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Des paresseux aquatiques ont nagé dans le Pacifique

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Grâce à la tomographie à rayon X, des chercheurs français ont pu analyser en détails le squelette du Thalassocnus, une espèce de paresseux datant de la fin de l'ère tertiaire, il y a plusieurs millions d'années. Leurs résultats sont sans appel : cet animal était adapté au milieu aquatique peu profond.

Il y a quelques millions d’années, certains paresseux étaient aquatiques et trouvaient leur nourriture dans les fonds marins peu profonds. © Philippe Loubry, William L. Parsons

Thalassocnus est un paresseux unique en son genre. Certains chercheurs pensaient déjà que ce mammifère, très différent de ses cousins actuels qui sont de petite taille et strictement arboricoles, était aquatique. Cette hypothèse s'appuyait principalement sur des arguments liés à ses conditions de fossilisation. En effet, de nombreux squelettes présentaient des os encore articulés, montrant l'absence de dislocation des carcasses avant la fossilisation. Ces données suggéraient qu'ils n'avaient pas été transportés mais que ces animaux vivaient là où on les a trouvés, dans le désert de la côte péruvienne de la formation Pisco, située à environ 500 km au sud de Lima. Les paresseux étant herbivores, ils ne pouvaient se nourrir que de végétaux marins, seule source alimentaire qui leur était accessible. Avec ces fossiles, les scientifiques ont également découvert une abondante faune marine (mollusques, crustacés, poissons osseux, requins, oiseaux, phoques et cétacés) datant de la fin de l'ère tertiaire (ou Cénozoïque).

Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B, une équipe du CNRS a analysé la structure interne des côtes et des os longs des fossiles de Thalassocnus grâce à la tomographie à rayons X. Ce qu'ils ont alors découvert les a surpris. Chez les animaux terrestres, les os sont généralement constitués d'une partie externe compacte qui enferme une large cavité centrale appelée cavité médullaire.

Cette image montre une comparaison de coupes transversales de fémur entre le paresseux actuel (Choloepus) et différentes espèces de Thalassocnus. L’os est représenté en noir et les cavités en blanc. © Coupes : Eli Amson, dessins : Malcolm T. Sanders

Quelques millions d'années pour s'adapter à la vie aquatique

En revanche, chez le Thalassocnus, ils sont extrêmement denses et la cavité centrale est réduite, parfois absente. Une telle structure démontre une adaptation au milieu aquatique peu profond que l'on retrouve par exemple actuellement chez les siréniens, comme les lamantins et les dugongs. À la manière de la ceinture de plomb des plongeurs, les os denses de ces mammifères leur permettent de réduire leur flottabilité afin de brouter sans effort les fonds marins. Cette découverte confirme ainsi l'hypothèse des mœurs aquatiques du Thalassocnus et donne des précisions sur le mode de vie de ce paresseux éteint : comme les siréniens, il broutait paisiblement la végétation aquatique.

D'autre part, les nombreux fossiles présents dans la formation Pisco permettent d'estimer la vitesse de densification des os chez les Thalassocnus. Les chercheurs ont découvert cinq espèces différentes de Thalassocnus dans les couches sédimentaires, datées de 8 à 4 millions d'années environ. Ils ont montré que la compacité des os augmentait avec les années. L'adaptation au milieu aquatique serait donc apparue en quelques millions d'années. Cette série de fossiles documente comme jamais auparavant l'augmentation progressive de la compacité osseuse liée à un retour à l'environnement aquatique chez un vertébré.

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