Pourquoi appeler paresseux à deux doigts un animal qui en a manifestement trois ? Parce que seuls les membres antérieurs en possèdent deux. Les pattes arrière, comme celle que l’on voit à l’image, disposent toujours de trois doigts. © Alumroot, Flickr, cc by nc 2.0

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L’animal mystère : l'unau, ou paresseux à deux doigts

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Le délai est écoulé. Il s'agissait effectivement d'un paresseux, mais il y avait un piège. On voit ici l'une de ses pattes arrière, équipées de trois griffes chez tous les paresseux. Y compris chez les unaus, dont les membres antérieurs n'ont que deux doigts...

La beauté de la nature tient notamment de sa diversité. Et le monde animal n'en manque aucunement. Des nageoires des poissons au pied des escargots en passant par les huit bras de la pieuvre ou les quatre membres des vertébrés terrestres (exception faite des serpents), on trouve de tout. Mais à leur extrémité également. Les primates possèdent des ongles, les ongulés (chevaux, girafes, etc.) des sabots, et les carnivores des griffes. Celles-ci sont apparues avec les reptiles et se composent d'un prolongement osseux souvent allongé et pointu qui équipe de nombreux prédateurs (mais pas seulement), afin de perforer et de mieux saisir leurs proies. À qui appartiennent celles que l'on vous présente ?

C'était à vous de deviner. Après 24 heures de réflexion, vous pouvez désormais connaître la réponse. Rappel des indices.

À vous de jouer

Indice n° 1 : Les apparences sont parfois trompeuses, et ce à double titre.

Indice n° 2 : Bien que je préfère voir le monde à l'envers, je n'ai pas pour autant le sang qui me monte à la tête. La preuve : j'ai cultivé les végétaux bien avant l'Homme.

Indice n° 3 : On m'accuse de ne pas être très vif : mais vous ne m'avez pas vu nager !

Qui suis-je ?

L’unau Choloepus didactylus est le plus lent des paresseux. Animal arboricole, il est maladroit au sol, mais bien plus rapide dans l’eau. © Dave Pape, Wikipédia, DP

Je suis un paresseux, bien sûr. Oui, mais pas forcément celui que l'on croit. Non, je ne suis pas un aï, le paresseux à trois doigts. Mais bien un unau, Choloepus didactylus, c'est-à-dire un paresseux à deux doigts. Pourquoi une troisième griffe alors ? Parce qu'on voit sur cette image un membre postérieur qui, lui, est équipé de trois doigts, même chez les unaus.

Vivant dans les jungles d’Amérique centrale et d'Amérique du Sud, il se déplace à une lenteur incroyable sur les branches de son arbre... quand il est actif, puisqu'il passe l'essentiel de son temps à dormir et s'active doucement une fois la nuit tombée.

Étant donné son manque de vivacité, son salut passe surtout par son aptitude au camouflage. Avec un pelage couleur tronc d'arbre, soumis au changement du fait des algues symbiotiques qui prospèrent dans ses poils, il se met en boule pour dormir afin d'échapper à la vue de ses prédateurs. Malheureusement pour lui, l'écosystème qui s'agite dans sa fourrure l'oblige parfois à se gratter et à trahir sa présence.

Mais les risques sont maximaux au moment de faire ses besoins. En effet, au lieu de soulager ses intestins depuis la quiétude des arbres, il descend une fois par semaine pour déféquer au fond d'un trou creusé et s'expose dangereusement. Pourquoi ? Une étude parue la semaine dernière dans Proceedings of the Royal Society B sur son cousin tridactyle, l'aï, pourrait fournir la réponse.

Dans son pelage vivent aussi des papillons, dont les larves peuvent croître grâce aux excréments du paresseux, déposés au pied de l'arbre. En retour, ces papillons produisent de l'azote dans la fourrure de l'unau, grâce auquel les algues prolifèrent, puisqu'on sait que c'est un engrais bien connu. Ces végétaux étant riches en glucides et en lipides, le paresseux complète ainsi son alimentation lorsqu'il se lèche. Il maîtrise donc les rudiments de la culture algale !

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