Les bactéries fécales et matières azotées des déjections humaines sont rejetées dans les rivières et la mer. © Dmitry Vereshchagin, Adobe Stock
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Comment les déjections humaines polluent massivement les rivières

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La pollution due aux matières fécales est largement sous-estimée, décrit une nouvelle étude qui a cartographié les principales sources d'effluents à travers le monde. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les stations d'épuration et les systèmes de filtration ne permettent pas de résoudre le problème.

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On entend souvent parler des fleuves pollués par les nitrates issus de l'agriculture. Mais une autre forme de pollution menace aussi nos rivières : les effluents issus des déjections humaines, riches en matières azotées et en agents pathogènes (bactéries fécales). Ces effluents entraînent une eutrophisation, appauvrissent l’eau en oxygène et présentent un risque non négligeable pour la santé. Et cette pollution est de plus en massive, si l'on en croit une nouvelle étude de l'université de Californie parue dans la revue Plos One. Les chercheurs ont analysé le taux d'azote et d'agents pathogènes dans 135.000 embouchures de rivières à travers le monde et constaté que les effluents humains déversent 6,2 millions de tonnes d'azote par an sur les côtes, soit 40 % de la quantité rejetée par l'agriculture.

Cette pollution est pourtant très peu étudiée, regrettent les auteurs. « Contrairement aux fuites d'hydrocarbures ou au plastique, les effluents humains sont invisibles, note Joleah Lamb, un chercheur de l'université de Californie. J'ai vu des plages magnifiques qui semblaient parfaitement propres, mais quand nous avons testé la qualité de l'eau, elle contenait une grande quantité d'agents pathogènes ».

Contrairement aux fuites d’hydrocarbures ou au plastique, les effluents humains sont invisibles

Car malheureusement, même dans les pays qui disposent d'un système de traitement d'eau, cette pollution passe largement à travers les mailles du filet. Les stations d'épuration filtrent efficacement les agents pathogènes, mais assez peu les matières azotées. De plus, elles sont coûteuses à construire et à opérer, et donc plutôt rares dans les pays en développement. Les systèmes de fosse septique, qui équipent environ 25 % des foyers en France dans les zones rurales, sont moins chers et filtrent la plus grande partie de l'azote, mais laissent en revanche passer les bactéries fécales. Sans compter que dans de nombreux cas, l'eau sale est déversée directement dans la mer. 63 % de la pollution à l'azote des eaux usées provient ainsi des stations d'épuration, 5 % des fosses septiques et 32 % des effluents directement déversés dans l'eau.

Les pays qui contribuent le plus à la pollution de l’eau à l’azote. © Cascade Tuholske, Plos One, 2021

La moitié de la pollution provient de 25 sources seulement

Pour leur estimation, les chercheurs ont croisé des données démographiques, la consommation de protéines dans chaque communauté (responsable des rejets d'azote), et la présence ou non de systèmes de filtration. Ils ont ainsi pu évaluer les quantités d'effluents déversés dans 134.846 embouchures d'eau se déversant dans l'océan. Un travail titanesque et inédit. Il en ressort que la pollution est massivement concentrée sur quelques sources : la moitié de la pollution à l'azote et par bactéries fécales provient de 25 sources seulement (qui ne sont pas les mêmes pour chaque). Pour l'azote, le Yangtsé en Chine représente à lui seul 11 % des rejets, suivi du Nil, du Mississippi aux États-Unis, du Paraná en Argentine et du Danube en Europe. Les bactéries fécales se retrouvent principalement dans les zones très peuplées, comme les deltas du Gange et du Brahmapoutre en Asie, ou du Congo en Afrique.

L’impact des effluents humains sur les coraux et les herbiers côtiers. © Cascade Tuholske, Plos One, 2021

Une pression supplémentaire sur les écosystèmes côtiers

Les chercheurs ont aussi estimé les conséquences sur les écosystèmes côtiers, et ont constaté que 58 % des récifs coraux et 88 % des herbiers marins sont affectés par les effluents humains. « Cette pollution vient s'ajouter aux autres pressions anthropiques comme la surpêche, la dégradation des habitats, l'artificialisation des côtes ou le réchauffement climatique », mettent en garde les auteurs. L'étude n'a pas pris en compte la pollution au phosphate ou d'autres agents chimiques comme les métaux lourds, qui peuvent eux aussi présenter un danger pour la faune et la flore aquatique ainsi que la santé humaine. Au total, tous ces facteurs se cumulent pour contribuer à la dégradation de la qualité de l'eau. En France, on note toutefois une diminution des rejets polluants dans l'eau issus de l'industrie et des stations de traitement des eaux usées urbaines. « Les rejets de matières organiques, d'azote et de phosphore ont significativement diminué, grâce notamment à l'amélioration des dispositifs de traitement », se félicite l'agence Eau France. Un effort à poursuivre partout sur la planète.

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