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Dossier - Dégradation des sols et désertification
DossierClassé sous :développement durable , dégradation , sols

Ministère de l'environnement

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Le sol est une ressource naturelle indispensable et précieuse à bien des points de vue : ses fonctions sont multiples, à la fois économiques, sociales et environnementales : le sol permet l'agriculture, accueille et offre l'espace nécessaire à l'habitat et aux diverses activités humaines ...

  
DossiersDégradation des sols et désertification
 
  • Dégradation des sols et pauvreté

C'est un véritable cercle vicieux qui lie dégradation des sols et pauvreté : les plus pauvres n'ayant que le sol pour subvenir à leurs besoins (de chauffage, d'alimentation), l'exploitent, souvent le surexploitent. Il en résulte une perte de fertilité des sols, une érosion de ceux - ci et, de manière ultime, les sols deviennent stériles. Les sols ruraux deviennent inhospitaliers : l'espoir de trouver en ville des conditions d'existence meilleures que dans les zones rurales est à l'origine de mouvements migratoires vers les zones urbaines où la paupérisation et la précarisation s'amplifient, où les flux de nuisances (eaux usées, déchets, aménagements informels) sont de plus en plus chargés. Ce cercle infernal devra être brisé, aussi bien pour des raisons environnementales que pour des raisons humanitaires.

  • Désertification et santé

La désertification s'accompagne le plus souvent d'une dégradation qualitative et quantitative des ressources en eau, et souvent du développement d'épidémies. D'autre part, au fur et à mesure que des mouvements migratoires vident les zones rurales, les villes se remplissent dans des conditions sanitaires souvent désastreuses : le développement des infrastructures d'assainissement des eaux usées, de traitement des effluents, de gestion des déchets, de prévention et services médicaux, y étant largement insuffisants.

  • Dégradation des sols et sécurité alimentaire

L'ensemble des phénomènes de dégradation des sols sont des menaces certaines pour la sécurité alimentaire des 9 milliards d'individus qui devront être nourris au milieu du XXIème siècle. Leur sécurité alimentaire requerrait de tripler les capacités de production alimentaire d'ici 2050. Or, paradoxalement, les surfaces arables déclinent. On prévoit que les pays développés auront vu passer leurs surfaces arables de 0,65 à 0,4 hectare par personnes entre 1990 et 2010.

  • Dégradation des sols et changement climatique

Le sol et les écosystèmes terrestres jouent un rôle central comme puits de carbone : ils captent et stockent celui-ci. Il a ainsi été estimé que les sols séquestrent 2.3 Gt (giga tonnes) de carbone par an, ce qui représente plus d'un tiers du carbone émis par la combustion des combustibles fossiles, à l'origine du changement climatique. Le stock total de carbone contenu dans les écosystèmes terrestres avoisine 2 500 Gt de carbone, dont 2 000 Gt stockés dans les sols. Or la dégradation des sols réduit l'aptitude du sol à servir de puit de carbone, et inversement augmente sa capacité à agir comme 'source de carbone'.

  • Dégradation des sols et biodiversité

La dégradation des sols est la cause principale de la perte de diversité biologique : elle s'accompagne en effet d'une perte de la capacité des sols à être l'habitat d'une diversité d'espèces, aussi bien dans les terres cultivées que dans les zones forestières. La désertification menace ainsi la faune sauvage et de nombreuses espèces végétales, composantes essentielles de la pharmacopée.

  • Les sols européens se dégradent principalement du fait de trois phénomènes

Leur contamination par des rejets polluants, leur érosion et leur consommation. La Commission Européenne propose dans son 6ème programme d'action pour l'Environnement, de traiter spécifiquement la dégradation des sols. Les éléments stratégiques ont été présentés en Octobre 2001 au Forum Européen pour le Sol (Naples) et devraient être finalisés sous la présidence espagnole.

  • La Convention sur la Lutte contre la Désertification (CLD1) a été adoptée le 17 juin 1994 et est aujourd'hui signée et ratifiée par 174 pays.
Elle traduit l'engagement à long terme de la communauté internationale à lutter contre la désertification, et propose des conditions de mise en œuvre différenciées selon les 4 grandes régions que sont l'Afrique, l'Asie, l'Amérique Latine et les Caraï bes, la Méditerranée septentrionale, et depuis 2000, les pays de l'Europe Centrale et de l'Est. La Convention reconnaît néanmoins le caractère prioritaire des pays africains touchés.
La Convention souligne particulièrement le besoin d'approches transversales de la lutte contre la désertification des sols, et d'approches plus intégrées à travers l'ensemble des projets de développement (projets agro-éco, projet pastoral, gestion de l'eau, des forêts,...) afin de prendre en compte les multiples causes de la désertification, biologiques, physiques mais aussi socioéconomiques.
La Convention demande aux pays touchés d'élaborer des Plans d'Action Nationaux (PAN) qui doivent dresser un état des lieux et suggérer une stratégie de lutte. Ces Plans doivent être élaborés selon une approche participative, impliquant l'état, les collectivités locales et les exploitants des terres, de la conception à l'exécution des programmes. La Convention prévoit également des Programmes d'action sous-régionaux et régionaux (P.A.S.R.et P.A.R.). A fin 2001, environ 25 pays ou régions ont rédigé leur P.A.N.
Les pays touchés comme les pays non-affectés se sont aussi engagés à rédiger tous les deux ans un Rapport d'Exécution National (R.E.N.), qui permettent de faire périodiquement un bilan, et qui sont examinés, depuis 2001 par un groupe ad-hoc d'experts.
La Convention met enfin l'accent sur la nécessité de la pleine participation de la société civile (populations locales, ONG,....) et la nécessité d'un renforcement des capacités locales et nationales (formation, recherchedéveloppement, vulgarisation, éducation et sensibilisation).
  • Un Comité des Sciences et de la Technologie (CST)

La complexité du phénomène « Désertification », en particulier sous l'effet de la pression des activités humaines (dimension socio-économique du phénomène), et de la diversité des moyens de lutte, a contraint la CLD à créer et s'appuyer sur un Comité des Sciences et de la Technologie (CST) . Celui-ci fournit des avis sur les questions scientifiques et technologiques.

  • Un Mécanisme Mondial (M.M.)

Consciente que le problème des pays touchés est plus axé sur les difficultés d'accès aux financements existants, en particulier pour la société civile, la convention a prévu un organe subsidiaire de facilitation appelé Mécanisme Mondial, qui est un instrument ayant vocation à accroître l'efficacité et l'efficience des mécanismes financiers, en particulier afin de coordonner les efforts des donateurs (bailleurs de fonds multi ou bilatéraux, FEM. Après un certain retard, les activités du M.M. ont commencé à être visibles dans un certain nombre de pays pilotes en 2000.

Le (Committee for the Review of the Implementation of the Convention ou CRIC en anglais) a été créé pour examiner la mise en œuvre de la convention, et à ce titre les progrès intervenus dans la lutte contre la désertification tout en mettant l'accent sur les aspects de réalisation concrète, aujourd'hui prioritaires pour les organisations internationales et les bailleurs de fonds qui souhaitent rendre moins fort le caractère juridiquement non contraignant de la convention.

1 : Notée aussi CCD en anglais pour « Convention to Combat Desertification »