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L'homme, principal acteur de la désertification

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Chaque année, la désertification gagne du terrain, notamment dans les pays en développement. Ses effets ne sont pas forcément irréversibles, à condition d'agir vite. C'est ce qu'indique le Pr. Charles Hutchinson, directeur du bureau d'études sur les terres sèches de l'université d'Arizona aux Etats-Unis, qui collabore régulièrement avec l'UNESCO. Propos recueillis par Donatienne de San.

Professeur Charles Hutchinson © Unesco

Question : On associe généralement les notions de désert et de désertification. Quelle différence faites-vous entre ces deux notions ?

Réponse : Les déserts climatiques sont des phénomènes naturels liés au climat de la terre. Ainsi en est-il du Sahara, du désert de Gobi en Asie centrale ou du Takla Makan en Chine de l'ouest. Certains soutiennent en effet que la désertification ne peut pas avoir lieu dans les déserts, en dehors des oasis, parce qu'ils sont déjà largement dépourvus de vie végétale et animale. En revanche, elle touche les zones adjacentes semi-arides et subhumides, et est, en grande partie, le résultat des activités humaines.

Q: Les sècheresses ne sont pas seules responsables de la désertification. Quelles sont les autres causes ?

R : Les terres semi-arides sont relativement sèches mais leur particularité réside surtout dans l'extrême variabilité des précipitations d'une année et d'un endroit à l'autre. C'est cette variabilité qui provoque souvent des problèmes comme la désertification ou la baisse de productivité d'un terrain. Pendant les bonnes années, les populations pastorales ou les éleveurs, ont tendance à agrandir leurs troupeaux. De la même façon, certains fermiers, ont tendance à cultiver des terres à faible rendement agricole. Quand les années de sécheresses reviennent, les troupeaux élargis exercent une pression néfaste sur la végétation et les récoltes sont mauvaises sur ces terres. Ces deux phénomènes épuisent les sols et les exposent à l'érosion. La variabilité du climat est une des causes de la désertification des zones semi-arides mais la pression de l'homme pour rendre ces terres plus productives et certaines politiques gouvernementales sont tout aussi dommageables. Ainsi, certains gouvernements, pour augmenter les revenus de l'exportation, encouragent les fermiers à cultiver des produits commerciaux, tels que des cacahuètes ou du coton, qui sont moins adaptés au climat que les variétés locales qu'ils remplacent.

Q: En quoi pauvreté et désertification sont-elles liées ?

R : La pauvreté survient lorsque les populations n'ont d'autre recours que la terre pour subsister. Sans alternative, les fermiers et les populations pastorales doivent continuer à faire ce qu'ils font, souvent au détriment de l'environnement. Dans ce contexte, les migrations peuvent avoir un effet bénéfique. Le déplacement des populations rurales vers les villes peut permettre de diversifier les sources de revenu et ainsi de réduire la pression sur les zones rurales. Toutefois, ces migrations affectent aussi les ménages et les structures de la communauté parce que les immigrants sont en général les jeunes hommes.

Q: La désertification est-elle un phénomène propre aux pays en développement ?

R : La majorité des terres sèches connait, ou a connu, des problèmes de déclin de productivité, même dans les pays développés. Mais les facteurs qui rendent certaines zones plus « résistantes à la sécheresse » que d'autres (comme une gouvernance solide, des économies intégrées, des infrastructures de service matures, l'accès à l'eau et à d'autres ressources) manquent souvent dans les pays en développement.

Q: Le processus de désertification est-il réversible ?

R : Pendant un certain temps, la réponse était : « oui... si vous avez assez d'argent. » A l'heure actuelle, on serait tentés de répondre encore par l'affirmative mais ce serait un « oui » très dépendant des conditions locales (climatiques, écologiques, économiques et sociales). Certains rapports montrent que la situation peut s'améliorer sans investissements massifs, en particulier dans le Sahel. Là-bas, les communautés locales ont réuni leurs forces pour construire des systèmes de contrôle des ressources en eau grâce à des matériaux locaux (par exemple, de la terre et des pierres) pour réduire les fuites et faciliter l'infiltration de la pluie. Ils ont aussi planté plus d'arbres à l'intérieur et autour des champs, ce qui améliore les conditions de croissance des cultures, leur procure du fourrage, des combustibles et du matériel de construction. Ces exemples sont prometteurs. Mais quand les choses vont mieux, on imagine souvent que les problèmes sont résolus. Or dans la période récente, le climat a été relativement favorable. Il n'est pas certain que les avancées rapportées pourront résister à une nouvelle série de mauvaises années.

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