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Les jeunes dinosaures devaient aussi craindre les crocodyliformes

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Les jeunes dinosaures herbivores du Crétacé supérieur devaient non seulement craindre les théropodes carnivores, mais aussi les crocodyliformes, aussi petits soient-ils ! De nombreux petits os fossilisés recouverts de traces de morsures mis au jour par des chercheurs peuvent en témoigner, comme la présence d'une dent dans un fémur. 

Un crâne d'alligator d'Amérique (Alligator mississippiensis) a été placé à l'intérieur de la mâchoire d'un Deinosuchus, un crocodyliforme qui a vécu voilà 75 millions d'années. © ShadowsStocks, cc by nc 3.0

Le groupe des crocodyliformes inclut les crocodiles et les alligators actuels, mais aussi de nombreuses autres espèces aujourd'hui disparues. Les premiers membres de ce clade sont apparus au Trias, voilà 225 millions d'années, ce qui signifie que ces animaux ont cohabité avec les dinosaures jusqu'à ce que ces derniers disparaissent voilà 65,5 millions d'années. Certains crocodyliformes, à l'image du Deinosuchus, pouvaient atteindre des tailles impressionnantes (jusqu'à 14 m de long) et n'hésitaient pas à s'attaquer à des dinosaures. Des traces de morsures découvertes sur des os d'hadrosauridés, des reptiles herbivores atteignant parfois plusieurs mètres de long, peuvent en attester.

De nombreux doutes subsistent sur les habitudes de vie des plus petits crocodyliformes. Une partie de ce retard vient d'être comblée grâce à la découverte de plusieurs petits os fossilisés au sein de la formation géologique de Kaiparowits (Monument national de Grand Staircase-Escalante, États-Unis). Autant le dire tout de suite, ils n'appartenaient pas à des crocodyliformes, mais bien à de jeunes dinosaures herbivores ne mesurant pas plus d'un à deux mètres de long. Trois détails ont fourni de précieuses informations. Premièrement, aucun squelette complet n'a été trouvé à proximité des morceaux d'os. Deuxièmement, ils portent des traces de morsures à proximité de leurs articulations. Et troisièmement, une dent de crocodyliforme a été trouvée dans un fémur droit.

Ces prédateurs aquatiques mangeaient donc de petits dinosaures, dans le cas présent des hypsilophodontidés juvéniles. Les spécialistes s'en doutaient probablement, mais cette étude publiée par Clint Boyd de la South Dakota School of Mines and Technology (SDSMT) dans la revue Plos One apporte la première preuve fossile indéniable. L'importance de la découverte ne s'arrête pas là. 

Tailles maximales des plus grands crocodyliformes anciens et actuels. La taille de l’Homme est donnée à titre indicatif. Crocodylus porosus vit toujours, il s'agit du crocodile marin. Purussaurus brasiliensis a disparu voilà huit millions d'années. © smokeybjb, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Un crocodyliforme qui sélectionnait ses proies

En effet, il s'agit seulement de la deuxième dent de crocodyliforme trouvée dans l'os d'une proie. Le fait d'avoir découvert plusieurs fragments d’os brisés gisant les uns à côté des autres est également révélateur : le prédateur était de petite taille (maximum deux mètres de long). Les grands crocodiliens ne devaient certainement pas s'amuser à briser les os de leurs proies en petits bouts. Il est plus probable qu'ils les gobaient en entier. 

Ainsi, cette découverte présente une situation jamais étudiée auparavant : de petits crocodiliens pouvaient s'attaquer à de petits dinosaures herbivores. Par conséquent, le danger pouvait venir de partout pour ces ornithopodes, pas seulement des théropodes tels les vélociraptors ou les T-rex comme la littérature grand public le laisse souvent penser. La présence de tous ces os sur un même site démontrerait enfin un dernier point : le prédateur pratiquait une certaine forme de sélection. Cette étude dévoile donc plus en détail les interactions trophiques qui avaient cours sur le site de Kaiparowits au Crétacé supérieur, voilà 76,1 à 74 millions d'années. 

Un morceau de crâne d'une victime du crocodyliforme a également été mis au jour. Selon ses caractéristiques morphologiques, il appartiendrait à une espèce inconnue d'hypsilophodontidés. Elle va prochainement être décrite dans un nouvel article scientifique. 

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