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Îles Aléoutiennes, menace sur la loutre de mer

Dossier - La biodiversité : un écosystème à préserver
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Après l'année 2010, déclarée par l’ONU « Année internationale de la biodiversité », les inquiétudes s’affirment concernant la survie de nombreuses espèces.

  
DossiersLa biodiversité : un écosystème à préserver
 

Pour mieux comprendre l'importance de chaque maillon de la chaîne alimentaire pour la biodiversité, prenons l'exemple de la loutre de mer. L'histoire se passe au sud des côtes de l'Alaska, autour de l'archipel des îles Aléoutiennes, dans le Pacifique nord.

Loutre de mer (Enhydra lutris) allaitant son petit dans le port de la baie de Morro. Les loutres de mer femelles ont deux tétons abdominaux et flottent sur le dos pour allaiter. © Mike Baird Creative Commons Attribution 2.0 Generic license.

Biodiversité : l'importance de chaque maillon de la chaîne alimentaire

Après des temps heureux, liés à l'interdiction de la chasse pour sa fourrure qui assura sa protection, les années 1990 sont soudainement marquées par un effondrement de sa population.

Que s'est-il passé ? Aucun signe de pénurie alimentaire, bien au contraire : les oursins, dont se délecte notre loutre, sont en train de pulluler. Et pour cause : dix fois moins de loutres à s'en empiffrer ! Le problème est donc à rechercher de l'autre côté de la chaîne alimentaire, du côté des « ennemis ». Aucun signe de maladie ou d'épidémie, mais l'ombre d'un méchant prédateur, l'orque (ou épaulard), cette baleine tueuse suspectée de se repaître autrefois de baleineaux (autrefois, c'est-à-dire avant que la chasse à la baleine ne réduise drastiquement leurs populations - donc les opportunités alimentaires pour l'orque de l'époque).

Pourquoi donc les orques en sont-elles venues à mettre les loutres de mer à leur menu - des proies de taille modeste et qu'elles négligeaient superbement jusque-là ? Grosses mangeuses, elles déciment leur population. Pourquoi ce changement de régime ? Probablement parce que les phoques dont elles avaient pris l'habitude de se repaître sont devenus rares dans la région, victimes sans doute de l'« éclaircissement » des bancs de poissons consécutif à la surpêche pratiquée par Homo sapiens.

Ainsi, une maille se défait et c'est tout le « vêtement » qui se déchire... sans que l'on sache jusqu'où ça peut aller - quand Homo sapiens est dans le coup, depuis l'ère industrielle, ça devient vite global, on y reviendra.

Les laminaires, algues indispensables à la base de la chaîne alimentaire. © Daniel Guip / Flickr CC by-nc-sa 2.0

Si l'on regarde maintenant vers les niveaux inférieurs de la chaîne alimentaire, c'est-à-dire du côté des oursins, qui pullulent, ça ne va pas mieux : la forêt de laminaires - ces algues géantes qui tapissent les fonds marins côtiers et font vivre, nourriture ou abri, quantités d'espèces, vers, crustacés, mollusques et poissons - apparaît aujourd'hui en lambeaux, avec un effondrement sans précédent de la biodiversité qui en dépendait. Non régulés par leur principal prédateur amoindri, les oursins « surpâturent » le tapis d'algues.

Fig.1. La loutre de mer au cœur du réseau alimentaire auquel elle appartient. © DR

Voilà ce qu'est un réseau trophique (fig. 1), un fragment du tissu vivant planétaire, la biodiversité vue de l'intérieur : un réseau d'interactions mangeurs-mangés complexe, où circule matière, énergie et information, depuis les algues qui fabriquent de la matière organique (notre substance d'être vivant) grâce à la photosynthèse, jusqu'aux grands prédateurs... et à nous autres humains.

Des humains qui font indissolublement partie du tissu vivant de la Terre et qui ont mis les dents partout au point de le déchirer dangereusement.

Biodiversité : la notion de paysage

Un deuxième aspect majeur de la biodiversité ainsi définie, c'est sa dimension spatiale, territoriale, géographique : nos milieux de vie ou d'activité, les paysages qui nous environnent, ne sont rien d'autre que l'incarnation locale ou régionale de ce tissu vivant planétaire. À noter qu'à parler de paysages on introduit dans le concept de biodiversité une dimension culturelle - ce qui est essentiel.

Les paysages autour de nous sont une partie de la biodiversité. © Futura-Sciences

Oui, la biodiversité ce sont aussi nos paysages, ces agencements de forêts, de champs cultivés, de prairies et de rivières, ce bocage breton ou bourguignon avec ses villes et villages - entremêlement de nature et de culture, en donnant à ce mot son double sens de « culture de la terre » et « culture de l'esprit ».

De ce point de vue on voit combien il n'est pas écologique d'opposer agriculture et nature (ou biodiversité), la première n'étant, comme les populations humaines, qu'un sous-ensemble particulier du tissu vivant planétaire. L'agriculture est une ingénierie d'écosystème orientée au profit d'une seule espèce, la nôtre. Elle - aussi a besoin de diversité pour être durable.