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Mise à jour sur le projet MOSE

Dossier - La sauvegarde de Venise
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Y-a-t-il des alternatives au projet Mose pour la sauvegarde de Venise ? L'équipe municipale qui administre la ville de Venise comprend une vaste coalition allant du centre-gauche à l'extrême gauche. Par contre, le gouvernement italien actuel (présidé par Silvio Berlusconi), de même que la région de Vénétie, sont soutenus par une coalition allant du centre-droit à l'extrême droite. Gouvernement et Région sont favorables au projet MOSE.

  
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Vers une révision tardive du projet MOSE ?

Les onze conditions posées par la ville de Venise pour l'acceptation du projet MOSE (cf. le dossier du 08/09/2003 : La sauvegarde de Venise) n'ont pas été suivies d'effets. Etant défavorable au projet, la mairie de Venise a alors proposé officiellement au gouvernement italien, en 2005, plusieurs projets alternatifs, qui ont tous été mis sur internet : (http://www2.comune.venezia.it/mose-doc-prg/) - 6. Proposte alternative di intervento alle bocche di porto. Ces divers projets, qui étaient tous expérimentaux, réversibles et graduels, conformément à une loi italienne pour Venise de 1984, prévoyaient des rétrécissements des passes et une diminution de leur profondeur, ce qui aurait permis, en accord avec les résultats de la modélisation mathématique, d'écrêter les marées extrêmes d'une vingtaine de centimètres. De ce fait, la fréquence des marées  >110 cm aurait nettement diminué, devenant comparable à celle des marées >130 cm, qui est très limitée.

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Ceci aurait été insuffisant dans le cas d'une élévation future du niveau de la mer dépassant une vingtaine de centimètres, mais aurait au moins permis d'éviter les inondations à un moindre coût pendant quelques décennies.

Les projets alternatifs prévoyaient aussi la possibilité d'une fermeture partielle ou totale des passes  par des bateaux-portes ou d'autres mécanismes, sans besoin d'énormes caissons en béton ni de dragages, ce qui aurait beaucoup diminué, par rapport au MOSE, les délais de construction, les impacts sur l'environnement et surtout le coût final du projet. 

Le gouvernement italien n'a pas répondu aux propositions de la mairie de Venise,  refusant d'examiner les projets alternatifs, sans donner d'explication, mais a poursuivi les travaux pour le MOSE.

Bien que la moitié des 4,2 milliards d'euro prévus pour le projet MOSE ait été déjà dépensée dans des travaux  préparatoires (essentiellement pour des digues et des dragages), il manque encore, en 2009, un projet d'exécution d'ensemble pour ce projet dont l'achèvement, initialement prévu pour 2012, a ensuite été reporté au mieux en 2014. En particulier, on n'a pas encore commencé la construction des caissons et des écluses métalliques. Un élément essentiel du projet, les charnières qui fixeront les écluses aux caissons, tout en réglant le débit de l'air comprimé, n'a, en 2009, toujours pas été expérimenté. Il ne le sera pas, d'après la presse, avant la fin de 2010. On peut se demander comment un projet d'une telle importance, mais conçu en fait dans l'improvisation et ne répondant pas aux conditions de gradualité et de réversibilité requises par la loi de 1984, a pu obtenir les autorisations administratives nécessaires en Italie et même, qui plus est, des crédits importants de la part de la Communauté Européenne.

La possibilité d'oscillations non uniformes des écluses face aux vagues, permettant la pénétration de quantités importantes d'eau de mer dans la lagune même à écluses fermées, avait été la principale critique adressée au projet (cf. le Dossier du 26/04/2002 : Le Gouvernement italien a-t-il approuvé un projet obsolète pour sauver Venise ?). A ces critiques, des partisans du MOSE avaient répondu que les écluses étaient conçues de manière à empêcher des oscillations importantes.

Très récemment une étude hydrodynamique, effectuée par la Société française Principia R.D. pour la mairie de Venise, a conclu que les écluses du MOSE deviendraient dynamiquement instables dans certaines conditions de houle (http://www2.comune.venezia.it/mose-doc-prg/ ) - 12. Studi e ricerche Sistema Mose. Plus en particulier, pour certaines conditions de houle qui ne sont pas rares dans la région, caractérisées des vagues de plus de 2,2 m de hauteur, la réponse des écluses serait chaotique avec une forte amplification dynamique des oscillations des écluses, ce qui ne permettrait pas de définir des paramètres fiables pour le projet.

Le résultat d'ensemble est que le projet MOSE se présente comme une construction inadaptée, très coûteuse et nuisible pour l'environnement. Il sera incapable d'assurer le maintien de l'écologie lagunaire, sans pour autant empêcher les inondations, surtout lorsque l'élévation du niveau marin aura dépassé une trentaine de centimètres. Or, puisque d'après les études les plus récentes l'élévation du niveau de la mer à la fin de ce siècle devrait être comprise entre 50 et 140 cm, avec 80 cm comme valeur la plus plausible, ceci risque de se produire dans quelques décennies seulement.

Une révision du projet MOSE paraît donc nécessaire. Il n'est vraisemblablement pas encore trop tard pour entreprendre une révision drastique de l'ancien projet, fruit d'une erreur de départ sur l'évolution prévisible du niveau de la mer et d'une vingtaine d'années de monopole du Consorzio Venezia Nuova. On peut espérer que le gouvernement italien aura ce courage et ne se contentera pas d'un rafistolage de l'ancien projet, qui est aussi obsolète que mal conçu. L'une des possibilités de révision serait de s'orienter provisoirement vers des interventions diffuses, comme celles préconisées par la mairie de Venise. On gagnerait ainsi quelques décennies avec des dépenses limitées, sans cependant résoudre le problème à plus long terme. Une autre possibilité serait de s'orienter dès maintenant vers une construction plus « dure », qui puisse faire face à l'élévation prévisible du niveau de la mer. Le système comprendrait dans un premier temps la possibilité d'ouvertures ou de fermetures au flux de la marée ; le moment venu, le système devrait pouvoir évoluer vers en fermeture définitive, afin d'assurer une séparation solide, continue et étanche entre la lagune et la mer.

Si par contre le projet MOSE sera malgré tout poursuivi après avoir été rafistolé dans une version proche de l'actuelle, il deviendra nécessaire, lorsque l'élévation du niveau de la mer aura dépassé une trentaine de centimètres, de démanteler cet ouvrage cyclopéen inutile, pour envisager enfin la construction, à sa place, d'une solide barrière étanche destinée à séparer définitivement Venise et sa lagune de la mer. Une poursuite de la navigation restera encore possible en prévoyant des écluses portuaires, mais l'écologie lagunaire aura déjà été bouleversée par des fermetures de plus en plus fréquentes et prolongées du MOSE; il faudra alors être capables d'éliminer complètement la pollution actuelle et de maîtriser l'évolution écologique pour la faire évoluer vers celle d'un étang littoral de plus en plus d'eau douce (comme pour le Zuiderzee).

Mais les problèmes ne seront pas limités à la lagune de Venise; des questions analogues se poseront aussi pour les lagunes de Grado et du delta du Pô. Il faudra aussi défendre les nombreuses zones qui se trouvent déjà maintenant au-dessous du niveau de la mer. Ces surfaces couvrent au total environ 2400 km² entre Monfalcone au nord et Cattolica au sud, sur une distance de plus de 300 km.  Le danger viendra non seulement de la mer, mais aussi des nombreux fleuves de ces régions, qui risquent de déborder dans la plaine s'ils doivent déboucher en période de crue dans une mer que l'élévation du niveau marin et les surcotes auront rendue trop haute.

Les Pays-Bas ont déjà mis en route des programmes visant à adapter les défenses littorales à une élévation future du niveau de la mer. Après le choix plus que discutable, risqué et à courte vue, d'imposer jusqu'à présent un projet inadapté et obsolète (MOSE) pour la sauvegarde de Venise, on peut se demander si l'Italie sera en mesure de relever le défi.