Tous les témoignages se rejoignent. Il est plus difficile de vivre une période de confinement en ville qu’à la campagne. Ainsi, la pandémie de Covid-19 a déplacé beaucoup de citadins vers les zones plus rurales. Un phénomène éphémère ou qui s’inscrira dans la durée ? La question est d’autant plus posée que des éléments contradictoires alimentent la réflexion.


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    À l'annonce d'un confinement imminent lié à la crise du coronavirus, de nombreux citadins ont littéralement fui la ville. Plus d'un million d'habitants de l'Ile-de-France. Près de 20 % des Parisiens, notamment. Dans les semaines qui ont suivi, les professionnels de l'immobilier ont observé un glissement des demandes : une hausse pour les maisons de campagne avec jardin, une baisse pour les appartements en pleine ville.

    La peur de la contaminationcontamination dans ces mégapoles dans lesquelles la distanciation sociale est difficile ? L'anticipation de l'inconfort de se retrouver enfermé entre quatre mursmurs pendant plusieurs semaines ? Sans doute un peu des deux. Alors, comment cette crise sans précédent fera-t-elle évoluer notre regard sur la ville ? Qu'en sera-t-il après le confinement ? Difficile à prédire. Mais l'on peut avancer quelques éléments de réflexion.

    Pendant le confinement, les citadins ont eu des envies de campagne. © IoanBalasanu, Adobe Stock
    Pendant le confinement, les citadins ont eu des envies de campagne. © IoanBalasanu, Adobe Stock

    La campagne devient accessible

    À y regarder de plus près, l'envie de mise au vert des Français semble ne pas réellement dater du confinement. MouvementMouvement des gilets jaunes, grèves des transports, prix de l'immobilier, canicules. Depuis fin 2018 déjà, de plus en plus de citadins expriment un désir de campagne. Une envie réactivée par la crise. Le marché de l'immobilier le montre.

    Le véritable changement qu'introduit le confinement, c'est la popularisation du télétravail. Avant, il ne concernait que 3 % des salariés. Au plus fort de la crise sanitairecrise sanitaire, il touchait 30 % d'entre eux. L'obligation de vivre dans les métropoles qui concentrent toujours 60 % de l'activité économique est moins prégnante. Vivre à la campagne peut désormais se transformer en projet de vie.

    Et avec le développement des accès internetinternet, les démarches en ligne et les communications virtuelles deviennent possibles de partout. Mais les citadins seront-ils prêts à bouleverser leur vie sociale ? À supporter le chant du coq, les cloches des églises et les tracteurs sur les routes ? Cette période de confinement ne nous aura-t-elle pas, au contraire, appris que rien ne remplace vraiment le plaisir du partage « physiquephysique », le plaisir de travailler et de vivre ensemble ?

    Pendant le confinement, nombreux sont ceux qui ont remplacé les relations sociales par des relations virtuelles. Mais ces nouvelles habitudes remplaceront-elles durablement le vivre ensemble ? © Kristen, Adobe Stock
    Pendant le confinement, nombreux sont ceux qui ont remplacé les relations sociales par des relations virtuelles. Mais ces nouvelles habitudes remplaceront-elles durablement le vivre ensemble ? © Kristen, Adobe Stock

    La ville, toujours attrayante

    En ville, c'est certain, l'offre de services tout comme l'offre culturelle sont sans égales. Les barsbars et les restaurants accueillent les amis jusqu'à tard dans la nuit. Mais ressurgit alors le risque sanitaire d'une contamination par le coronaviruscoronavirus ou un autre car, maintenant, le risque est présent à nos esprits...

    Le saviez-vous ?

    L’histoire des épidémies montre que les villes ont, de tout temps, été plus fortes que la maladie. En 1918, la fameuse grippe espagnole faisait 50 millions de morts dans le monde. Pourtant, New York, Londres et Paris ont vu leur démographie exploser après cet épisode tragique.

    Notons tout de même que si les villes ont été durement touchées par le coronavirus, les régions périurbaines n'ont pas forcément été épargnées. Une étude de la Banque mondiale suggère même que la densité de population n'influe pratiquement pas sur le taux d'infection. Plus que la typologie du lieu de vie, ce sont les pratiques sociales, la manière de vivre l'espace et le degré de mixité -- promiscuité, rassemblements, mobilité, etc. -- qui semblent impacter le plus la contamination.

    Ajoutons à cela qu'après cet épisode malheureux, les villes pourraient chercher à devenir plus agréables, plus humaines. Plus respirables grâce à des zones piétonnes agrandies et à des pistes cyclables élargies. Le confinement nous aura peut-être montré que la démesure et la mondialisation ont leurs limites. Et finalement, on s'aperçoit que c'est justement dans les villes de taille moyenne -- de l'ordre de 50.000 habitants -- que les candidats au déménagement cherchent à se reloger. Des villes proches des grandes agglomérations.

    En ville, l’offre de soin est meilleure qu’à la campagne. Un argument à prendre en compte au moment de choisir son lieu de vie. © Blue Planet Studio, Adobe Stock
    En ville, l’offre de soin est meilleure qu’à la campagne. Un argument à prendre en compte au moment de choisir son lieu de vie. © Blue Planet Studio, Adobe Stock

    Vers un rééquilibrage territorial ?

    Mais alors, le retour vers « la campagne » ne se traduira-t-il pas en un étalement urbain ? C'est le risque. Et pour certains experts, ce serait une grave erreur.

    Déjà des activités et des industries se réimplantent en dehors des villes. Un peu partout dans le monde. Aux États-Unis, on parle de dispersion avec AppleApple, par exemple, qui s'installe à Austin. Des entreprises européennes, de leur côté, choisissent de s'implanterimplanter dans des capitales de taille humaine comme Prague. Pour les avantages qu'elles offrent, mais aussi pour leur qualité de vie.

    Mais il faudra sûrement plus qu'une seule et unique période de confinement pour faire réellement évoluer les mentalités.