suicide Phénix et SOS Amitié.
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