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La bonne question : la circulation thermohaline peut-elle s'arrêter ?

Dossier - Le Gulf Stream peut-il s'arrêter ?
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Le Gulf Stream est le principal système de courants de l'Atlantique occidental. Formé à l'Est de la Floride par plusieurs masses d'eaux issues du Golfe du Mexique, il se divise en segments, aux tracés sinueux, dirigés vers l'Est et le Nord-Est.

  
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Comme pour le Gulf Stream il faut remonter aux causes pour répondre à cette question et, en l'occurrence, ce sont les variations de densité de l'eau de mer. Une élévation de la température de l'océan et une diminution de sa teneur en sel concourent toutes les deux à une diminution de la densité de l'eau de mer et à l'occultation possible de la formation d'eaux profondes.

Or ces deux phénomènes sont vraisemblables dans les scénarios du réchauffement global. On observe déjà une élévation continue de la température de surface des océans. On observe aussi une diminution constante de la banquise et l'on redoute une forte augmentation des précipitations et une augmentation importante des apports d'eau douce par les fleuves qui débouchent sur l'Arctique. Tous ces éléments font converger les modèles utilisés par le GIEC (Groupe Intergouvernemental pour l'Etude du Climat), sauf un, vers une diminution de la circulation thermohaline d'ici 2100. Figure 12

Fig 12 : Evolution simulée de la circulation thermohaline suivant les différents modèles utilisés par le GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) pour son troisième rapport(2001). Tous prévoient une diminution de cette circulation dans des proportions très variables qui illustrent la grande incertitude des scientifiques en la matière - Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Si des simulations faites avec certains modèles prévoient effectivement un arrêt complet de la circulation thermohaline pour une augmentation globale de la température de 3,7 à 7,4 °C, aucune des simulations issues des modèles couplés océan/atmosphère du GIEC ne débouche sur une telle éventualité d'ici 2100.

À cet horizon, toutes indiquent une augmentation continue de la température en Europe, même celles qui annoncent la plus forte réduction de la circulation thermohaline. Un tel événement peut surgir ultérieurement, mais il n'est pas exclu qu'il intervienne avant du fait notamment de possibles « effets de seuil », points de non retour qui, à partir d'une valeur critique d'un paramétre du système, le font passer brutalement d'un état à un autre. Le GIEC, conscient de l'incertitude liée à ces effets de seuil qui ne sont pas bien pris en compte dans les modèles, ne l'exclut pas : « Bien qu'aucune des projections faites avec les modèles couplés ne montrent un arrêt total de la circulation thermohaline dans les cent prochaines années, on ne peut exclure la possibilité de phénomènes de seuil à l'intérieur de la fourchette des changements climatiques projetés. De plus, puisque la variablité naturelle du système climatique n'est pas complètement prédictible, il y a nécessairement des limitations inhérentes au système climatique lui-même à la prédiction des seuils et phases de transition. ».

Autrement dit, événement peu probable mais pas impossible. Par analogie avec la situation actuelle du Pacifique qui ne bénéficie pas des bienfaits du surplus de transport de chaleur vers le nord induit par la convection profonde on peut penser que le climat de Brest ressemblerait alors à celui que connaît actuellement Vancouver à la même latitude.