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La biodiversité : tissu vivant de la Terre

Dossier - La biodiversité : un écosystème à préserver
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Après l'année 2010, déclarée par l’ONU « Année internationale de la biodiversité », les inquiétudes s’affirment concernant la survie de nombreuses espèces.

  
DossiersLa biodiversité : un écosystème à préserver
 

De quoi parle-t-on quand on se gargarise du mot « biodiversité » ? Un vocable créé à la fin des années 1980 aux États-Unis et « mondialisé » à la faveur du sommet planétaire de Rio de Janeiro en juin 1992 - c'est-à-dire un événement politique et non pas d'abord scientifique, notons-le.

La biodiversité n'est pas une liste d'espèces indépendantes, elle est un ensemble vivant. (ici, Apis melifera, une abeille à miel). © Ivar Leidus, Wikimedia commons, CC by-sa 4.0

Qu'est-ce que la biodiversité ?

Que veut-on souligner par là ? Que la diversité est une caractéristique majeure du monde vivant. C'est donc bien de l'ensemble des formes vivantes qui peuplent la Terre dont il s'agit - et de la diversité fantastique qu'elles représentent, du bacille de Koch qui nous infligea la tuberculose à l'abeille dont on détourne le miel, de la jolie pâquerette au séquoia géant... en passant par un certain primate qui s'est baptisé lui-même Homo sapiens. Pas modeste l'animal ! Vue sous cet angle, la biodiversité apparaît trop souvent comme une collection de timbres, vaste prolifération d'espèces indépendantes les unes des autres.

Et l'honnête homme ne peut que s'y perdre, noyé par un bombardement de chiffres qui lui passent au-dessus de la tête, entre - selon le dernier pointage - le 1,9 million d'espèces vivantes décrites (et pas nécessairement connues), la dizaine de millions qu'il nous reste à découvrir, les 40.000 à 120.000 ou je ne sais pas combien qui disparaîtraient chaque année et les centaines de millions qui se sont éteintes tout au long de l'histoire de la vie - une histoire commencée il y a 3,8 milliards d'années.

Ressaisissons-nous : la biodiversité, c'est la vie. On l'appelle ainsi parce qu'on a compris que la diversité qui la caractérise lui est consubstantielle et le gage de son succès. Ne s'agit-il pas d'un développement qui dure depuis près de 4 milliards d'années, sur une Terre qui n'a cessé de connaître crises, changements et catastrophes en tous genres : n'a-t-on pas des leçons à en tirer, nous autres humains dont le développement - certes fantastique - n'est pas durable dans sa forme pathologique actuelle, tout le monde le reconnaît ?

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Définition de la biodiversité

Six points de vue sur la biodiversité, ou diversité du vivant

«  Diversité biologique : variabilité des êtres vivants de toute origine y compris entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes » (article 2 de la Convention sur la diversité biologique, 1992).
«  La totalité de toutes les variations du vivant » (Edward O. Wilson, 1988).
«  Pour moi, la biodiversité ce sont les ressources vivantes de la planète » (Paul Ehrlich, in Takacs, 1996).
«  Le terme est réellement supposé désigner la diversité (du vivant) à tous les niveaux d'organisation. Mais il est souvent utilisé simplement pour parler de la diversité spécifique, c'est-à-dire le nombre d'espèces et leur abondance relative ainsi que diverses mesures de cette dernière » (Thomas Lovejoy, in Takacs, 1996).
« Ainsi, la diversité biologique apparaît comme quelque chose d'omniprésent, de consubstantiel à la vie, mais aussi comme quelque chose de complexe, de dynamique. Elle s'enracine dans les systèmes moléculaires qui contrôlent l'activité et la multiplication des cellules et, par là, les performances des organismes - notamment leur reproduction. À l'échelle des populations, au sein des espèces, elle se déploie dans la variabilité interindividuelle, qui garantit les capacités d'adaptation et d'évolution des espèces. Ainsi se prolonge-t-elle naturellement, fruit d'une longue histoire évolutive, dans la profusion des espèces, pour s'exprimer enfin dans la structuration et la dynamique des systèmes écologiques complexes qui constituent la biosphère » (Robert Barbault, 1994).
« Le concept de biodiversité, avec tous les enjeux et défis qu'il véhicule sur les plans scientifique, sociologique, économique et politique, est directement lié à la crise de l'environnement... Longtemps confinée dans la seule sphère des sciences de la nature, la biodiversité pénétra le champ des sciences de l'Homme et de la société lors de la Convention sur la diversité biologique de la Conférence de Rio (1992) sur l'environnement et le développement ce qui étendit considérablement son sens et explique qu'on lui ait donné plus d'une centaine de définitions » (Jacques Blondel, in Marty et al. (2005).


La biodiversité, au-delà de la multitude des définitions qu'on en peut donner (voir encart 1), c'est le tissu vivant de la planète, un réseau fait de milliers et millions d'espèces en interaction. À commencer par des interactions alimentaires. De fait, vivre, c'est manger, éviter d'être mangé et se multiplier. C'est donc interagir avec d'autres êtres vivants, pour s'en nourrir, s'en préserver ou se reproduire. Nul individu, nulle espèce ne peut se concevoir en dehors du tissu de relations où il ou elle s'enracine. Les écologues parlent de chaînes ou réseaux alimentaires. C'est la trame vivante des écosystèmes, de la biosphère. C'est l'entreprise de production et de recyclage du vivant et de ses fruits : une estimation économique produite en 1994, certes très discutée, avait évalué tout cela à près de trois fois le PIB du monde.

Mon propos n'étant pas ici de faire un cours d'écologie sur la structure et le fonctionnement des écosystèmes mais plutôt d'en faire vivre la substance et l'omniprésence, je partirai d'un exemple concret, en démaillant progressivement un fragment de ce tissu vivant planétaire.