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Un Pompéi chinois a eu raison des dinosaures de Jehol, entre autres

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La Chine possède désormais son Pompéi, sauf que les victimes ont été des dinosaures, des oiseaux ou encore des mammifères. Voilà, ce que révèle l'analyse minutieuse de fossiles vieux de 120 à 130 millions d'années extraits du groupe géologique Jehol. Mais sur quels indices se sont basés les chercheurs ?

Ces trois photographies montrent des fossiles de vertébrés terrestres mis au jour en Chine, dans le groupe géologique Jehol (en a : un dinosaure cératopsien, le Psittacosaurus ; en b et c, des oiseaux Confuciusornis). Ils ont tous les trois la « posture du boxer » que l’on rencontre typiquement chez des victimes de nuées ardentes. Elle est provoquée par la contraction post-mortem des muscles. © Baoyu Jiang

Notre vision des dinosaures a fortement évolué depuis quelques années, notamment grâce aux importantes découvertes faites au sein du groupe géologique Jehol (province chinoise du Liaoning). En effet, les restes fossiles qu'il renferme sont étonnamment bien conservés et diversifiés, bien qu'ils datent du Crétacé. Ce site nous a par exemple livré la majorité des dinosaures à plumes connus de nos jours. Cependant, des mystères demeurent au sujet même de son existence.

De fait, il n'est pas rare d'y découvrir des restes de mammifères, de dinosaures cératopsiens (tel le Psittacosaurus), d'oiseaux (comme le Confuciusornis) et de poissons figés dans le temps les uns à côté des autres, au sein des mêmes horizons sédimentaires. Comment une telle cohabitation est-elle possible ? D'ailleurs, comment se fait-il que leurs squelettes ne soient pas plus abîmés que cela ? Pour certains spécialistes, il n'y a pas de doute : ils ont tous subitement succombé lors d'une catastrophe naturelle. Encore faut-il le prouver !

C'est ce que viennent de faire des chercheurs menés par Baoyu Jiang de l'université chinoise Nanjing, dont l'étude est consultable dans la revue Nature Communications. Pour percer le mystère, l'équipe a prélevé des fossiles d'oiseaux et de dinosaures sur différents sites clés, au sein des formations d'Yixian et de Juifotang. Plusieurs de leurs caractéristiques ont ensuite été observées plus en détail, notamment à l'aide de microscopes, tout comme les sédiments qui les renfermaient. Tous les indices concordent : le groupe Jehol devrait son existence au déferlement d'une nuée ardente, à l'image de ce qui s'est passé à Pompéi la nuit du 24 au 25 août de l'an 79 après J.-C.

Microphotographie d’une section réalisée dans un os fossilisé de Psittacosaurus trouvé dans le groupe géologique Jehol (Chine). Les trous d’abrasion visibles à la surface, mais aussi les craquelures qui en partent en disent long sur les conditions de la mort du dinosaure. La barre d’échelle vaut 500 µm. © Baoyu Jiang

Des os craquelés car soumis à de hautes températures

Les indices... nous y venons. Les tissus mous étaient recouverts d'une fine pellicule sombre. Observés au microscope, ils ont révélé des cellules éclatées à l'apparence charbonneuse. Par ailleurs, des craquelures ont été observées à la surface des os. Enfin, la posture des fossiles montre clairement que les muscles se sont contracté post-mortem. Une seule explication s'impose : les carcasses ont été exposées à de fortes chaleurs, et ce sont probablement ces dernières qui ont causé la mort des animaux mis au jour. Détail d'importance, ces traits n'ont été observés chez aucun poisson.

Or, voici 120 à 130 millions d'années, la région ciblée se composait de lacs et de forêts de conifères, le tout étant entouré de volcans. Par ailleurs, il est déjà connu que les fossiles ont entre autres été conservés dans des cendres volcaniques qui se sont solidifiées au cours du temps. Cette étude montre, chose nouvelle, qu'elles ont probablement tué leurs pensionnaires, avant de les ensevelir. Le déferlement d'une nuée ardente expliquerait également comment les animaux terrestres ont pu finir leur vie au fond d'un lac, au côté des poissons morts. Ils y ont été poussés par la masse de gaz, de cendres et de roches en mouvement.

Selon des propos de Pierre-Olivier Antoine (Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier) rapportés sur le site Science Mag, les craquelures observées sur les os fossilisés sont moins profondes que ce qui a été caractérisé chez des pompéiens. Ainsi, les animaux de Jehol auraient été exposés à une température inférieure à 400 °C. Elle était probablement comprise entre 200 et 300 °C, ce qui signifie que la nuée ardente avait déjà parcouru un certain chemin avant de semer la mort, et donc que l'éruption volcanique n'est pas survenue à proximité immédiate du lac.

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